‹ Pour devenir un artisteChapitre 50 sur 73 · THÉODORE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

THÉODORE ROUSSEAU

PEINTRE PAYSAGISTE

PRINCIPALES ŒUVRES

Sortie de forêt à Fontainebleau coucher de soleil ;

Les Gorges d’Apremont, forêt de Fontainebleau ;

Allée de châtaigniers ; — ■ Chaumières sous les arbres ; Les Bords de la Bouzanne ; — Métairie des bords de l’Oise ; Ferme des Landes ; — Bornage de Barbizon ;

Lisière de la forêt de Compiègne .

On a fait, à Anvers, une gracieuse légende d’un bouvreuil qui, toute une saison, quand Daubigny s’installait dans son bateau sur les bords de l’Oise, pour peindre, venait se percher sur une branche du saule le plus proche, et, pendant la séance, jusqu’au moment où le soleil se couchait derrière le coteau, donnait au maître une sérénade joyeuse, dont les variations inépuisables semblaient traduire l’enchantement de l’oiseau de voir apparaître sur la toile, à chaque coup de pinceau, le paysage de sa rivière aimée.

J. Dupré répondait à un jeune peintre qui lui annonçait son prochain départ pour l’Orient, où il voulait aller chercher des sensations nouvelles et des motifs inédits de peintures : « Allez donc étudier d’abord les gris du moulin de la Galette, à Montmartre. »

Grand voyageur devant l’Eternel, Marilhat visitait les plaines de la Syrie, « où tout est grand, haut, et sublime » ; il écrit à son frère, qui habite, en Auvergne, à Sauvignac, la maison paternelle, et lui recommande, « si on veut lui faire bien plaisir », de planter, près de la serre du jardin, des saules pleureurs, et de faire nettoyer la petite allée du bois; et il termine sa lettre en évoquant avec une émotion tendre le souvenir de son dernier automne, « les sentiers du bois où l’on respire en gonflant sa poitrine, où l’on n’entend que les feuilles mortes qui tombent avec un léger frôlement comme un regret des beaux jours, et, de temps en temps, le cri saccadé et moqueur du merle qui s’enfuit. »

Un vieux gardien du cimetière de Barbizon disait à ceux qui venaient visiter la tombe de J. -F. Millet : « La nuit, la tombe est le rendez-vous de tous les rossignols du pays. »

En 1849, J. -F. Millet et son ami Charles Jacque quittaient Paris, et venaient s’installer à Barbizon, chez le fameux aubergiste, le père Ganne, qui hospitalisait déjà un certain nombre d’artistes, que la Révolution de 1848 et les journées de juin avaient chassés de la capitale, peu propice aux travaux d’art : Théodore Rousseau, le décorateur Hugues Martin, Louis Leroy, Belly, Glerget, etc. Ils louèrent des ateliers chez les paysans, et ils se mirent à explorer la forêt et les champs. « Je les visitais souvent déjà à cette époque, a écrit le biographe de J. -F. Millet et Th. Rousseau, et leur ami le plus intime, Alfred Sensier; ils étaient arrivés à un tel degré de surexcitation que le travail leur était impossible : la grande majesté des vieilles futaies, la virginité des rocs et des bruyères, ces augustes témoins des siècles disparus, ce cataclysme devenu un centre d’activité humaine et de verdoyants paysages, les avaient grisés de leurs beautés et de leurs senteurs. Ils étaient véritablement possédés. » Le fils du laboureur de Gréville se sentait redevenir paysan dans le cœur et dans l’âme, et il le redevint en effet complètement et pour toujours. Il se logea dans une petite ferme du village, où trois pièces basses et étroites lui servaient d’atelier, de cuisine, et de chambre pour sa femme et ses trois enfants, et à laquelle était joint un petit jardin où il faisait pousser les légumes nécessaires à la maisonnée. Le maître vécut là un quart de siècle, entassant chefs-d’œuvre sur chefs-d’œuvre, exclusivement consacrés à la représentation de la nature dans sa beauté sévère et grandiose, suivant le programme qu’il s’était tracé dès ses débuts dans cette voie nouvelle :

« Si je pouvais faire ce que je voudrais, ou tout au moins le tenter, je ne ferais rien qui ne soit le résultat d’une impression reçue par l’aspect de la nature, soit en paysages, soit en figures. »

La correspondance et les entretiens du maître, recueillis pieusement par Alfred Sensier, sont remplis des témoi-

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