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XIII. — SURVIVANCE DE L’AMOUR DOMINANT

N’allez pas, chère Sophie exagérer ma pensée, et conclure de ce que les Ames ont leurs occupations dans l’autre monde, qu’elles se désintéressent totalement de nous et de nos affaires, et que c’est peine bien perdue

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que de s’imaginer que ce sont elles qui répondent à nos évocations.

Cette opinion serait démentie 1® par la tradition ; 2 ^ par l’analogie et 3® par l’expérience.

Par la tradition. En effet un grand nombre d’auteurs anciens ont exprimé, non sans de bonnes raisons, l’opinion contraire à celle que je vous prête. Je pourrais invoquer l’autorité de Virgiile et de bien d’autres ; mais, puisque je vous ai déjà cité Maxime de Tyr, je vais vous rapporter ce qu’il dit à ce sujet (p. 134 et suiv) :

(( Lorsque l’àme part d’ici pour aller là, et que dépouillant son corps elle le laisse à la terre pour y pourrir, aussitôt et par une loi invariable, d’homme elle devient démon, et contemple avec des yeux purs les objets qui lui sont propres, sa vue n’étant plus obscurcie par le brouillard de la chair, ni troublée par la variété des figures, aucun air épais ne l’environnant jamais, mais au contraire ses yeux étant en état de contempler le Beau, et de lui procurer dans cette contemplation la joie la plus parfaite.

(( Cette Ame réfléchissant sur sa vie passée, trouve que son sort était alors déplorable ; et par là même se réjouit, se félicite d’autant plus de son état présent. Elle est touchée aussi de la situation des âmes avec lesquelles elle a eu de l’affinité, et qui sont encore sur la terre ; elle voudrait, par un effet de l’amour dont elle est remplie pour les hommes, se trouver avec eux et à portée de les soutenir lorsqu’ils chancellent. D’un autre côté la Divinité charge effectivement ces âmes d’accorder leur assistance aux hommes de toute espèce, dans tout état, de les seconder dans leurs desseins, et dans les arts qu’ils exercent. »

Maxime suppose ici une âme qui s’est bien conduite sur la terre et qui reçoit la récompense qu’elle a

méritée. C’est le cas de votre si bo-nne mère. Jugez d’après cela si elle est à plaindre.

2^^ L’opinion de l’indifférence pour nous des âmes séparées est également contraire'à l’analogie.

Quand nous sommes en voyage dans des pays lointains, ne pensons-nous pas avec plaisir à notre pays natal ? Cet amour du foyer ne va-t-il pas quelquefois jusqu’à la nostalgie et même jusqu’à la mort ?

Et réciproquement, lorsque nous sommes de retour, ne nous plaisons-nous pas à penser aux pays que nous avons visités, à raconter ce que nous y avons vu ?

Pourquoi en serait-il autrement lorsque nous avons achevé notre pérégrination sur la terre?

3° Enfin cette opinion est démentie par l’expérience.

Il y a tout lieu de croire que les anciens n’ont pas été aussi affirmatifs que vous venez de le voir sur l’état des âmes après la mort, sans avoir des preuves de fait à l’appui. Ils connaissaient aussi bien et même mieux que nous les pratiques des évocations.

Quoi qu’il en soit des anciens, nous avons, nous, de nombreuses preuves expérimentales de ce fait que les âmes des morts continuent de s’occuper des parents et des amis qu’elles ont affectionnés et laissés sur la terre.

Elles nous donnent de bons conseils et de bonnes inspirations. Il arrive même qu’elles sont plus intéressées à notre bonheur, même matériel que nousmêmes.

Swedenborg assure que les âmes séparées conservent dans l’autre monde ce qu’il appelle leur (( amour dominant », c’est-à-dire qu’elles aiment à seconder dans leurs travaux les hommes qui exercent la même profession qu’elles ont elles-mêmes exercée de leur vivant.

Un poète peut ainsi être inspiré par un poète ; un médecin par un médecin, etc. Et cela se voit souvent.

L’assertion de Swedenborg ne lui est pas particu. lière. Bien avant lui, Maxime de Tyr, que je me plais à vous citer et que je vous engage à lire en entier, a dit que les démons c’est-à-dire les esprits (( lorsqu’ils ont été particulièrement attachés à quelque objet sur la terre, n’y renoncent pas dans leur nouvel état ».

Croyez donc bien, ma bonne Sophie, que vous n’êtes séparée de votre mère que par des apparences, qu’elle est là près de vous.

Si vous ne la voyez pas, ne la sentez-vous pas

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