CARPEAUX
SCULPTEUR
PRINCIPALES ŒUVRES
Les Quatre Parties du Monde (Fontaine de l’Observatoire, à Paris); Hauts reliefs du fronton du pavillon de Flore (Palais du Louvre);
Le groupe de la Danse (Opéra, de Paris);
Ugolin et ses enfants (Jardin des Tuileries);
La Défense nationale (Hôtel de ville de Valenciennes).
Horace Vernet adressait à sa femme, de Saint-Pétersbourg, en 1842, cette curieuse lettre :
« En arrivant à Peterhof, j’ai été pris par le prince Volkoski, qui tient les cordons de la bourse. Sa première question, après les politesses d’usage, a été faite pour savoir si j’apportais quelque chose pour Sa Majesté. Je lui ai répondu : « Non; » et j’ai ajouté qu’il n’entre pas dans mes habitudes de colporter ma marchandise; que les voyages sont pour moi un repos et une distraction; que je n’étais venu en Russie que dans le seul but de témoigner ma gratitude à l’empereur pour ses précédentes bontés, en me mettant à sa disposition. »
Voici un autre fait qui est tout à l’honneur d’Horace Vernet, comme trait d’esprit et de caractère. L’artiste était à ce moment directeur de l’Académie de France, à Rome; il avait envoyé à Charles X le portrait du pape. Le roi, charmé, fit proposer à l’artiste de le nommer baron ; Horace Vernet fit à l’intermédiaire cette fière réponse : « Pour un peintre le nom de Vernet me semble parfaitement bien, sans titre honorifique; ce nom est de lui-même sorti de la foule, et le titre de baron l’y confondrait de nouveau; mais si Sa Majesté est disposée à m’accorder ce qui me ferait le plus grand plaisir, dites-lui que je la prie d’accorder la distinction de la Légion d’honneur à M. Dumont, sculpteur, l’un de mes pensionnaires, qui vient d’exécuter un groupe du plus grand mérite. »
En 1859, le duc de Morny était allé faire une visite à Meissonier, dans son atelier du quai Bourbon. Il vit sur un chevalet un tableau en train, les Amateurs de 'peinture ,
et il demanda à l’artiste de le lui réserver. Pendant plusieurs mois, Meissonier ne revit plus le duc, et ne reçut aucune lettre de lui relativement à cette affaire. Mais, quelques jours avant le Salon de 1860, un familier de M. de Morny entrait chez lui et, du ton le plus suffisant, avec quelque impertinence même, demanda à l’artiste si le tableau de M. le duc était terminé, ajoutant que M. le duc le réclamait. Meissonier montra de la main au personnage les Amateurs de 'peinture , qui étaient sur le même chevalet, et répliqua : « Le tableau est inachevé; il le sera toujours pour M. le duc de Morny. Dites-le-lui de ma part. »
Quelque temps après, Meissonier rencontrait dans le monde le fameux ministre de l’Empire. Celui-ci lui fit les premières avances, et lui demanda gracieusement pour sa galerie un tableau en remplacement des Amateurs de peinture. Meissonier peignit, en 1862, pour le duc de Morny, le portrait de Napoléon, où il est représenté à cheval, tenant de la main gauche pendante une lorgnette de campagne, escorté de deux aides de camp, en contre-bas du tertre.
En 1848, Charles Blanc, directeur des beaux-arts, désireux d’acheter un des tableaux de Courbet qui figuraient avec succès au Salon, lui en demanda le prix. — « Mais, Môssieu, répondit le peintre d’Ornans, avec son pittoresque accent franc-comtois, ce sera ce que vous voudrez. » Charles Blanc aimait beaucoup causer d’esthétique avec les artistes, il s’instruisait; et, malgré son apparente naïveté et son scepticisme goguenard, Courbet ne le détestait point. La conversation s’engagea donc entre eux. Avant de se séparer, Courbet demanda à Charles Blanc combien il payait le tableau d’un autre artiste que l’administration avait acheté. Sur la réponse qu’on en avait donné trois mille francs, il répliqua : « Alors, je veux aussi trois mille francs du mien, ou vous ne l’aurez pas. »
Carpeaux, qui était reçu avec bienveillance à Compiègne par Napoléon III, se présenta un jour devant l'empereur, sa figure exprimant une vive inquiétude.
« Qu’avez-vous, Monsieur Carpeaux? lui dit le souverain.
— Sire, je viens vous demander une grâce.
— Et laquelle?
— Celle de me faire baron, sire.
— Quelle idée vous prend? Avez-vous envie d’entrer dans la diplomatie?
— Non, sire, mais j’ai envie d’épouser Mlle de M.
— Et vous croyez le titre de baron indispensable? Détrompez-vous. Quand on s’appelle Carpeaux, ce nom-là vaut tous les titres du monde. » L’empereur salua le sculpteur. La leçon valait bien un titre de baron.
Quand la Chambre de commerce de Bordeaux eut achevé, en 1879, la restauration de la Bourse, elle songea à faire décorer de peintures le grand escalier de ce palais. Puvis de Chavannes en reçut la proposition et l’accepta. Tout était de nature à sourire à l’artiste dans ce projet : un monument public, chef-d’œuvre d’architecture; un emplacement exceptionnel permettant, par ses dimensions, d’y développer en toute liberté d’espace la composition la plus vaste; une ville riche, luxueuse, aimant les arts. Peu de temps après, au moment où il se préoccupait de chercher ce qui pourrait le mieux convenir pour la décoration de l’édifice, la Chambre de commerce lui fit transmettre un programme qu’avait rédigé une commission de fonctionnaires, de négociants, et d’érudits. Il y avait là, entre autres articles, celui-ci : « Le poète Ausone revient par eau de sa campagne, sur un bateau chargé de fleurs et de fruits, que les nautoniers amarrent avec des cordes dans
le port de Burdigala. » Le peintre répondit courtoisement qu’il désirait, suivant son habitude, choisir lui-même lé sujet de sa composition, et qu’il s’empresserait d’en donner le titre aussitôt que ce choix serait définitivement arrêté. On lui répondit que l’adoption d’un programme sous la forme délibérative accoutumée le rendait obligatoire. Puvis de Chavannes, alors, refusa la commande, et ses relations avec la Chambre de commerce furent rompues. Si l’artiste manifestait avec tant d’énergie sa hère indépendance, c’est que dans le choix du sujet qu’il se réservait toujours, il avait la conscience d’apporter constamment une sévérité peu ordinaire, de ne jamais rien laisser au hasard.