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PUVIS DE CHAVANNES

Quels que soient les dons naturels de l’artiste, il faut qu’il les cultive comme les terres fertiles que le laboureur est condamné à retourner et à nourrir sans cesse, sous peine de les voir s’appauvrir.

J. Thomas.

Ingres avait la passion de la lecture, pour compléter son instruction, qui avait été fort négligée, dans l’obligation où il s’était trouvé très jeune de gagner sa vie. Mais il était trop pauvre pour acheter des livres. Il en empruntait à ses amis et connaissances; et il transcrivait sur des cahiers tout ce qui lui paraissait propre à développer son intelligence, à lui fournir des documents pour son métier de peintre. Son biographe, H. Delaborde, déclare ne pas exagérer en évaluant à la matière de plusieurs gros volumes l’ensemble des extraits qu’il faisait d’après les historiens, les poètes, les moralistes, accompagnés de ses notes et réflexions personnelles.

Pendant sa jeunesse, Rude passait tous les dimanches, toutes les fêtes, à lire des ouvrages d’histoire et d’art, au heu de suivre à la promenade ou au jeu ses camarades, qui essayaient de l’entraîner. « Le plaisir que j’aurais éprouvé en me laissant aller aux excitations du monde, écrivait-il dans sa vieillesse, n’aurait pas valu la satisfaction que je trouvais à leur résister. Celle-ci est bien supérieure au premier, et de bien meilleur aloi, puisqu’elle dure encore et que son souvenir seul est une jouissance. » Rude aimait à se faire lire, en travaillant, des traductions d’Homère, de Plutarque, de Tite-Live, le Mémorial de Sainte-Hélène , les Victoires et Conquêtes des Français, etc. Souvent, au cours de la lecture, il interrompait le lecteur, qui était sa femme ou quelque ami, et s’écriait : « Quels hommes! » Puis il ajoutait philosophiquement : « Fumons une bonne pipe! »'

Dans une de ses études sur Barye, E. Guillaume nous informe que le grand sculpteur nourrissait son esprit par de nombreuses lectures. Il lisait avec passion les poèmes anciens et modernes, les historiens de tous les temps, les ouvrages de mythologie et d’histoire naturelle. En même temps qu’il savait davantage, son talent devenait plus riche, mais aussi son esprit plus difficile. Il abandonna Buffon, trouvant que ses descriptions s’arrêtaient trop à la surface. Il avait besoin d’aller au fond des choses ; les ouvrages de Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire convenaient mieux à la nature de son esprit.

Le grand-père et la grand’mère de J. -F. Millet avaient apporté dans la ferme du hameau de Gruchy, où il naquit,

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