STATUAIRE
PRINCIPALES ŒUVRES
Le Lion et le Serpent ; — Thésée et le Minotaure ; — Lapithe et Centaure , Tigre dévorant un gavial; — Lion assis ;
Le lion de la colonne de Juillet, à Paris;
La Guerre, la Paix, l'Ordre et la Force (Palais du Louvre).
« J’ai eu l’honneur de connaître M. Decamps, qui m’a toujours témoigné de la sympathie. Il venait quelquefois me voir; et, un jour qu’il regardait un de mes ouvrages, en voie d’exécution, il me dit : « Je reconnais que les moyens les plus simples sont les meilleurs. - — Eh bien, lui répliquai-je, mon cher maître, vous y avez mis le temps. »
Corot disait à Daubigny, dans une de ces conversations intimes que l’un et l’autre aimaient à avoir ensemble : « Je ne suis pas content, je manque de métier. — Comment! répliqua Daubigny, tu manques de métier? Tu ne mets rien sur ta toile, et tout y est! »
Jean Gigoux racontait que Th. Rousseau, dès ses débuts, chercha à perdre la manière de son premier maître, Rémond, dont il se sentait obsédé au point de n’en plus dormir. Il n’avait pas d’autre idée en tête que de connaître les valeurs des tons entre eux, et il était devenu impossible de causer avec lui d’autre chose; rien ne l’intéressait que cela. « Mais, ajoutait en souriant le vieux peintre, c’est avec la préoccupation unique de son art qu’on arrive à faire des chefs-d’œuvre, et Th. Rousseau en a fait. »
Arrivé aux honneurs de tous genres et à la fortune, Lefuel, l’architecte du pavillon de Marsan, au Louvre, déclarait se rappeler avec orgueil le temps où il avait, pour ainsi dire, manié la truelle, quand il succéda tout jeune, frais émoulu de l’école, à. son père, modeste entrepreneur de maçonnerie à Versailles; et il attribuait aux occupations manuelles et aux travaux pratiques de sa jeunesse la connaissance parfaite qu’il possédait de la construction.
On conte de la science technique de Viollet-le-Duc maints faits extraordinaires, qui semblent tenir du prodige. Entre autres, en voici un qu’on pourrait croire invraisemblable, s’il n’était affirmé par l’écrivain d’une étude parue, en 1880, dans un journal, qui déclare en avoir été lui-même le témoin : « Pendant la restauration du château de Pierrefonds, j’étais allé visiter les travaux. Au moment où nous passions dans une salle occupée par des dessinateurs, un chef de travaux qui était là saisit Viollet-le-Duc au passage, et lui dit qu’on n’avait pas le plan de restauration de la salle des gardes, et que ce plan était indispensable pour mettre en train les études de cette salle, qu’on allait commencer le lendemain. Viollet-le-Duc demande une feuille de papier et un crayon; et là, en dix minutes, à main levée, il construit et cote le plan sommaire de la restauration, sans hésiter une seconde et sans se tromper d’un millimètre. »
Peu de temps auparavant, Viollet-le-Duc avait fait un pareil tour de force, que le même écrivain rapporte, sans aucun doute, pour l’avoir entendu de la bouche de ceux devant qui il s’était passé. « Dans le commencement des travaux, Viollet-le-Duc avait recommandé de chercher le puits, qui devait se retrouver, parce que la forteresse, n’ayant pas de fontaine, devait en avoir un; et comme la nappe des eaux souterraines ne pouvait être qu’à un certain niveau, il indiqua la profondeur du puits. On restaurait à ce moment la chapelle. Un des architectes placés sous ses ordres lui demanda un profil pour les colonnettes des fenêtres et pour leurs chapiteaux. A l’instant, sans recourir à aucun plan, l’artiste dessine à main levée une colonnette, avec ses proportions et ses détails. 11 prend ensuite une feuille de papier, et dessine le profil du chapiteau, côté droit et côté gauche. Il plie alors la feuille en deux, et on voit avec admiration que les lignes du côté droit s’appliquaient sur celles du côté gauche comme si
MONUMENT DE BAR YE (Pointe de l'ile Saint-Louis, à Paris).
elles avaient été calquées l’une sur l’autre. Peu de jours après, à la profondeur indiquée, on découvrit le puits dont il avait annoncé l’existence. Le puits était rempli de débris de toute sorte, parmi lesquels on trouva une partie des anciennes colonnettes de la chapelle. On en mesura le module; c’était exactement celui que Yiollet-le-Duc avait prescrit de donner aux colonnettes nouvelles. »
Yiollet-le-Duc avait acquis cette science technique prodigieuse par des études incessantes et par le travail le plus acharné.
