CHAPITRE VIII
La science technique.
— Faire bien tout ce qu'on fait.
— On n?est artiste que du jour où l’on est capable d’inventer, et surtout capable d’exécuter.
— Ce qui fait l’artiste, ce n’est point seulement le désir de créer, — propre à l’amateur, — c’est la faculté de produire, grâce à la science technique.
— Le sujet n’est rien dans une œuvre d’art; la façon de le rendre est tout.
— Le premier devoir d’un peintre est de peindre; d’un sculpteur, de sculpter; d’un architecte, de bâtir, etc., etc.
— Un art doit être appris à fond dès la jeunesse.
— Les années de pratique de la jeunesse sont des années de campagne, qui comptent double dans la vie d’un artiste.
— Le métier sévère, régulier, discipliné, constitue l’unique moyen d’expression exacte de la pensée : c’est donc, dans la profession d’artiste, la première conquête à entreprendre.
— Il est de toute nécessité, quand on se met au travail, que, par la possession complète du métier, la main puisse,
avec sûreté et rapidement, suivre le cerveau; autrement, l’idée s’envole, et l’on ne peut la rattraper.
— Le métier est la loyauté professionnelle de l’artiste.
— Livrer une œuvre où il n’v a pas un métier solide, qui assure sa conservation parfaite, c’est agir comme un industriel qui falsifie sa marchandise, ou qui la vend à faux poids.
Le véritable artiste, complet, est celui qui pratique toutes les parties de son art, comme n’ont pas dédaigné de le faire les Michel-Ange, les Puget, les Benvenuto Cellini.
E. Barrias.
On peut toujours acquérir les connaissances accessoires qui concourent à la production d’une œuvre d’art, mais jamais, — et j’insiste sur ce point, — jamais la volonté, la persévérance, l’obstination, ne réparent dans l’âge mûr l’insuffisance de la pratique. Et conçoit-on une angoisse semblable à celle qu’éprouve l’artiste qui voit la réalisation de son rêve compromise par l’impuissance dans l’exécution ?
Bouguereau.
Le métier doit se maintenir à sa place, avec le degré d’importance qui lui est légitimement dû, ni moins, ni plus, dans l’ensemble des éléments qui constituent l’œuvre d’art.
Bracquemond.
J’essayai chez moi quelques petits tableaux, on me les acheta; et, dès lors, mon éducation de peintre fut manquée.
Decamps.
Les peintres primitifs étaient plus ouvriers que nous; ils apprenaient supérieurement le métier avant de penser à se donner carrière. C’est le contraire aujourd’hui.
PEINTRE
PRINCIPALES ŒUVRES
La Défaite des Cimbres ; — Josué arrêtant le soleil ;
Le Grand Bazar turc ; — La Rade de Smyrne ;
Le Supplice des crochets ; — Les Bourreaux à la porte d’un cachot ; Le Café turc ; — La Sortie de l’école;
Une Boucherie en Orient ;
Histoire de Samson.
Paganini n’a dû son étonnante exécution sur le violon, qu’en s’exerçant chaque jour pendant une heure à ne faire que des gammes.
Delacroix.
Quand même vous auriez pour cent mille francs de métier, achetez-en encore pour deux sous.
Ingres.
Toute œuvre où la main se manifeste avec bonheur ou avec éclat est, par cela même, une œuvre qui tient au cerveau et qui en dérive.
Fromentin.
Chez les artistes, et surtout chez les sculpteurs, il y a l’ouvrier. En toutes choses le côté matériel joue un rôle assez important. J’ai eu la chance d’être le fils d’un orfèvre, de sorte que tout petit j’ai forgé, soudé, limé, tourné... Et cette habitude de l’outil m’a été très utile quand je me suis mis à faire de la sculpture; car, je le répète, l’ouvrier et l’artiste ne font qu’un pour mener à bien une œuvre d’art.
Gérome.
Je suis assuré que dans notre art il n’y a qu’une voie : celle de la science. Il faut être avant tout savant dans son métier. Je n’ignore pas que, depuis plus de vingt années, une école, une peinture nouvelle, ont conquis la faveur d’une partie du public ; cette faveur ne va pas d’ailleurs sans quelque snobisme. Eh bien ! je vous le déclare sans la moindre amertume, mais avec sécurité : ces impressionnistes ne savent rien ou presque. Nous avons le devoir d’être sévères, nous autres qui avons apporté à notre tâche la conscience qu’on doit toujours mettre à réaliser son œuvre.
Hébert.
La peinture lâche est la peinture d’un lâche.
Meissonier.
Un peintre sérieux doit tout connaître et tout pratiquer de son métier. La nature ne présentant aucune différence de grandeur et de moralité entre ses formes diverses, dont l’ensemble harmonique compose l’œuvre divine de la création , il doit, avec la même conscience, avec le même amour, étudier toutes ces formes, et s’efforcer d’en faire l’image plastique aussi bien qu’il le peut.
PlJVIS DE CHAVANNES.
Je tâche de peindre en bon ouvrier maçon.
Vollon.
A un importun qui le fatiguait d’une longue et insipidel conversation sur les procédés et les manières de toutes sortes, L. David fit la réponse spirituelle que voici : « J’ai su tout cela quand je ne savais rien. »
Amaury-Duval, visitant à Rome l’atelier de Decamps, trouva l’artiste occupé à son tableau le Supplice des crochets. Frappé de l’éclat de la peinture, il l’examinait de près avec soin. Le peintre remarqua la surprise de son ami devant les empâtements prodigués sur la toile, et lui dit : « Ce sont des moyens. Je voudrais bien arriver au même résultat à moins de frais; mais j’ai appris tout seul ou peu s’en faut; je n’ai pas eu le bonheur d’avoir un maître comme le vôtre (Ingres). »
A propos de cette réflexion piquante du peintre romantique sur son métier, Gérome m’a conté l’incident suivant :