‹ Pour dire devant le mondeChapitre 11 sur 82 · LE PROCÈS DES ROSES · texte numérisé non relu

LE PROCÈS DES ROSES

Dans le jardin des aliénés, où vole parmi le soleil la neige ailée des papillons, le jeune fou se promène. Il est pâle, avec l’air doux. Et tant de tristesse dans ses yeux vagues ! Il s’arrête devant un églantier, cueille une églantine; il s’arrête entre deux rosiers, cueille, à l’un, une rose-thé, cueille, àl’autre, une rose moussue.

Sur un banc de bois, au détour de l’allée, il place les trois fleurs cueillies.

Il dit à l’églantine :

— Églantine, répondez! Vous êtes accu-

sée d’avoir, au temps où vous étie2 jeune fille, abandonné sans miséricorde, pour épouser un vieillard, qui était riche, un pauvre et triste enfant, qui vous adorait. Qu’avez-vous à dire pour votre défense?

Il attend la réponse. Il reprend :

— La cause est entendue. Je vous condamne.

Il dit à la rose-thé :

— Rose-thé, répondez! Vous êtes accusée d’avoir, au temps où vous étiez jeune femme et mondaine, désespéré, torturé par le manège infâme des sourires menteurs et des consentements rétractés, un misérable jeune homme dont le cœur, hélas ! battait pour vous seule, ardemment. Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

Il attend la réponse. Il reprend :

— La cause est entendue. Je vous coudamne.

Il dit à la rose moussue :

— Rose moussue, réponds ! Tu es accusée

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