STATUAIRE
Né en 1822.
PRINCIPALES ŒUVRES
Anacréon; — Les Gracques; — Le Mariage romain;
Bas-reliefs pour la clôture du chœur de l’église Sainte-CIotilde, à Paris ; Fronton et cariatides du pavillon Turgot, au Louvre ;
La Musique instrumentale (Façade de l’Opéra de Paris] ;
Buste de Ms1’ Darboy (Musée du Luxembourg).
gnages les plus éloquents de son amour pour la nature. « Si vous voyiez comme la forêt est belle ! écrit-il à un ami; j’y cours quelquefois à la fin du jour, et après ma journée, et j’en reviens chaque fois écrasé. C’est d’un calme, d’une grandeur épouvantable, au point que je me surprends ayant véritablement peur. Je ne sais pas ce que ces gueux d’arbres-là se disent entre eux, mais ils se disent quelque chose que nous n’entendons pas, parce que nous ne parlons pas la même langue, voilà tout. » Dans une autre lettre, on lit cette belle déclaration : « Il y en a qui disent que je nie les charmes de la campagne; j’y trouve bien plus que des charmes, d’infinies splendeurs... Je vois très bien les auréoles des pissenlits, et le soleil qui étale làbas, bien loin par delà le pays, sa gloire dans les nuages. Je n’en vois pas moins dans la plaine, toute fumante, les chevaux qui labourent, puis, dans un endroit rocheux, un homme tout errenné, dont on a entendu les hans! depuis le matin, qui tâche de se redresser un instant pour souffler. Le drame est enveloppé de splendeurs. Cela n’est pas de mon invention. Il y a longtemps que cette expression, le « cri de la terre », a été inventée. » ■ . i
Et, c’est la nature, sous toutes ses formes, sous tous ses aspects, dans toutes ses manifestations, que J. -F. Millet aime et admire. « Il y a eu, ces jours derniers, des effets de givre, que je ne vais pas essayer de vous décrire, ne me sentant pas de force à le faire. Je me contenterai de dire que Dieu seul a pu en voir de plus extraordinairement féeriques!!... » — « Ali! je voudrais pouvoir faire sentir à ceux qui regardent ce que je fais, les terreurs et les splendeurs de la nuit. On doit pouvoir faire entendre les silences, les bruissements des airs. Il faut percevoir l’infini. » C’est par cet amour sincère de la nature, par cet enthousiasme, ardent et ingénu, pour les merveilles de la création, et par cette foi profonde dans ses imposants mystères, que J. -F. Millet a été un grand artiste, est et restera une des figures les plus pures de l’École française dans tous les temps.
Pour n’avoir jamais peint spécialement des paysages ou des scènes identiques, un artiste peut avoir été un amant passionné de la nature; et, l’on a le droit incontestable de faire, par son exemple, la démonstration de l’excellence d’une éducation première tout empreinte des sentiments les plus vifs d’admiration pour la beauté, la grandeur et la magnificence des spectacles du ciel, de la terre, et de la mer, en vue d’arriver à produire des œuvres de haute valeur, au cours de la plus longue et de la plus féconde carrière artistique. Ainsi, Meissonier, dans sa prime jeunesse, fut le plus intrépide et le plus hardi coureur de montagnes, de précipices et de vallées. Placé en pension, à Grenoble, pour étudier les sciences qui pouvaient le préparer au commerce, auquel son père le destinait, sans qu’il eût la moindre vocation pour cette profession, il passait le plus clair de son temps à faire de l’alpinisme, — avant que la mode n’en fût venue avec le nom, — seul, sans aucun guide, la bourse légère, couchant sur le foin dans les granges, soupant dans les cuisines des auberges de rouliers, le plus souvent d’un morceau de pain noir, d’un morceau de fromage et d’un verre d’eau fraîche. Ses camarades l’appelaient le montagnard, et il en était très fier. Dans sa vieillesse, sa joie était d’évoquer les souvenirs lointains de ces excursions; un jour, il racontait àM. Gréard, qui l’a transcrite dans la biographie du maître, une scène des plus pittoresques fixée dans son imagination comme un tableau : « Par une splendide soirée de juin, pendant les congés de Pentecôte, à l’heure où le soleil, à son déclin, couronne comme d’un nimbe tout ce qu’il touche, il courait les Alpes dauphinoises, tête nue, les cheveux flottants, et vêtu d’une grande blouse taillée à l’antique, qu’il relevait sur les hanches pour marcher et dont il s’enveloppait comme d’un manteau lorsqu’il se reposait. Il était arrivé sur le haut d’un rocher qui surplombait un torrent desséché. Des enfants jouaient au fond du lit, cherchant des cailloux polis
par les eaux. Il était debout à la pointe extrême de la roche, se silhouettant sur le ciel, silencieux, immobile. Tout à coup, les enfants lèvent les yeux, et, l’apercevant, s’enfuient avec de grands cris d’épouvante. Qu’allèrent-ils raconter au village? Meissonier aurait-il, à l’orée de ce joli bois, son petit bout d’autel et de légende? » Et le maître, enforme de conclusion à cet aimable récit, ajoutait les réflexions suivantes sur ce qui lui était resté de cette éducation buissonnière, et de cet enthousiasme juvénile : « Le goût de l’observation morale, une grande finesse de sensibilité, par-dessus tout la passion de la nature, toutes sortes d’amours avec les beaux ciels et les belles montagnes du Dauphiné, d’intimités avec les petites sources des prairies, les ruisseaux limpides courant le long des sentiers sur les cailloux brillants, les buissons d’épines-vinettes foisonnant de sauterelles aux ailes rouges et bleues bordées de noir, qu’il s’amusait à faire lever par essaims pour les voir étinceler au soleil. » Aussi, peu de temps avant de mourir, il écrivait, sur son Journal, cette note émue, qui résume ses sentiments et ses pensées à ce propos : « Quand il faudra partir, après ceux que j’aime, ce que je regretterai le plus, ce sera, non pas les villes, les musées, les œuvres de l’homme enfin, mais la nature du bon Dieu, les champs, les bois, les choses soi-disant inanimées, qui, tant de fois, m’ont fait pleurer d’admiration. C’est si beau la lumière, c’est si beau la nature! Admirer, c’est si bon, mon Dieu! Heureux les paysagistes! »
Pendant les mois passés dans le petit village de Montagne, chez son oncle, curé, au milieu d’une campagne douce et fraîche, aux calmes horizons de basses collines verdoyantes, arrosée de rivières sinueuses, coulant à travers les prés et les bois, avec tranquillité et toujours claires, Douguereau prit le goût profond de la nature qu’il a gardé, et qui est une des joies et une des directions de sa vie d’artiste. Il se laissait aller à de longues rêveries poé-
tiques, au cours desquelles il engrangeait dans son imagination les sensations intenses que lui faisaient éprouver les spectacles de beauté champêtre qu’il avait sous les yeux, et qui, chaque jour, variaient. Aujourd’hui, encore, c’est avec attendrissement qu’il se souvient de ses contemplations solitaires devant les couchers de soleil dans les brumes dorées de la Gironde, des promenades d’études que lui faisait faire son oncle dans les églises et dans les châteaux environnants, et dont il reçut la passion des excursions de vacances consacrées ^aux mêmes distractions, qu’il a eu l’habitude d’entreprendre chaque année jusqu’à sa vieillesse.