PEINTRE MILITAIRE
né en 1848.
PRINCIPALES ŒUVRES
En retraite ; — Charge du 9P régiment de cuirassiers à Morsbronn; En reconnaissance ; — La Défense de Champigny par la division Faron ; Le Régiment qui passe ; — Le Rêve ;
La Sortie de la garnison de Huningue; — Les Victimes du devoir ; Compositions pour Y Armée française, les Cavaliers de Napoléon.
pas eu, elle aussi, sa révolution sociale? Être soldat n’est plus un métier, c’est un devoir civique que tout Français doit remplir. L’armée est la nation elle-même, qui s’instruit dans la science de la guerre, dans la pratique de l’énergie physique et morale, pour se défendre et se faire respecter.
Puis, en 1887, treize ans après, Détaillé symbolise de nouveau dans le Rêve , cette armée nouvelle. Sur le champ de manœuvres, vaste plaine dont les blés mûrs ont été moissonnés, les soldats dorment en longues files, près des fusils et du drapeau roulé sur les baïonnettes. Dans le ciel étoilé une apparition se dessine : des fantassins qui chargent en chantant, des drapeaux qui frissonnent dans le vent au-dessus des têtes... Est-ce :
La grande revue d’honneur Que dans les Champs-Élysées,
A l’heure de minuit,
Passe le César qui n’est plus?
Non! c’est l’espérance qui fait battre tous les cœurs; c’est... la foi qui illumine tous les visages; c’est... ce que Dieu tient dans sa main; c’est... demain!
Le Rêve et le Régiment qui passe ont été inspirés par le plus haut idéal : celui de l’amour de la patrie.
Sur le Journal que Dalou tint régulièrement pendant les dernières années de sa vie, on lit ceci, à la date du 28 avril 1897 : « Je prends la résolution d’entreprendre, sans plus attendre, le monument que je rêve, depuis 1889, à la glorification des travailleurs. Ce sujet est dans l’air; il est d’époque et sera quelque jour traité par un autre; il faut prendre date. L’avenir est là, c’est le culte appelé à remplacer les mythologies passées. » La pensée de ce monument avait germé dans le cerveau de Dalou, à la suite de l’inauguration du groupe de la place de la Nation, le Triomphe de la République. Quelques lignes de son Jour-
nal, des confidences faites à des amis intimes, ont permis d’établir la genèse de ce projet, qui témoigne superbement de la grandeur de l’idéal qui l’avait inspiré; de reconstituer les réflexions solitaires que se fit à ce moment-là le sculpteur, et que résume ainsi nerveusement Henri Roujon, dans la préface du livre consacré à Dalou par Maurice Dreyfous : « Nous n’y sommes pas. Ils n’y sont pas du tout. Je n’y suis pas plus qu’eux. Je suis venu à cette fête pour assister à l’apothéose de ce peuple dont je sors et dont l’âme bouillonne en moi. Où était-il, le peuple? On ne l’a pas vu. De la cavalerie, des uniformes, des canons partout. Tout l’appareil a défilé du vieux monde. Ou se cachait, pendant ce gala démodé, l’armée du travail? Où mes praticiens, mes ajusteurs, mes fondeurs et mes plâtriers? Où les millions de bras qui créent? Où ceux qui peinent sur la glèbe? J’ai vu des fusils et des sabres, et pas un outil. H s’agissait de glorifier aujourd’hui pour exalter demain. Il n’y a eu qu’autrefois d'invité. Moi-même, j’ai fait œuvre d’autrefois! » Rentré chez lui, il dit à sa femme : « Je veux faire le Monument des ouvriers. » Dalou se mit à la besogne pour réaliser son projet grandiose; la maladie et l’exécution de commandes diverses y mirent obstacle pendant douze ans. Le monument est resté à l’état d’esquisses; mais, telles qu’elles, ces esquisses prouvent que l’œuvre définitive ne serait point restée inférieure à l’idéal qui l’avait inspirée.