STATUE ÉQUESTRE, PAR FREMIET
(Place des Pyramides, à Paris).
jeunesse, c’est la faculté puissante d’admiration que je possède toujours! Dans chaque chose, je ne vois que le bon côté, jamais le mauvais; et c’est ainsi que j’ai des jouissances artistiques nombreuses, élevées et consolatrices.
Duban.
Maintenez vos pensées sur les hauteurs; proposez-vous de n’exprimer que de nobles idées et de chercher pour les rendre des formes belles et pures. L’art, c’est la poésie. N’abandonnons pas ce mot si plein de sens aux seuls écrivains. S'il désigne ce qui charme le cœur et ennoblit l’âme, il nous appartient aussi bien qu’aux poètes.
En entrant à l’Académie des beaux-arts de Florence, vos yeux verront écrits en grands caractères, sur les murs qui renferment tant de trésors,, ce beau vers de Pétrarque :
Levan di terra al ciel nostr’ inlelleto.
Restez fidèle à cette devise, qui exprime le but et la puissance de l’art, dans un langage si poétique : l’art, en effet, élève notre esprit au-dessus de la terre et le transporte jusqu’au ciel.
Paul Dubois.
Celui qui ne rêve pas d’escalader le ciel, passe son temps à plein ventre.
Jules Dupré.
L’artiste est celui qui voit plus grand, plus haut et plus clair que les autres hommes. « Voyez-vous cette étoile? dit-il au vulgaire. — Non ! — Eh bien! moi, je la vois! »
Pré aulx.
Pour faire de l’art, il faut se monter le coup (langage un peu trivial, mais qui rend bien ma pensée); il faut croire qu’on va faire faire à l’art un pas nouveau; sans cela, à quoi bon se donner tant de mal?
Henri Régnault.
Hippolyte Flandrin s’était lié, à Rome, de l’amitié la plus profonde avec Ambroise Thomas, son camarade de l’Académie de France, qui avait obtenu le grand prix de Rome pour la musique ; ils passaient fréquemment leurs soirées ensemble, après la journée de travail, dans des causeries intimes, où ils se grisaient d’art et de poésie, ou ils s’exaltaient d’enthousiasme, d’ambition, et d’idéal. Quelques années après, le grand peintre religieux rappelait au grand musicien ces heures délicieuses, dans une lettre exquise : « J’ai pensé à toi, et je me suis rappelé ce que tu me disais, un jour, en remontant le Pincio, que nous serions heureux si notre nom pouvait un jour avoir quelque éclat, si nous pouvions enfin, comme artistes, mériter quelque estime. Tu me disais cela, et j’y applaudissais; il faut nous le redire encore, car cette excitation est bonne. »
La Correspondance de Henri Régnault contient, dans ses premières pages, une lettre admirable qui nous fait connaître en lui un des plus fiers exemples du culte de l’idéal. L’artiste a vingt-deux ans ; il vient d’échouer au concours du grand prix de Rome. Nullement découragé, excité au contraire par cet échec, il écrit à un de ses amis : « Je vais commencer un grand tableau de Y Ensevelissement , dont tu as vu une esquisse. J’ai fait tous les croquis d’après nature, et je vais avoir dans deux jours ma toile. J’entreprends là une œuvre gigantesque, mais je crois pouvoir atteindre mon but; je sens en moi une ardeur et une vigueur qui ne me font rien trouver de trop audacieux. Je vois mon tableau dans ma tête, et je le vois superbe. » Deux ans après, il rappelle au peintre Cazalis leur projet d’un voyage en extrême Orient, où celui-ci doit l’accompagner : « N’oublie pas l’Inde, c’est de là qu’il nous faut revenir hommes. Jusqu’à présent, je n’ai appris qu’à marcher, qu’à nager... Sois prêt pour l’automne de 1871. Partons jeunes pour être émus, pour pouvoir nous assimi-