ARCHITECTE
L’Opéra de Paris ; — Le Théâtre de Monaco ; Le Cercle de la librairie de Paris.
beaucoup de livres de piété et de philosophie religieuse. Il y avait là notamment la Vie des Saints, les Confessions de saint Augustin, les œuvres de Bossuet, de Fénelon, de saint François de Sales. Le jeune homme dévorait tout cela après la journée de travail agricole ; il avait même appris assez de latin pour lire Virgile et la Bible. Plus tard, dans l’atelier de son second maître de Cherbourg, Langlois, la lecture absorbait tout le temps qu’il ne consacrait pas à la peinture et au dessin. Ses auteurs préférés étaient Chateaubriand, Victor Hugo, Walter Scott, Byron, Gœthe, Shakespeare, et Béranger.
Hippolyte Flandrin n’avait jamais fréquenté que l’école primaire. En arrivant à Paris pour se consacrer à l’art, il dut se faire lui-même toute son instruction. Tous les soirs, après son travail, il lisait la Bible ou des auteurs anciens. Par sa volonté et par sa ténacité, il se donna ainsi les plus solides connaissances historiques et littéraires. Son œuvre en est le témoignage superbe.
Quand il vint à Paris, de son village du Jura, Perraud constata bien vite que l’instruction rudimentaire qu’il avait reçue d’un instituteur ambulant, dans une grange, pendant deux ou trois hivers, n’était pas suffisante pour l’outiller intellectuellement, et lui permettre de faire une carrière honorable dans le métier d’artiste statuaire. Mais il était trop pauvre pour acheter des livres. Alors, il se fit une véritable bibliothèque avec des transcriptions et des extraits de ceux que des amis lui prêtaient ou qu’il empruntait à des bibliothèques publiques. Il passait une partie de ses nuits à ce travail. Quand l’aisance vint à Perraud, avec la renommée, il se constitua immédiatement une collection importante de livres d'histoire et de philosophie, qu’il ne cessait de relire; et ainsi, peu à peu, il se forma l’esprit
de façon à n’être point dépaysé au milieu des artistes les plus instruits.
Meissonier était un lecteur infatigable. Il aimait à lire pendant son déjeuner solitaire; quand il ne travaillait pas à un tableau trop absorbant, il se faisait lire par sa femme quelque bon ouvrage : c’est ce qu’il appelait : « ses lectures de chevalet ».
L’œuvre de J. -P. Laurens démontre la valeur de l’instruction que l’artiste, par son énergie et par son travail acharné, a réussi à se donner lui-même, en dépit de la longue ignorance que lui imposèrent les premières difficultés de sa vie. Les vagabondages dans les bois, la chasse aux alouettes dans les champs, et ensuite le dur labeur de son apprentissage artistique, ne lui avaient point même laissé le temps d’apprendre à lire. Mais, lorsque le dévouement maternel de la femme de son premier maître sérieux, dont il épousera plus tard la fille, à Toulouse, lui a enseigné les premières notions de la lecture, il lui vient une curiosité insatiable de la pensée écrite, les gravures et les tableaux lui ayant déjà imprégné le cerveau de formes et de couleurs. Etudiant à l’Ecole des beaux-arts de Paris, il achète sur les quais des tomes dépareillés du Dictionnaire historique; des ouvrages défraîchis, dont la sévérité étonne chez un jeune homme de son âge : les Confessions de saint Augustin, un Tacite, un Montesquieu, un Shakespeare. 11 lit et relit tout cela, sans cesse, apportant à comprendre la contention d’esprit, la méditation, la méthode d’analyse, imposées par l’absence d’instruction classique première, que compensent largement, il est vrai, dans une intelligence aussi éveillée et intuitive, naturellement sensible aux sentiments élevés, l’indépendance du jugement et la hardiesse de la pensée. « Un soir, pour lui faire faire la connaissance de notre Corneille, a raconté Ferdinand Fabre, je lui lisais Cinna. Au milieu du monologue d’Au-
guste, il m’interrompit : « Assez, je vous en prie, assez, la tête me tourne. » Je le regardai; il était fort pâle. « Qu’avez-vous? lui demandai-je. — Oh! rien. » Et, désignant mon livre du doigt, il dit : « Trop de choses là dedans m’ont touché. Cela m’a fait mal. Que vous êtes heureux de pouvoir admirer ainsi tranquillement! Moi, je n’y suis pas habitué... et vous savez! »
Cet effort intellectuel incessant de l’artiste explique le caractère de son œuvre, où l’idée, toujours d’une conception d’ordre général, est amenée rigoureusement à l’expression la plus nette, la plus simple, où l’exécution est conduite à un état de sévérité, d’énergie, de rudesse même, de telle façon que l’imagination du spectateur est frappée aussi fortement que l’a été celle du peintre devant les hommes ou les événements; œuvre superbe, du plus haut idéal, se développant progressivement d’année en année, dans une unité et une logique absolues, signe de puissance et d’originalité.