CHAPITRE XVIII
L’étude des maîtres.
— Étudier les maîtres, c’est, pour l’artiste, profiter des expériences d’autrui.
— L’étude des maîtres est bonne pour les tempéraments vigoureux qui peuvent digérer une forte nourriture; elle est mauvaise pour les tempéraments débiles, sans volonté ni énergie, auxquels elle est indigeste.
— L’étude des maîtres fournit aux artistes originaux des moyens d’émancipation; aux artistes sans personnalité elle n’inspire que des désirs d’imitation.
— Il faut étudier les maîtres moins pour connaître leurs procédés techniques, et leurs manières, que pour se rapprocher de leur âme, et s’y réchauffer, comme à un foyer, comme au soleil.
— L’étude des maîtres doit servir surtout à rendre plus facile, plus féconde, celle de la nature, dont ils se sont constamment inspirés.
— Copier n’est point créer.
— Par le seul fait de l’imitation d’un maître, on renonce à avoir une personnalité, par conséquent à être un artiste.
— Imiter les maîtres, suivant les préceptes de l’école, comme la rhétorique conseille d’imiter les grands écri-
vains, c’est voler leur habit. Or, il arrive toujours que l’habit n’est pas à la taille du voleur, qui n’en est que plus grotesque et ridicule.
— On perd tout le bénéfice de ses dons naturels à vouloir acquérir, même d’après les maîtres, un style d’emprunt, au moyen de recettes et de formules.
L’éducation classique, basée sur l’étude des œuvres de l’Antiquité, du Moyen Age et de la Renaissance, est celle qui ouvre à l’esprit et à l’imagination de l’artiste les plus vastes horizons, et qui lui laisse le plus de liberté dans l’invention et dans l’exécution, pour le présent et pour l’avenir.
E. Barrias.
Il est bon, après une campagne dans la nature, d’aller comparer nos observations à celles des vieux maîtres. Ils nous parlent du fond des siècles, et leurs conseils n’en ont que plus d’autorité. Ce qui a duré si longtemps a des chances d’être vrai. La tradition est la lumière des ancêtres qui éclaire et guide l’avenir.
Jules Breton.
Penser souvent aux grands maîtres, et bien savoir que, même les moins forts, ceux des âges tombés, sont d’excellent conseil, et toujours peintres.
Th. Chassériau.
Etudiez les maîtres, n’en copiez aucun.
Léon Coignet.
Si nous étudions le grec, si nous étudions les monuments de l’antiquité, nous ne les copions pas; nous y cherchons des préceptes et des exemples; mais nous cherchons
aussi en nous un sentiment et une volonté; nous regardons, mais nous créons.
Charles Garnier.
Croyez-vous que je vous envoie au Louvre pour y trouver ce qu’on est convenu d’appeler « le beau idéal », quelque chose d’autre que ce qui est dans la nature? Ce sont de pareilles sottises qui, aux mauvaises époques, ont amené la décadence de l’art. Je vous envoie là parce que vous apprendrez des antiques à voir la nature, parce qu’ils sont eux-mêmes la nature. Aussi, il faut vivre d’eux, il faut en manger.
Ingres.
L’étude de la nature, cette source de lumière, vous éclairera, vous aidera à reconnaître, dans votre admiration générale, vos maîtres préférés. Suivez-les, aimez-les sans réserve ; car c’est encore à travers leur influence que votre originalité pourra un jour se dégager.
J. -P. Laurens.
L’étude des œuvres ne peut entraver aucune originalité.
L’enseignement le plus net qui en ressorte est qu’elles ont pour base la sincérité du sentiment; elles ravissent et attachent sans troubler; elles ont l’air faciles ; elles se livrent, en faisant comprendre tout ce qu’un esprit artistique bien pondéré et fécondé par l’étude peut tirer des spectacles les plus simples.
PüVIS DE CHAVANNES.
On me dira que le séjour de Rome ne peut m’être d’aucune utilité; mais je vous dirai que je pense le contraire... Quelle suffisance qu’on puisse avoir, on ne peut s’empêcher de se comparer à un provincial qui entre pour la première fois dans un salon.
Horace Yernet.