LE PEINTRE DES PAYSANS
V Angélus ; — Les Glaneuses ; — La Tonie ; — La Becquée ; La Fin de la journée ; — La Porteuse d'eau; — Le Vanneur ; L'Homme à la houe ; — L’Église de Gréville ;
La Tondeuse de moutons ; — Le Printemps.
que décupler la fatigue, si on n’y obéissait pas. Et voici toute trouvée et toute simple la cause de cette tant reprochée solennité. Mais les occasions ne manquent pas à Paris de voir deux commissionnaires portant une commode sur un brancard. On verra comme ils savent cadencer leurs pas. Que M. Rousseau et un de ses amis essayent d’en porter autant en voulant marcher de leur pas ordinaire ! Ces messieurs ne savent donc pas qu’un manque d’accord dans la marche pourrait faire sauter ce qu’on porte ? Assez. »
J. -F. Millet revenait sur cette question dans cette déclaration énergique : « Je voudrais que les êtres que je représente aient l’air voués à leur position et qu’il soit impossible d’imaginer qu’il leur puisse venir à l’idée d’être autre chose. Gens et choses doivent être là pour une fin. Je désire de même bien pleinement et forcément ce qui est nécessaire, car je crois qu’il vaudrait presque mieux que les choses faiblement dites ne fussent pas dites, parce qu’elles en sont comme déflorées et gâtées; mais je professe la plus grande horreur pour les inutilités (si brillantes qu’elles soient) et les remplissages, ces choses ne pouvant donner d’autre résultat que la distraction et l’affaiblissement. »
Dans la préface du catalogue de l’exposition des œuvres de Paul Baudry à l’Ecole des beaux-arts, Eugène Guillaume nous a révélé la méthode de travail adoptée par l’artiste pour la composition de ses peintures du foyer de l’Opéra de Paris. D’abord, Paul Baudry avait dressé un programme de l’œuvre envisagée dans son ensemble; mais cela ne lui suffisait pas. Pour chaque sujet particulier, il commençait aussi par s’en faire à lui-même une description écrite. Il se désignait la place des personnages et des groupes; il en définissait l’action, l’expression, et le caractère. Quelquefois, après avoir tracé le cadre d’une composition, il le remplissait, non de figures, mais de notes qui devenaient le fantôme intellectuel de ce qui devait être un tableau. Il lui semblait que la double faculté qu’a l’ar-
liste de créer et de juger à la fois s’exercait ainsi avec plus de sûreté. Puis, quand il s’était bien entendu avec luimême, quand l’idée était arrivée à une parfaite clarté, il la mettait en peinture. Cela rappelait Racine écrivant d’abord ses tragédies en prose. Quant à Baudry, au fond, il était logique : il s’agissait d’allégories, et l’allégorie est un jeu de la raison. Il trouvait, à cette manière de faire, un grand avantage : c’est qu’après s’être mis en règle avec l’idée, il n’avait plus à tâtonner, à raturer avec le pinceau.
Tous ceux qui ont visité l’hôtel de ville de Paris ont gardé le souvenir des deux grandes compositions décoratives de Puvis de Chavannes, Y Été et Y Hiver, placées dans un des premiers salons d’arrivée. Ces compositions prouvent combien cet artiste au tempérament si impulsif, et d’une si énergique combativité d’idées, guidait constamment son imagination par laplus rigoureuse logique, et se préoccupait consciencieusement des conditions matérielles de l’édifice, afin d’adapter, pour ainsi dire mathématiquement, sa peinture à ces conditions. J’en parle d’après ses confidences personnelles. Le salon qu’il doit décorer est un salon d’arrivée. On y débouche directement des grands escaliers, face à la paroi principale ; et deux immenses arcatures à ces extrémités le mettent en communication d’un côté avec une galerie de passage, conduisant au salon des Lettres, des Sciences et des Arts, et de l’autre avec la salle à manger et la galerie des Fêtes. Les invités ne s’arrêtent là que pour saluer leurs hôtes; et, pour éviter l’encombrement, passent immédiatement dans les salons voisins. Il ne fallait donc mettre sous leurs yeux qu’un spectacle de vision rapide, rappelant à l’imagination des sensations anciennes, bien plus qu’en éveillant de nouvelles. Le thème, par conséquent, ne pouvait être que d’idées familières, traduites par de grandes lignes sur de vastes] plans, avec quelques personnages n’ayant d’autres fonctions que d’animer le paysage, sans retenir particu-