CHAPITRE XVII La culture de l’esprit
— L’intelligence est le trésor des idées.
— L’artiste doit développer avec soin, par les lectures, par les conversations, et par les méditations, son intelligence, pour avoir des idées.
— S’il n’a pas d’idées, l’artiste travaille dans le vide ; et, pis encore, il travaille dans les idées des autres.
— Se former l’esprit et le cultiver, ce n’est point pour l’artiste le remplir de citations, de dates, et de faits; c’est chercher des sensations nouvelles, avoir des regards nouveaux sur les êtres et sur les choses; c’est exercer constamment ses facultés de voir, d’observer, et de comparer.
— La matière appelle l’esprit : ce sont les deux pôles de la vie. Sans relations, la matière et l’esprit resteraient inertes.
— Evidemment on ne vit pas plus pour apprendre que pour manger : et, cependant, il faut manger pour vivre.
Les gens de métier sont de pauvres connaisseurs dans l'art qu’ils exercent, s’ils ne joignent à la pratique de cet art une supériorité d’esprit ou une finesse de sentiment
que ne peut donner l’habitude de jouer d’un instrument et de se servir d’un pinceau. Ils ne connaissent d’un art que l’ornière où ils se sont traînés, et les exemples que les écoles mettent en honneur.
Jamais ils ne sont frappés des parties originales ; ils sont, au contraire, bien plus disposés à en médire; en un mot, la partie intellectuelle leur manque complètement.
Le secret de n’avoir pas d’ennuis, pour moi du moins, c’est d’avoir des idées. Je ne puis donc que rechercher les moyens d’en faire naître. Les bons livres ont cet effet, et surtout certains livres parmi ceux-ci. Ils peuvent ouvrir la porte par où s’épanche l’imagination.
Delacroix.
Étudiez, lisez, pensez : la peinture n’est pas le daguerréotype.
Paul Delaroche.
L’artiste, si bien doué qu’il soit, a besoin d’acquérir sans relâche des connaissances nouvelles, et, à chaque ouvrage, il semble que tout soit à réapprendre. Ces connaissances étant certaines, elles nous imposent en quelque sorte l’obligation de les acquérir.
Nous avons derrière nous un long passé, des autorités et des exemples qu’on peut dire éternels. L’histoire a enregistré des faits nombreux, l’archéologie a accumulé des richesses : l’instruction s’est répandue. Dans ces conditions, l’art ne peut plus vivre à part. Désormais, il doit être pénétré d’éléments empruntés à la science : il doit être érudit. Non qu’il ait à fléchir sous un savoir accablant; mais il faut qu’à sa manière il porte témoignage de nos connaissances et rende hommage à la vérité. C’est surtout par là qu’il sera moderne.
L’archéologie, la littérature et l’histoire vous préparent à imaginer toutes sortes de sujets, comme la science du dessin vous rend capables de les représenter. Étudiez l’archéologie, la littérature et l’histoire, non pas avec la curiosité propre à des érudits, mais en artistes attentifs à saisir
PAUL DELAROGHE
PEINTRE
PRINCIPALES ŒUVRES
Décoration de l’hémicycle de l’École des beaux-arts, à Paris U Assassinat du duc de Guise (Musée de Chantilly) ;
Cromwel ouvrant le cercueil de Charles Ier (Musée de Nîmes);
Jane Grey ; — Strafford marchant à l’échafaud.
à la fois le côté extérieur et le côté expressif des choses et à traduire aux yeux ce que les écrivains nous font seulement entrevoir et que toute parole parlée est impuissante à exprimer.
Eugène Guillaume.
Exercez votre cerveau, pensez par vous-mêmes. Que m’importe que vous restiez dix heures assis devant votre chevalet, si vous dormez!
Gustave Moreau.
Je pense que si d’aussi admirables tableaux d’histoire ( Marc-Aurèle de Renan) avaient remplacé à temps l’éducation aride et purement dataire dont on a tenté vainement de me frotter jadis, j’aurais été l’homme le plus ardemment épris du passé, le plus avide de le connaître.