LA SAINTE
Longue et délicate, et son jeune front nimbé d’or pâle, Cœlie a beaucoup de l’air d’une sainte de vitrail ! et il lui arrive d’en enrager, car trop de respect est inopportun souvent.
Une fois qu’ils avaient visité — dans l’un de leurs voyages — une très vieille ville espagnole aux masures tout armoriées de blasons, aux murs çà et là troués de niches où s’érigent des saintes ou des saints, ils rentrèrent dans la posada et, quoique las, ne s’endormirent point. Cependant, pensif.
silencieux, il ne lui baisait ni les mains ni lèvres. Au bout d’un long temps, elle demanda, jalouse ;
— A quoi songes-tu, mon amour ?
— Cœlie, hélas! Cœlie, un homme nouveau est né en moi ! Tout en haut de la ruelle, n’as-tu point vu une vierge de marbre, si blanche, si belle, si chaste, qui te ressemble? Elle avait, en sa tunique blême, la sveltesse des pudeurs intactes et les longs bras levés de la prière. Rien qu’à la considérer j’ai senti s’évanouir les chimères perverses, les coupables désirs. Un regard de ses yeux de pierre m’a nettoyé le cœur de tous les mauvais rêves. Quel grand artiste l’a sculptée si pure, pour la sanctification des âmes? Ah! ma chère, nous avons mené jusqu’à ce jour une vie très digne de reproches; il faut nous amender. Je suis plein, à cause de cette sainte, d’une dévotion infinie.
Que ce discours eût de quoi plaire à la