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que la seconde année, pour s'accroître ensuite rapidement de fréquence et atteindre son apogée de la 5® à la 9'' année. Au delà, il décroît, et plus rapidement encore, au point, par exemple, qu'à la 20® année il n'est plus, par rapport à la 10% que dans la proportion de 4 à 28. (Voy. graphique n" 4, p. 124.)
Eh bien, rapprochons maintenant ces divers chiffres qui sont essentiels à notre sujet actuel. Il en ressort, avec une exactitude mathématique, que le sujet syphilitique est menacé particulièrement de la cinquième à la dixième année de sa maladie par les trois pires manifestations de cette maladie (sans parler des autres), à savoir :
par la syphilis cérébrale qui, bien que déjà en décroissance, est cependant encore d'activité moyenne ; — par la paralysie générale et le tabès qui sont alors en pleine période
prises pour névralgies ou rhumatismes, ce qui est d'une excessive, d'une extraordinaire fréquence), ou bien symptômes tabétiques restant ignorés, inaperçus (troubles pupillaires, perte des réflexes, etc.). On est souvent forcé d'antidater de plusieurs années l'origine d'un tabès, telle qu'elle est déclarée par les malades. — Je me suis appliqué à coUiger un certain nombre de cas à l'abri de telles causes d'erreurs, et c'est d'après ces cas que j'ai dressé la statistique reproduite ici par le graphique no 4.
d'ascension et vont atteindre leur apogée.
Il y a donc là pour les malades, à savoir de
LA CINQUIÈME A LA DIXIÈME ANNEE, UUe PASSE
PÉRILLEUSE par excellence.
C'est donc là, conséquemment, à savoir de la cinquième à la dixième année que nous devons placer et que nous placerons nos défenses thérapeutiques.
Ainsi, du moins, parle le bon sens. Malheureusement, il n'en dit pas plus, et le reste n'est plus qu'afFaire d'observation clinique et d'empirisme.
Cures complémentaires (suite).
Composition, durée, etc.
Le principe des cures complémentaires reconnu et leur localisation fixée, comme nous venons de le voir, de la cinquième à la dixième année de la maladie, reste à établir ce que seront ces cures.
D'abord, elles n'auront besoin que d'être discrètes comme nombre et durée, car elles sont complémentaires^ rappelons-le bien.
Elles n'ont pas mission de constituer un traî-
tement, mais bîen de compléter, de renforcer un traitement accompli. A ce titre on ne saurait leur demander plus que d'être semestrielles, ou même peut-être annuelles^ si cela était compatible avec la sécurité des malades.
En revanche, ces cures rares, je les voudrais énergiques ; car ce sont nos derniers boulevards contre les plus redoutables assauts de la maladie, contre le tabès et la paralysie générale notamment. Je les voudrais donc, par exemple, constituées de la sorte : une demidouzaine d'injections d'huile grise, à dix ou douze jours d'intervalle l'une de l'autre. Si de telles injections comportent parfois de réels inconvénients alors que besoin est, comme dans le traitement initial de la maladie, de les multiplier, il n'est plus à compter avec elles quand elles se réduisent à une demidouzaine pour tout un semestre. A ce degré elles deviennent pratique tolérable.
Au reste, je ne verrais pas grand désavantage à ce qu'elles fussent remplacées, du moins pour quelques-unes, par une autre cure mercurielle de modalité différente, pourvu que cette cure soit énergique, car c'est là spécialement ce que je réclame d'elle.
Pour la classe aisée, par exemple, j'agréerais bien volontiers comme suppléance une cure par frictions mercurielles, faite à quelque eau sulfureuse, où le malade trouverait en. plus le triple bénéfice du repos, de Tair vivifiant des montagnes et de la tonicité du traitement sulfureux.
Finalement, combien de temps conviendrait-il de continuer ces cures de renforcement? Ai-je à dire que je l'ignore? Il me faudrait bien une dizaine d'années pour commencer seulement à l'apprendre.
