ALPHONSE DE NEUVILLE
PEINTRE ET DESSINATEUR
PRINCIPALES ŒUVRES
Les Dernières Cartouches ; — Combat sur une voie ferrée ; La Passerelle de la gare de Styring , bataille de Forbach; Le Cimetière de Saint-Privat ;
Un Porteur de dépêches, Sainte-Marie-aux-Chénes.
1er et boire le soleil, supporter l’éclat des marbres, des étoffes, et revenons jeunes pour créer avec force. »
La guerre de 1870-1871 a inspiré des œuvres, peintures et sculptures, qui sont parmi les plus belles que l’art contemporain ait produites. C’est le Gloria victis, le Quand même! d’Antonin Mercié ; le Monument de la Défense nationale, de Barrias; le Lion de Belfort , de Bartholdi; les Dernières Cartouches , d’Alphonse de Neuville; Champigny, le Salut aux blessés , Morsbronn , de Détaillé ; Reichshoffen, d’Aimé Morot. Si l’on compare ces œuvres avec celles dont les guerres antérieures, depuis la Révolution jusqu’à la fin du second Empire, ont fourni les motifs et les sujets, l’esprit est immédiatement frappé des différences, des contrastes même, qu’elles présentent au point de vue de l’idéal. Le patriotisme a été l’idéal des premières; les secondes n’ont eu comme objectif que la glorification officielle des souverains et des chefs d’armée; et, alors que celles-ci effleurent à peine l’imagination d’une sensation légère, provoquée par le spectacle figé de la mort et de la souffrance, celles-là vous prennent au cœur, en invoquant douloureusement les héroïsmes inutiles, les folies sublimes, et les sacrifices suprêmes, dans la défense acharnée de la patrie. Qui ne se souvient encore aujourd’hui de l’émotion produite au Salon de 1874 par l’apparition du Gloria victis, qui symbolise, avec une expression si saisissante de grandeur épique et de poétique mélancolie, la protestation de la Pensée contre la Force, l’hommage de l’Humanité à la France vaincue? Si la plupart des jeunes peintres militaires conquirent rapidement la popularité, ce ut pour avoir su traduire éloquemment l’âme populaire de ce temps, tout entier à un idéal de relèvement national, par la préparation patiente et énergique des triomphes de l’avenir, dans le souvenir vivifiant des désastres du passé.
Frémiet a songé à sa Jeanne d’ Arc à cheval au lendemain de la guerre de 1870-1871. « Pour en corriger l’amertume comme pour réveiller notre espoir, déclare-t-il, j’évoquais cette figure consolante; Charles Blanc et Jules Simon m’y encourageaient, et j’y mis, je peux le dire, tout mon cœur. »
Le même idéal patriotique a inspiré la Jeanne d’ Arc de Paul Dubois, érigée sur le parvis de la cathédrale de Reims; la Jeanne cV Arc agenouillée de Chapu, si touchante; et la Jeanne cl’ Arc de E. Barrias, montant au bûcher, du monument commémoratif de Bon-Secours, à Rouen.
En 1874, Détaillé peint le Régiment qui passe. Par un jour de fin d’hiver, où le soleil pâle perce à peine la brume épaisse, et ne peut fondre la neige qui couvre le sol et les toits des maisons, près de la porte Saint-Martin, mémorial glorieux du passage du Rhin par Louis XIV, défile un régiment. Derrière les tambours, tête haute, fier visage, bien prises dans leur uniforme neuf, marchent les recrues. Les rangs sont alignés, sans flottement; les pas marquent la cadence avec vigueur et souplesse. Groupés le long des trottoirs, contre les parapets des rampes, les Parisiens regardent les troupiers. Ce n’est plus la curiosité qu’on lit dans les yeux et dans l’attitude de cette foule de bourgeois, d’ouvriers, de femmes et d’enfants, plus attendrie que joyeuse; c’est le recueillement ému devant l’apparition grandiose de la patrie renaissante. Du colonel au tambour, le peintre a fait des portraits de toutes les premières figures de son tableau. Un régiment n’a-t-il pas sa physionomie, son âme, par l’unité des sentiments militaires et des ambitions patriotiques, par l’entrain et l’aisance dans [l’allure et la tenue, que sait donner à ceux qu'il commande le chef qui les aime, les comprend et s’en montre fier? L’armée n’a-t-elle