FIDÉLITÉ AU SERMENT
— Je veux un serment! dit l’amoureux.
— Qu’à cela ne tienne! dit l’amoureuse, et le serment sera tel qu’aucune femme au monde n’oserait y manquer. Car je ne jure point sur des têtes chères ni sur les cendres vénérables des ancêtres, mais je jure par l’azur ensoleillé de mes yeux, par la neige rose de mon visage, par la sanglante fleur de mes lèvres; et puissé-je, dans le miroir vengeur, voir mes regards éteints, et livide ma joue, et ma bouche fanée, si je ne tiens pas l’engagement solennel que je prends cette
nuit, la tête sur ta poitrine, en parlant sous tes baisers!
A la place de l’amoureux, qui n’eût été tranquille? Il le fut, et fut charmé aussi; peu longtemps, à la vérité; dès le lendemain, elle le trompait effrontément pour le baryton d’un théâtre d’opérette.
— Ah! parjure! parjure! dit-il avec des larmes.
— Mais pas le moins du monde! En exigeant une promesse sacrée, il ne fallait pas négliger d’en préciser l’objet, et ce que je jurais, hier, la tête sur votre poitrine, en parlant sous votre baiser...
— C’était? demanda-t-il.
— Eh! Monsieur, dit-elle, c’était d’en aimer un autre.