Toutefois, il me paraîtrait prudent de prolonger ces cures jusqu'à la dixième année, prudent surtout pour certains sujets, à savoir pour cette catégorie de sujets nerveux^ que nous avons qualifiés de « prédestinés au tabès », de (c candidats à la paralysie générale ». Mais pour d'autres, mieux doués, je veux croire que ce traitement complémentaire pourrait être allégé d'une façon ou d'une autre, soit, par exemple, en le suspendant après 2, 3 ou 4 ans (nous ne manquerons pas de malades pour nous éclairer sur les résultats de cette pratique); soit plus prudemment, en intercalant entre deux années à
cures semestrielles une année à cure unique ou même une année sans cure ; soit de toute autre manière qu'il serait vraiment prématuré de nous ingénier à prévoir pour Tinstant. Car tout ceci — je le répète encore une fois — n'est pas un programme; c'est, tout simplement, un ensemble de vues, un plan de campagne, un projet ou, mieux encore, une ébauche de projet^ basée, d'une part, sur une série d'inductions rationnelles et, d'autre part, sur la petite expérience que j'ai pu acquérir de ces cures complémentaires depuis quelques années. Tout ceci donc reste modifiable, considérablement modifiable suivant des conditions multiples et variées, suivant surtout les enseignements et les résultats de l'observation clinique, notre souveraine maîtresse.
Réponse à une critique.
On m'a dit, et trop amicalement d'ailleurs pour que je ne sois pas le premier à remercier les auteurs de cette critique, puisque c'est pour moi occasion de la réfuter :
« Convenez que, dans votre programme de
revision du traitement de la syphilis, la première place, la place principale, ce qu'en langage familier on appelle la a pièce de résistance », appartient à vos ce cures de renforcement ». A parler net, elles vous servent à traiter la syphilis plus longuement qu'il n'est d'usage, et vous faites fond sur ce sup-^ plément de dépuration pour diminuer le nombre ou atténuer la gravité des explosions tertiaires ou parasyphilitiques. »
— J'en conviens.
' — Mais convenez aussi, maintenant, que si vous obteniez de votre nouveau programme (ce qui est bien possible), non pas un succès complet, mais seulement un succès relatifs un demi-succès, vous interviendriez derechef pour introduire dans ce programme un supplément à votre premier supplément .
— J'en conviens encore.
— Et ainsi de suite, alors?
— Peut-être bien, mais cela je l'ignore, naturellement.
— De sorte qu'en dernière analyse vous aboutiriez au traitement chronique, au traitement à perpétuité. 11 faudrait donc, pour s'en traiter assez d'après vous, se traiter à i^ie de la vérole, s'en traiter éternellement
pour arriver à n'en plus craindre les suites. — Je ne crois pas que j'aille jusque-là.
Mais poursuivons la plaisanterie, dirai-je en terminant, puisque vous l'avez commencée.
Si j'allais jusque-là, ce serait en tout cas une nécessité que je subirais^ mais que je n'aurais pas créée et dont mon traitement ne serait pas coupable. Et, après tout, laissez-moi vous dire ceci : c'est que j'aimerais mieux encore me traiter ce à vie », toute ma vie, et à ce prix échapper à la paralysie générale que subir la paralysie générale pour échapper à un traitement qui n'a rien de bien terrible. Et vous aussi, sans nul doute. Voyez donc combien vous êtes d'accord avec moi. »
Les traitements « en retard » .
Le traitement spécifique conserve-t-il,
à lointaine échéance,
sa double action curative et préventive ?
Une dernière question se présente, ou plutôt nous est imposée par les malades.
Il arrive souvent — bien plus souvent surtout depuis qu'une certaine vulgarisation
des choses de la syphilis s'est faite dans le public — que des sujets syphilitiques restés longtemps indifférents à leur maladie s'en inquiètent sur le tard et viennent sur le tard réclamer du médecin une sauvegarde contre des éventualités qu'ils avaient dédaignées jusqu'alors. C'est ainsi que maintes fois depuis quelques années j'ai reçu dans mon cabinet la visite de clients qui m'abordaient par le discours suivant :
« Docteur, j'ai eu la syphilis quand j'étais jeune, et il y a déjà longtemps de cela (par exemple, suivant les cas, 15, 20, 25 ans). Sans doute je m'en suis traité, mais comme on se traite quand on est jeune, c'est-à-dire légèrement, irrégulièrement, de bric et de broc, et le moins longtemps possible. Cependant, je n'ai pas eu trop à me plaindre de la maladie, puisqu'elle m'a laissé tranquille depuis lors. Mais aujourd'hui je sais ce qui en est ; je sais qu'on n'en a jamais fini avec elle et qu'elle peut revenir au moment où l'on s'y attend le moins ; on dit même qu'elle peut produire des choses affreuses, des gommes, des caries d'os, le ramollissement, l'ataxie, la folie des grandeurs, le gâtisme, etc. Or, aujourd'hui que
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j'ai charge d'âmes, femme et enfants, je n'ai pas envie que pareilles choses m'arrivent, car vous voyez le tableau et les conséquences. Donc, je viens vous demander, M. le Docteur, s'il y a quelque chose à faire pour me mettre à l'abri de telles éventualités, et je suis bien décidé, dans ce but, à suivre absolument les avis que vous allez me donner. y>
D'autres fois et assez souvent ces traitements tardifs ont une autre visée. Des « malheurs » sont arrivés dans une famille, à savoir une fausse couché, plusieurs fausses couches, une mort d'enfant, des morts d'enfants. Le mari s'est alors interrogé et rappelé une ancienne syphilis à laquelle il ne songeait plus. Il a consulté un médecin qui l'a confirmé dans ses soupçons en l'engageant à se traiter, et c'est en ce traitement, quoique tardif — et parfois très tardif — qu'il place l'espoir d'une paternité plus heureuse.
