E. BARRIAS
SCULPTEUR
Né en 1841.
PRINCIPALES ŒUVRES
Les Premières Funérailles ; — Mozart enfant; Monument de la Défense nationale, à Courbevoie (Seine) ; Monument de Victor Hugo, à Paris ;
Tombeau du peintre Guillaumet ;
La Fortune et l’Amour.
tive, il s’empressera d’aller dessiner les nombreux personnages qui doivent le décorer, parce qu’ils sont du temps de la Pucelle. Il juge ensuite indispensable de suivre, étape par étape, Jeanne d’Àrc dans sa campagne militaire. Il va, avec son frère Ambroise, à Chinon; puis, en compagnie d’un archéologue Orléanais, « très ferré sur son siège », il « fouille le vieux pont, les tourelles, les bastilles », écrivait-il humoristiquement à un ami. Quicherat, l’illustre archéologue, disait un jour à un collègue de l’Académie des inscriptions et belles-lettres : « Personne ne connaît la première moitié du quinzième siècle comme Baudry. »
On comprendra l’enthousiasme de l’artiste, son ardeur à préparer l’œuvre qu’il rêvait, et dont il voulait faire son ûBuvre capitale, quand on saura que son premier livre d’histoire fut une Vie de Jeanne d’ Arc, qui lui avait été donnée en prix, à l’âge de douze ans, et dont la lecture avait fait sur son imagination d’enfant une impression si vive, et avait ému son cœur à tel point qu’à cinquante ans il ne pouvait y penser sans pleurer. L’artiste ne se sépara jamais de ce vieux livre, qui a été trouvé au premier rang de sa bibliothèque, tout usé, à côté de Shakespeare et de Montaigne.
Lors de l’inventaire méthodique de l’atelier de Puvis de Chavannes, le classement des esquisses et des dessins correspondant à chacune des grandes compositions décoratives du maître a donné les chiffres suivants : le Panthéon. 300; l’hôtel de ville de Paris, 230; la Sorbonne, 200; le musée de Lyon, 340; le musée d’Amiens, 400; le musée de Rouen, 200; la Bibliothèque publique de Boston, 230.
Les matériaux de certains tableaux célèbres n’étaient pas moins considérables. Ainsi, on trouva quarante esquisses, toutes différentes de dispositions, pour les Femmes' au bord de la mer ; le Pauvre Pécheur comptait sept
variantes, et X Enfant prodigue quatre, exécutées dans les dimensions de l’œuvre définitive.
En 1879, Détaillé recevait du gouvernement la commande d’un grand tableau représentant la Revue du 14 juillet de cette année, où avait eu lieu la distribution des nouveaux drapeaux à l’armée française. Exposé au Salon de 1884, le tableau fut très critiqué. L’artiste reconnut loyalement qu’il s’était trompé : le document historique avait dévoré l’œuvre d’art. Sans hésiter, Détaillé détruisit la toile : elle représentait deux années de travail.
Dans l’ouvrage qu’il a consacré à Dalou, Maurice Dreyfous rapporte le fait suivant : « Lanteri, qui assistait Dalou dans ses travaux avec une affection et un désintéressement absolus et avec une touchante modestie, arriva un matin Glebe Palace (l’atelier du sculpteur à Londres), et trouva tombée, écrasée sur le sol, une statuette de femme, à la coiffure compliquée, un portrait debout en robe moderne. Dalou avait passé sur cette statuette un temps incroyable, étant surtout donné sa patte exceptionnelle, il y avait peiné, et aussi ragé terriblement. Le modèle, qui devait partir en voyage ce même matin, avait donné, la veille, sa dernière séance de pose, et le cuiseur devait enlever la terre incontinent. Lanteri court à Trafalgar square (la demeure privée de Dalou); il entre en coup de vent et conte l’accident : « La statuette de Mlle de Rothschild est tombée, ce n’est plus qu’une bouillie informe. Mlle de Rothschild part tout à l’heure, et elle compte sur sa statuette. Que pensez-vous faire? — Eli bien! riposta Dalou, rendez-moi le service de sauter dans un cab et d’aller faire part de l'accident à Mlle de Rothschild, en lui disant que je me mets à sa disposition pour de nouvelles séances dès son retour de voyage. » Ainsi fut fait. Et Lan-
teri revint avec un chèque de cent livres sterling (2,500 fr.) que venait de lui remettre Mlle de Rothschild. « Rapportez vite ça, je vous en prie, s’écria Dalou en voyant le chèque, rapportez vite ça! La statuette n’est pas tombée du tout. C’est moi qui l’ai jetée par terre. Ce bibelot me dégoûtait. »
D’après le biographe du grand sculpteur, ce que d’œuvres terminées ont subi le même sort, pour les mêmes motifs, est incroyable. Quand il quitta Londres, Dalou donna l’ordre à Lanteri de détruire les moules de la plupart des sculptures qu’il avait exécutées pendant son séjour en Angleterre, et dont la reproduction pouvait lui assurer une dizaine de mille francs de revenus annuels; et il motivait ainsi sa décision irrévocable : toutes ces œuvres lui semblaient mauvaises, il avait fait fausse route en les exécutant, il fallait que les moules en disparussent à tout jamais.