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CHAPITRE IX

La conscience professionnelle.

— La conscience est le sentiment intime et immédiat de l’activité personnelle dans chaque acte de la vie.

— La conscience est, en même temps, le témoignage d’approbation ou d’improbation de l’âme.

— La conscience accompagne les facultés dans leurs rapports avec le monde extérieur.

— Avoir de la conscience, pour un artiste, c’est mettre en tout de l’attention, de la réflexion, et, par conséquent, de la sincérité.

— La sincérité est la condition essentielle de l’art.

— Plus l’artiste est sincère, plus il exprime avec clarté et avec force le sentiment qui lui tient au cœur, plus facilement il exprime son idéal.

— Substituer des habitudes de main, pour ainsi dire mécaniques, à la représentation réfléchie des images perçues, — c’est-à-dire le chic, — est une dépravation fatale de l’aptitude à l’exécution, qui n’est point constamment dirigée par la conscience.

— L’expression professionnelle « avoir de la patte » est aussi juste que pittoresque; elle définit exactement le tra-

vail où il n’y a qu’un travail des doigts, et non de l’intelligence ni’de la réflexion.

— Le caractère est la constance de la conscience.

Ne rêvez pas de trop grandes choses; un objet de petite importance, mais bien et solidement exécuté, peut faire plus pour votre réputation qu’une œuvre plus ambitieuse rendue d’une façon insuffisante. Une petite monnaie grecque contient plus d’art que le groupe du Taureau de Dircé.

Chapu.

Soyez consciencieux; tout l’art est là.

Vive la conscience et la simplicité ! c’est la seule voie qui conduise au vrai et au sublime.

Parfois, on me dit : « Vous connaissez votre affaire, et vous n’avez pas besoin d’étudier davantage. » — Mais pas de ça, Lisette, on a toujours à apprendre.

Corot.

Pour être durable, une œuvre d’art doit être fortement conçue et particulièrement belle d’exécution. La conception s’adresse à la foule, mais l’exécution aux seules personnes qui s’y connaissent; celles-ci sont rares. La pensée s’efface en se modifiant, mais si le morceau est bon, lui reste forcément.

Dalou.

La connaissance approfondie de la nature et de l’histoire a donné, de nos jours, au mot de conscience une haute signification. En l’employant aujourd’hui, on parle du devoir rigoureux qui incombe à l’artiste de s’approprier tout ce qu’une science certaine met au service de son sujet : il s’agit d’une nouvelle probité.

E. Guillaume.

On a beau me dire : « Fiuissez-en donc, allez vite, ne recommencez pas; » si mes ouvrages ont valu et valent quelque chose, c’est parce que j’ai du vingt fois les remettre sur le métier, les châtier avec une recherche et une sincérité extrêmes. Ce que j’ai été, donc, je le serai apparemment toute ma vie. Dois-je m’en repentir? Aux maîtres d’en juger. Mais je ne puis faire autrement.

Si vous ne pouvez forcer l’admiration, tâchez au moins qu’on dise, en voyant votre peinture : « Voilà l’œuvre d’un peintre honnête. »

Ingres.

Le véritable artiste, vraiment soucieux de son œuvre, ne connaît pas de tourment plus terrible que de se croire audessous de lui-même.

J. -P. Laurens.

Il faut la largeur dans la conception et dans l’ensemble pour attirer à soi le public; il faut la conscience de l’exécution du détail pour le retenir.

Mercié.

Jamais je n’hésite à gratter des journées entières de travail et à recommencer pour me satisfaire, pour tâcher de faire mieux. Ah! ce mieux qu’on sent en dedans, et sans lequel un véritable artiste n’est jamais content de soi!

Prenez pour règle de n’être jamais content de vous. Un artiste auquel suffit le premier jet est fichu.

Jamais je ne signe un tableau tant que la chose n’est pas finie selon mon âme.

Meissonier.

Je serais plus qu’embarrassé de développer une esthétique quelconque, étant un être essentiellement instinctif et juste le contraire d’un compliqué. S’il m’arrive de penser à ce que j’ai pu faire jusqu’ici, j’y découvre, non pas la recherche, mais le besoin de la synthèse, sans jamais tomber dans l’épisodique; les scènes que j’imagine res-

tent néanmoins probables et humaines. Je ne crois pas qu’on puisse analyser un cerveau comme on décrit les rouages d’une montre. L’artiste est insaisissable ; en lui prêtant une technique et des intentions en dehors de l’évidence, on est à peu près sûr de se tromper. La technique n’est autre chose que son tempérament; et ses intentions, s’il est sain d’esprit, relèvent du simple bon sens; — c’est déjà bien joli. — Il n’y a qu’à regarder le tableau bien en face, tranquillement, et jamais par derrière, où le peintre n’a rien caché.

PUVIS DE Ch A VANNES.

Dans le tableau les Horaces et les Curiaces, fait à Rome, David, au témoignage de ses camarades, recommença jusqu’à vingt fois le pied gauche en avant du vieil Horace. « Je le recommencerai, disait-il, jusqu’à ce que j’aie jeté ma gourme. » Par gourme, il entendait le vice de sa première manière, héritée de Boucher.

Lorsque Fontaine construisait le grand escalier du Louvre, qui a été si malheureusement démoli par Yisconti, sous Napoléon III, Prud’hon reçut la commande du plafond qui devait le décorer. L’artiste se mit aussitôt à l’œuvre, et prépara de nombreuses esquisses de sa composition. Un jour, Fontaine l’informa que le plafond devait être terminé dans une année. Prud’hon répondit à l’architecte : « Ce n’est pas mon affaire, alors; je ne veux livrer mon travail que lorsqu’il me paraîtra parfait. Adressez-vous à X..., qui est un décorateur habile et expéditif, il fera ce que vous demandez. » Et Prud’hon renonça spontanément à une commande fort importante, qui ne lui était pas inutile financièrement.

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