Pour ces raisons et d'autres encore, le recours à des traitements lointains (laissezmoi qualifier ainsi ces traitements à terme tardif, à terme parfois très éloigné du début morbide) est souvent sollicité, réclamé de nous par certains malades. Or, que nous
134 POUR EN GLÉillU
est-il possible d'attendre de tels traitements? Que nous est-il possible d'en attendre au double point de vue curatif et préventif?
La question certes est d'importance et mérite examen. Nos clients mêmes d'ailleurs ne manquent guère de soulever de leur inspiration propre l'objection de circonstance, en ajoutant au discours que je viens de reproduire la réflexion que voici : « Croyez-vous, M. le Docteur, quil soit encore temps.
Est-ce que je n'arrive pas trop tard? A l'époque où j'en suis de la maladie, les remèdes agiront-ils encore sur moi, tout imprégné que je sois du poison depuis si longtemps? » Etc. — Ou bien encore : (( . .. Croyezvous qu'à si long terme le traitement puisse encore me rendre capable d'avoir des enfants viables et sains? ».
Que répondre à cela? Ce qui est la vérité et ce que voici.
Besoin est de distinguer ici deux choses :
l'effet curatif actuel et l'effet préventif.
Sur le premier, nul doute. L'effet curatif des deux grands agents spécifiques, mercure et iodure, se produit à tout âge de la maladie, aussi bien à une période lointaine, très lointaine, qu'à une époque rapprochée de
POUn EN GUÉRIR 135
son début. De cela j'aurais cent exemples à produire. J'en choisirai trois qui feront votre conviction parce qu'ils sont particuiièrement significatifs. Dans ces trois cas des accidents importants se produisirent à termes très avancés de la période tertiaire, à savoir la 3i' année pour le premier, la 40* et la 46* pour le second, la 52° et la 55° pour le troisième. Or, que devinrent ces accidents en face du traitement spécifique? Le voici en quelques mots.
Premier cas : Syphilis en 4A, constatée et traitée pendant six mois par M. le D' Ricord (chancre induré, suivi de quelques légers accidents secondaires). — Absence de tout aymplôme spécifique jusqu'à l'année 1875. — Je vois le malade en juillet 75, affecté ; 1* d'une syphilide tuberculo-crustacée aussi typique que possible, siégeant surle front et i'un des avant-bras ; — 2* d'une exostose légère du cinquième métacarpien droit, datant seulement de quelques jours; — 3" d'une petite tumeur gommeuse siégeant sous la peau du même avant-bras et grosse à peu près comme une noisette. — Traitement spécifique (pilules de protoiodure et iodure de potassium). Dix jours après, énorme modification des symptômes : l'esostose notamment n'est plus qu'à peine apparente et la gomme est aplanie. — Au dix-septième jour du traitement, l'éruption est passée à l'éUt maculeu\. — Guérison achevée avec la fin delà
Second cas : Syphilis à 18 ans, constatée et traitée par M. Ricord. Chancre induré, suivi de quelques accidents secondaires. — Douze ans plus tard, éruption, dont le diagnostic est relevé sur une ordonnance du même grand maître en les termes suivants : a Syphilide squameuse palmaire, et syphilide annulaire de Tavantbras. » Nouveau traitement. — A cinquante -huit ans, le malade est repris d'une éruption pour laquelle il vient me consulter et qui est un type de syphilide tuberculeuse sèche, siégeant sur les fesses et le cuir chevelu.
