IV. — LA SCIENCE MODERNE
Les raisons que je vous ai exposées jusqu’ici, chère Sophie, à l’appui de ma thèse : l’existence et l’immortalité de l’âme, ne manquent pas d’une certaine force.
La grande majorité, — je pourrais dire la presque unanimité des plus prcrfonds penseurs de tous les temps et de tous les pays, se sont contentés de cet ordre de preuves et s’en sont bien trouvés.
Ce n’est que depuis très peu de temps dans l’histoire du monde, ce n’est que depuis un siècle ou deux, — depuis que les Académies officielles tiennent l’esprit humain en laisse, — que l’opinion contraire tend à prévaloir, avec garantie des gouvernements, mais, nous l’avons vu, contre toute vraisemblance.
Les savants modernes,(les jeunes générations surtout), ont-ils donc un esprit plus solide et plus étendu que les anciens, pour s’inscrire aussi audacieusement contre l’opinion de tous les temps et de tous les pays, sans en excepter les sauvages môme.
A priori, il est permis d’en douter. Eu effet, si leur doctiine était conforme à. la nature des choses, il est probable qu’elle aurait frappé les anciens qui n’étaient pas trop mauvais observateurs ; en tout cas, elle s’imposerait aujourd’hui par sa clarté, par son évidence même, sans qu’il fût bèsoin que les giouvernemenls instituassent des Universités, des Académies, des Ecoles à tous les degrés, plus ou moins gratuites et obligatoires, pour la propager.
.Le seul fait qu’elle ne s’implante — et encore... — qu'avec l'aide de tous ces moyens de contrainte, plus ou moins morale, plus ou moins amicale, est la meilleure preuve que l’on puisse donner de sa fausseté.
Quoi qu’il en suit,puisque la déraison triomphe ; puisque les hypothèses les plus invraisemblables, les plus gratuites, les plus absurdes sont avancées et soutenues par la science moderne ; puisqu’on ne veut s’en rapporter qu’aux faits, venons-en donc aux faits. Nous ne risquons rien : ils ne peuvent être en opposition avec la nature des choses ; si nos raisons sont fondées, les faits, bien loin de les renverser, ne feront que les confirmer.