‹ Pour devenir un artisteChapitre 26 sur 73 · PAUL B AU DR Y · texte numérisé non relu

PAUL B AU DR Y

PEINTRE

PRINCIPALES ŒUVRES

Piafond du grand foyer de l’Opéra à Paris ; Plafond de la Cour de cassation ;

Plafond du palais Vanderbilt, à New-York ; Décoration de l’ancien hôtel Fould (château de Chantilly La Fortune et l'Enfant ; — La Vérité (Musée du Luxembourg).

Un jour que Charlet avait un dessin presque terminé, un marchand arrive et le lui demande pour un amateur auquel il doit plaire sans aucun doute. On convient du prix, mais il y a quelques retouches à faire. Le marchand revient le lendemain, et compte immédiatement cinq cents francs sur la table. Pendant ce temps, Charlet tenait son dessin à la main et le regardait; il se décide enfin, prend un canif, coupe le dessin en quatre et jette les morceaux au feu; et comme le marchand le regardait tout ébahi : « C’est décidément un mauvais dessin, lui dit Charlet, et je ne puis y mettre mon nom. »

Mécontent de quelques-uns de ses tableaux, I. Dupré se mit à les déchirer en mille pièces. Un marchand américain survint pendant l’opération. « Pourquoi avez-vous fait cela? lui dit-il; je vous en aurais donné cinquante mille francs, si vous aviez voulu me les vendre. » L’artiste répliqua simplement, en continuant sa besogne de plus belle : « Ma conscience et ma gloire avant tout. »

D’après Sensier, Th. Rousseau avait toujours grandpeine à se séparer de ses œuvres, non par amour exagéré pour sa progéniture, car il en donnait volontiers à ceux qui aimaient sa peinture, mais parce qu’il avait toujours le besoin d’y retoucher, tant il se satisfaisait peu lui-même ; il fallait lui arracher ses toiles, et, quand il les vendait, il suivait avec inquiétude leur destinée dans les collections, et s’ingéniait à les « reprendre en nourrice », disait-il pittoresquement, pour les câliner de quelques coups de pinceau.

Meissonier est un des artistes de ce temps qui ont apporté le plus de conscience professionnelle dans la composition et l’exécution de leur œuvre; les témoignages en abondent.

Le tableau 1807 est resté quatorze ans sur le chevalet. « Le soir, rapporte O. Gréard, d’après les confidences qui lui avaient été faites par Mme Meissonier, le peintre croyait avoir trouvé ce qu’il cherchait; le lendemain, en rentrant dans son atelier, il effaçait tout. C’est ainsi qu’en paraissant travailler vite il n’allait pas vite, parce qu’il recommençait éternellement. » Ce qu’il avait tué d’hommes et de chevaux dans les Dragons , pour arriver à la pose la plus juste d’une jambe ou d’un bras! Il y a là deux ou trois tableaux l’un sur l’autre. Il faisait lui-même l’aveu du mal qu’il s’était donné avec cette peinture : « Je n’ai jamais eu de tableau si difficile à faire. Pas de ressources, de moyen de se sauver. A chaque instant, je fais une maquette de cheval, je mets une bride dessus... Une figure refaite entraîne à une autre. Ce tableau m’a pris un temps prodigieux. Si j’écrivais son histoire, depuis sa naissance et sa reprise, cela serait bizarre. » Au moment où le tableau devait partir pour le Salon de 1880, un doute vint à l’artiste sur l’exactitude du numéro matricule des dragons. Il suspendit l’envoi, vérifia, constata qu’il s’était trompé, et changea tous les numéros.

Dans le 1814, toutes les pièces de l’uniforme de l’empereur ont été exécutées d’après les uniformes authentiques que possédait le prince Napoléon; le harnachement du cheval est absolument conforme à celui que portait la monture de l’empereur pendant cette campagne. La particularité de la figure du maréchal Ney, la capote simplement jetée sur les épaules, avait été suggérée à Meissonier par une conversation qu’il avait eue, un jour, en chemin de fer, avec un vieil officier de santé qui avait fait partie du corps d’armée du prince de la Moskowa :

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