— Traitement par le sirop de Gibert que le malade me dit a lui avoir toujours très bien réussi, et mieux que tout autre remède ». — Guérison rapide. — Six ans plus tard (donc 46 ans après le début de Tinfection], nouvelle syphilide présentant le type de la syphilide tuber culeuse sèche de forme circinée. — Derechef, traitement par sirop de Gibert et disparition complète des accidents en un mois exactement.
Troisième cas : Un jeune homme de 17 ans contracte la syphilis (chancre, suivi à bref délai d'éruptions cutanées et d'érosions buccales à répétitions). Il est traité en conséquence pendant plusieurs mois. Tout s'efface.
— En dépit de la brièveté de ce traitement, il n'éprouve plus aucun accident de sa maladie jusqu'à Tâge de 69 ans. — A cette époque, il est affecté d'une € lésion du maxillaire inférieur » qui, examinée par plusieurs médecins, notamment par MM. Ricord, Nélaton et Demarquay, est considérée comme syphilitique et traitée comme telle. Il en guérit. — Finalement, trois ans plus tard (c'est-à-dire à 72 ans, donc cinquante^cinq ans au delà du chancre, il vient me consulter pour une grosse tumeur qui [s'est {produite sur l'une des cuisses, laté-^
l'OUR EN GUÉRIR 137
ralement, depuis quelques mois. Cette tumeur (dont j'ai longuement décrit les caractères dans une relation que j'en ai faite devant la Société des hApitaux (1), représentait assez esactement comme volume et comme forme générale la moitié d'une belle orange; elle était indolente, exempte de tout phénomène inflammatoire, consistante, mais sans dureté, manirestement adhérente à l'aponévrose crurale, etc. Bref, elle offrait tous les attributs d'une gomme, à cela près de son volume qui dépassait de beaucoup les moyennes habituelles des tumeurs de ce genre. Je l'attaquai donc par l'iodure de potassium aux doses quotidiennes de 3 i 5 grammes. Le résultat ne se fit pas attendre. Car huit jours ne s'étaient pas écoulés que déjà la tumeur avait subi un retrait notable; — trois semaines plus lard, elle était presque entièrement résorbée; — enfin, au bout de six semaines, il n'en restait plus vestigel
Donc, c'est un fait acquis : Bien certainement !e traitement spécifique conserve dans les phases avancées de la syphilis, voire tes plus avancées, voire à distance d'un demisiècle et plus du début morbide, l'action curative qui lui est dévolue dans un [âge plus jeune de la maladie. Inutile d'insister sur ce premier point.
Mais conserve-t-il de même, ce traitement, son action préventive} En vérité, pour-
(1) Soc. méd. des hôpitaux de Paris, 1870.
quoi supposer que cette action préventive se séparerait à long terme de l'action curative à laquelle elle est si habituellement connexe?
A priori^ on ne voit guère de raisons pour introduire Thypothèse d'un tel divorce. Et, empiriquement, on n'a pas accusé, que je sache, le traitement de défaillances en ce sens. Tout au contraire, pour avoir eu l'occasion maintes fois de recourir à ces traitements de l'heure tardive, je les ai vus, comme règle, comme fait usuel, non pas seulement produire la guérison dans le présent, mais encore assurer l'immunité subséquente. Je ne dirai pas certes que ces traitements tardifs, ces « traitements de rattrapage », comme on les qualifie, et non sans quelque défiance — équivalent comme effets préventifs aux traitements inaugurés plus tôt, notamment à une époque jeune de la maladie; mais, à coup sûr, ils ne sont pas sans valeur. Ils ne sont pas sans valeur alors même que, sans précédent de même ordre, ils inaugurent la défense thérapeutique de Torganisme ; pourquoi donc seraient-ils frappés d'impuissance quand ils sont complémentaires de médications antérieures? Je crois r en avoir tiré profit très utilement,
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quant à leur action préventive, en nombre de cas.
J'ajouterai, relativement à un point particulier qui préoccupe fort certains malades, que ces traitements tardifs ne sont pas moins propres à corriger les influences héréditaires. Je les ai vus maintes fois permettre à des ménages cruellement éprouvés par cette polymortalité infantile parfois si persistante de rhérédo-syphilis d'avoir enfin des enfants viables et sains.
