‹ Pour dire devant le mondeChapitre 10 sur 82 · LES BALCONS ROSES · texte numérisé non relu

LES BALCONS ROSES

et, pour le ravissement d’un passant rêveur, veulent-elles, par une présence d’ange, compléter ce paradis? Elles vont et viennent sur les balcons roses, ou s’inclinent languissamment. Il y a parmi elles des enfants qui sont des chérubins plus petits. L’éloignement et la rougeur attendrie du crépuscule confondent les couleurs diverses de leurs toilettes dans une teinte uniforme délicieusement rose. Leurs manches sont des ailes, et des nimbes pareils à ceux que l’on voit quand on ferme ses yeux éblouis par une lumière trop vive, planent sur leurs chevelures lointaines.

Hàte-toi, passant, hâte-toi de fuir, car le soir jaloux, qui monte sans relâche, commence à border d’ombre leurs jupes immatérielles ; bientôt, au lieu de ces précieuses apparitions, tu ne verrais plus que de jeunes personnes à marier, belles ou laides, qui viennent prendre le frais entre un rosier nain mort l’hiver dernier et un serin qui chante

faux. Va-t’en ! afin de garder intact le souvenir du moment furtif où les jeunes filles de Paris sont des anges.

LA DERNIÈRE AREILLE

Vents, pluie, éclairs faisaient rage de telle sorte Qu’on n’avait jamais vu de tempête aussi forte. Sous l’épaisseur des bois par la bise ployés,

Dans les nids, les petits oiseaux mouraient noyés, Et l’ouragan broyait toutes les créatures Qui n’ont point pour abri de solides toitures : L’abeille dans la fleur brisée, et le grillon Transi sous le léger brin d’herbe du sillon.

Or, Maria qu’on nomme autrement Myrième,

Vit, ce soir, un point d’or frôler la vitre blême.

Et c’était une abeille, hélas! près de mourir.

Qui heurtait, espérant que l’on viendrait ouvrir.

La Mère du Sauveur entr’ouvrit la fenêtre.

Elle prit dans ses doigts le pauvre petit être, Reconnut que c’était la reine d’un essaim,

L’essuya d’un baiser et la mit dans son sein Pour qu’elle y réchauffât ses deux ailes vermeilles. Sans cela, les étés n’auraient plus eu d’abeilles.

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