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CHAPITRE XIX

Les voyages.

— Voyager est très utile pour les artistes.

— Le voyage excite la volonté, développe le désir, avive la mémoire.

— Le voyage, en multipliant et en diversifiant les images, les sensations, enrichit l’esprit, et féconde l’imagination.

— Dans le voyage, les horizons nouveaux nous débornent.

— Le voyage extériorise les idées.

— Le voyage est la satisfaction du besoin naturel et inné de l’alternance, du flux et du reflux des sensations et des émotions, besoin du cœur, besoin du sang.

— Il faut voyager pour la joie du retour dans sa maison, la maison de la vie et du travail.

La vue trop prolongée des mômes objets finit par émousser l’émotion. L’esprit tournant dans le même cercle d’observation voit faiblir ses ressorts. Les voyages renouvellent et rafraîchissent l’esprit; mais je crois qu’il n’est pas

bon d’en abuser et d’imiter les touristes qui effleurent tout et n’approfondissent rien. L’attrait de la nouveauté peut nous rendre enthousiaste de choses moins belles que celles que la satiété nous fait fuir.

Jules Breton.

La vue d’un beau pays et les voyages en général laissent dans l’esprit des traces charmantes; on se rappelle toutes ces émotions quand on en est loin, ou qu’on ne peut plus en retrouver de semblables. C’est donc une petite provision de bonheur pour l’avenir quel qu’il soit.

Voyager de temps en temps est aussi nécessaire à la santé de l’âme qu’à celle du corps : on sort de son ornière habituelle, et cela allonge la vie en la variant.

Delacroix.

J’ai voyagé dès ma tendre jeunesse, car je suis d’un pays voisin de la Suisse, et, chaque année, aux vacances, quand j’avais vu mes parents, pendant trois ou quatre mois que je n’avais rien à faire dans ma petite ville (Vesoul), j’allais en Suisse. Mon sac sur le dos, je gravissais les montagnes et j’arpentais les plaines. A dix-huit ans, et pour ainsi dire contraint et forcé, car M. Delaroche avait fermé son atelier d’élèves, je partis pour l’Italie, où j’ai passé une année qui a été une des plus heureuses et des plus fructueuses de ma vie, car elle m’a complètement changé aussi bien au moral qu’au physique. J’étais malingre, et suis revenu fort; mon cerveau s’est ouvert singulièrement, et j’ai pris contact avec la nature, qui m’est apparue pour la première fois dans toute sa splendeur.

Gérome.

Le voyage est décidément la véritable école de l’artiste et de l’homme; et, si l’éducation était mieux entendue, les jeunes gens seraient formés plus tôt, et plus tôt sérieux. La nouveauté des choses qu’on voit vous surexcite et vous donne une énergie que vous ne pouvez ressentir chez vous,

où vous n’avez d’autres spectacles que ceux auxquels vous êtes habitués depuis votre enfance. Rien ne vous surprend plus, et vous vous endormez facilement. En voyage, au contraire, l’idée du départ plus ou moins prochain vous préoccupe, vous voyez le temps fuir rapidement, vous craignez de ne pas savoir plus tard ce qui vous entoure momentanément; il faut donc observer, retenir, profiter de chaque instant, de chaque chose... Depuis que je voyage, que je vois les choses par moi-même, sans être entraîné de droite et de gauche par les conversations et les impressions de tel ou tel artiste, je me suis laissé aller naïvement à mes impressions personnelles.

Henri Régnault.

Si l’on peut appliquer aux peuples l’adage : « Connaistoi toi-même, » je dirai que, pour nous connaître, il nous faut visiter nos voisins. Ces excursions mettent en évidence nos qualités’ et nos défauts, les ressources que nous possédons, ainsi que certains travers que nous caressons avec une vanité puérile.

Viollet-le-Duc.

Horace Yernet a longtemps parcouru le monde, faisant moisson abondante de motifs et de sujets pour ses tableaux, dont le nombre est considérable, et dont la variété est extraordinaire. « Quand on le croyait à Paris, dit un de ses biographes, Y. Fournel, ou à sa villa de Versailles, il était à son château d’Hyères, sur la façade duquel il avait fait graver pour tout blason ces quatre dates : 4689, 1714, 1758 et 1789, c’est-à-dire l’année de la naissance de chacun des quatre Yernet. Quand on le croyait à Hyères, il était déjà parti pour son domaine de l’Algérie, ou pour l’Égypte, la Syrie, la Palestine, et la Crimée. R a voyagé par tous les véhicules possibles : en bateau, en wagon, en traîneau, à cheval, à dos de dromadaire ou à dos de mulet, campant au besoin sous la tente, ou couchant à

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