A l’âge de treize ans, Barye entra en apprentissage chez un graveur sur métaux, qui fournissait à l’armée les boutons d’uniformes, les plaques pour shakos et les boucles de ceintures; il apprit là à graver en creux et en relief, à estamper, à ciseler, et s’initia aux compositions héraldiques pour cachets et armoiries. Après son service militaire, qui lui prit deux ans, il fut employé par l’orfèvre Fauconnier, où il faisait de tout, principalement des modèles d’animaux. Et, en même temps, par suite de conventions spéciales avec ses patrons, à certaines heures, il fréquentait les ateliers du sculpteur Bosio et du peintre Gros, et concourait plusieurs fois, sans réussir, pour le grand prix de Rome, dans la section de gravure. Par ce travail simultané et incessant d’études artistiques et de production industrielle, Barye acquit cette supériorité incontestable de l’artiste qui, connaissant à fond la théorie et la pratique de son métier et de ses applications multiples et diverses, peut penser, concevoir et exécuter dans les conditions les plus propices à la fécondité, à la rapidité et à la perfection. Aussi, l’œuvre tout entier du maître présente-t-il uiîe originalité et une personnalité extraordinaires. Dans son atelier, ceint de son tablier vert de bronzier, Barye modelait et retouchait lui-même les plâtres et les cires de ses groupes et statues, les fondait à la cire perdue, comme au sable, les réparait, les ciselait, les patinait, et, de cette façon, suivait sa création jusqu’au bout, ne la quittant que
le plus tard possible, quand il en était satisfait; et, lorsqu’il se décidait à la vendre, il semblait bien plutôt la confier à un amateur que la livrer à un acheteur, tant il la caressait amoureusement du regard, et recommandait paternel lement d’en prendre bien soin.
« Quand j’entrai, à l’âge de treize ans, au sortir de l’école communale, chez Cavelier, me contait, un jour, L.-E. Barrias, le sculpteur des Premières Funérailles et du Monument de Victor Hugo, je fus mis à la besogne pénible et diverse de l’apprentissage, tel qu’on le comprenait et le pratiquait traditionnellement en ce temps-là. Le premier arrivé, dès six heures du matin, je devais scier le bois, allumer le poêle, et balayer; dans la journée, je faisais les courses. Bien que mon patron fût le meilleur des hommes, je recevais de lui et des praticiens plus de reproches et de bourrades que de caresses et de compliments. Je n’en apprenais pas moins, très sérieusement, le métier, en observant avec soin ce qui se faisait autour de moi, et en travaillant avec acharnement. Au bout de (rois ans, mon apprentissage terminé, Cavelier me conseillait d’entrer chez Jouffroy, qui avait organisé un atelier de professeur, et recevait de nombreux élèves. J’étais le plus petit de tous, et je paraissais le moins instruit et le moins déluré. Quels ne furent pas l’étonnement et la jalousie de mes camarades! Dès le second jour, constatant que le petit apprenti de chez Cavelier en savait plus que ses élèves, Jouffroy le chargeait des travaux les plus difficiles et les plus délicats. C’est qu’en effet ils en avaient beaucoup moins appris dans leur cours que moi dans mon apprentissage, tout en sciant du bois et en allumant le feu des poêles, grâce à l’instruction technique manuelle que m’avait donnée mon premier patron. A seize ans, en 1857, j’étais admis à l’Ecole des beaux-arts, et en 1861 je partais pour Rome, comme pensionnaire de l’Académie de France. »