CHAPITRE XI Y Le cœur et Pâme
— Ame signifie, au propre, suivant son étymologie, ce qui anime, ce qui est le principe de tous les mouvements de la vie intérieure et de la vie extérieure.
— Ame signifie, au figuré, ce qui est le principal fondement d’une chose, qui la maintient; déjà l’expression d’âme appliquée au noyau sur lequel on applique la matière en fusion, et, inversement, l’expression d’âme d’un canon.
— L’âme ne vit point seulement des impressions que lui envoie le monde extérieur, mais surtout des pensées et des sensations que fait naître la contemplation du Vrai et du Beau.
— On n’exprime que ce qu’on sent, et non ce qui est, qui presque toujours échappe à l’artiste.
— C’est le cœur qui établit entre les choses et les êtres cette mystérieuse correspondance qui fait leur poésie, et leur beauté.
— L’âme est le rayon de lumière qui fait une perle d’une goutte d’eau, tremblant au bout d’un brin d’herbe dans un pré ou sur le talus d’une route poudreuse.
— On croit qu’il y a des sujets qui portent les uns plus que les autres; de là le choix de certains sujets tenus pour
essentiellement magnifiques, touchants, grandioses, etc. Or, au contraire, c’est l’artiste qui porte le sujet; par l’intérêt qu’il prend à un objet, à une idée, l’artiste le pénètre de lui-même, lui communique son cœur et son âme, et ainsi le transforme.
— Ce qui fait comprendre une chose est de la prose; ce qui la fait sentir est de la poésie.
1 — L’artiste n’atteint jamais mieux à la personnalité, et par conséquent n’approche de plus près le succès, qu’au moment où, s’effaçant lui-même devant son œuvre, il se laisse aller tout entier à son émotion, et ne prend conseil que de son cœur et de son âme.
— - Avant de vouloir apprendre comment se traduisent les émotions, il faut cultiver et développer la faculté d’être ému. L’éducation de l’âme doit donc précéder celle de la main.
Après un insuccès, Beethoven s’écriait avec fierté : « La postérité me vengera, parce que dans mon art, je le sens, Dieu est plus près de moi que des autres hommes. » Ce cri échappé à la conscience de Beethoven, parti de son âme froissée, est la plus précieuse des révélations. It est aussi éclatant que la plus puissante des symphonies. Il résume à lui seul tout ce que l’on a pu écrire de plus élevé, de plus profond sur les sources cachées et mystérieuses de l’inspiration.
Bonn aï.
Quand un artiste donne tout ce qu’il sait, tout ce qu’il sent, quand il traduit avec sincérité son émotion, il peut, même avec des moyens techniques relativement inférieurs, arriver à produire de beaux effets.
Bouguereau.
Ne vous détournez pas des œuvres du passé; appliquez-