CHAPITRE XIII
L’idéal.
— L’idéal, c’est l’idée que l’artiste se fait de la vie, des hommes, et des choses, c’est le résumé des impressions éprouvées de ce qu’il a vu, étudié, et admiré.
— Idéal et volonté en art sont inséparables. On ne peut vouloir à vide, et on ne veut que si l’on a la conscience de l’utilité pour soi ou pour les autres de ce que l’on veut.
— On ne peut se défendre du sentiment de tristesse que fait naître la rapidité de la vie, qu’en la subordonnant à quelque idéal qu’on réalise chaque jour par un effort continu.
— Le bonheur de la vie, c’est de réaliser dans l’âge mûr le rêve de la jeunesse.
— A côté, au-dessus même de l’artiste qui exerce sa profession honorablement, avec loyauté, qui travaille pour vivre ou pour satisfaire ses goûts, il y a le penseur, à la conscience duquel l’art n’apparaît point exclusivement comme un moyen facile de parvenir à la réputation et à la fortune, mais qui le considère comme une fonction sociale, dont l’exercice est pour lui un devoir, ou, à défaut d’une telle ambition, avec un sentiment plus exact de la réalité, en fait l’expression du besoin d’être utile et bienfaisant.
— L’art pour l’art est une théorie de pessimisme, de tristesse, de décadence, et de négation.
— L’artiste ne doit produire que lorsqu’il a quelque chose à dire, que ce qu’il veut dire lui apparaît comme utile, indispensable, et représentant ce que Kant appelle : l’impératif catégorique de la moralité.
— Le but le plus élevé de l’art est de produire une émotion esthétique d’un caractère social, c’est-à-dire de faire battre le cœur de la foule par l’expression vigoureuse d’une haute pensée.
— L’art véritable n’est point l’art mystérieux, égoïste, étroit, qui se confine dans le petit cercle des gens de métier et d’amateurs; c’est l’art qui s’adresse fièrement à la foule, et qui renferme en soi assez de grandeur, de simplicité et de sincérité pour être compris de tous, surtout des humbles et des ignorants.
L’aptitude professionnelle ne suffit point pour faire un artiste, non plus que le sens de la forme, soit le sens visuel; il faut l’idéal, qui seul constitue la personnalité.
E. Barrias.
Au contact de la féconde nature, par son étude persévérante, par son ardente contemplation, vous créerez en vous un idéal qui sera bien vôtre, qui deviendra pour toujours votre force, que vous retrouverez aux heures troublées, et qui vous soutiendra au milieu des défaillances ou des amertumes de la vie.
Bonnat.
Sans idéal, il n’y a ni peintre, ni dessin, ni couleur. Et ce qu’il y a de pis que d’en manquer, c’est d’avoir cet idéal d’emprunt que ces gens-là vont apprendre à l’école, et qui ferait prendre en haine les modèles.
Delacroix.
Ce qui me rend heureux, ce qui semble conserver ma