Enfin, au point de vue pratique il ne sera pas indifférent de noter ici que ces traitements d'une époque tardive sont généralement bien vus des malades et agréés par eux avec faveur parce qu'ils leur semblent logiques, voire qu'ils sont parfois sollicités, réclamés par certains d'entre eux. A preuve ces consultants spéciaux dont je parlais au début de ce chapitre; à preuve aussi la pratique personnelle d'un certain nombre de médecins, qui conseillent à leurs clients, après terminaison de ce qu'on appelle « le traitement inaugural des premières années » de revenir de temps à autre à la médication spécifique sous telle ou telle forme. Je connais
même plusieurs de nos confrères qui, affectés autrefois de syphilis, prêchent d'exemple sur ce point, en ce sens qu'après s'être convenablement traités dans les premières années de leur maladie, ils se sont ensuite soumis à une longue série de « cures préventives », cures tantôt mercurielles, tantôt et plus souvent iodurées, Tiodure constituant à leurs yeux (indûment, je crois) le remède par excellence de la syphilis dans ses étapes avancées. J'en citerai deux entre beaucoup d'autres. L'un, que j'ai eu pour élève, a pris la syphilis il y a vingt-deux ans, [et depuis ce temps il n'a jamais abandonné complètement le traitement mercuriel, bien qu'indemne de tout accident depuis une vingtaine d'années. Au début, il a fait une série de cures mercurielles pendant quatre à cinq ans, et depuis lors il s'est astreint chaque année à ce qu'il appelle « sa cure » , composée de ceci : 60 pilules de Dupuytren prises en un mois, à raison de deux par jour, puis un mois de traitement ioduré. — Un autre, médecin éminent (dont je regrette bien, en raison de sa haute autorité scientifique, d'être forcé de taire le nom), me disait textuellement ceci il y a quelques
jours ; « Voilà vingt-quatre ans que j'ai eu le malheur de contracter la syphilis. Les premières années, je me suis traité au mercure, puis àTiodure, comme vous me l'aviez conseillé, et rien ne s'est plus reproduit. Mais, depuis lors je n'ai jamais cessé de me soumettre deux fois chaque année à l'iodure, et je continuerai de la sorte. Car, plus je vieillis dans la pratique, plus la conviction s'affermit en mon esprit, d'après ce que je vois, que la syphilis ne fait jamais que sommeiller dans l'organisme, toute prête à se réveiller à propos d'une provocation suffisante; et, de par expérience, j'estime qu'il est prudent de la tenir toujours en bride par une série de cures annuelles. D'ailleurs, l'iodure n'a jamais fait de mal à personne, et la précaution ne peut avoir qu'un tort, c'est d'être superflue. Mais, loin d'être superflue, je la considère, moi, comme nécessaire, indispensable, et je la recommande à tous mes malades, comme je m'y astreins moimême. »
Ledit collègue est-il dans le vrai ? Il se trompe, je crois, quant à sa préférence pour l'iodure; mais que penser de sa doctrine comme fond? Il exagère, c'est encore bien
certain. Mais n'y aurait-il pas avantage à né jamais oublier complètement la syphilis et à placer encore quelques cures préventives dans ses étapes avancées, voire les plus avancées? Je n'oserais vraiment pas, pour ma part, et qui donc oserait dire^ le contraire ?
Dernière remarque. Un point spécial fait l'intérêt de ces cures tardives et je ne veux pas l'oublier.
Ce n'est pas à titre curatif seulement que ces cures tardives ont leur place marquée dans le traitement des syphilis à manifestations tardives ; c'est aussi bien à titre pré{^entif. N'oublions pas en effet ceci, que m'a démontré une longue étude de l'évolution tertiaire, à savoir : qu'w/i accident tertiaire est souvent le présage d'un autre accident de même ordre à échéance plus oti moins rapprochée (1). Et cela est vrai à toute période de l'infection, voire à ses périodes les plus reculées: Ainsi, à ne parler pour
(1) Je ne puis qu'énoncer ici ce point curieuic» que j'ai longuement étudié dans mon Traité de la syphilis (T. II, p. 30).
Tinstant que d'accidents d'étape reculée, par exemple d'accidents postérieurs à la trentième année, je trouve dans mes notes, et en nombre, des cas comme les quelques suivants :
Dans la 31" année d*une syphilis, exostose frontale, exostose tibiale et syphilide tuberculo-ulcéreuse sur une jambe; — puis, l'année suivante, exostose cubitale.
A la 34® année d'une syphilis, syphilide tuberculeuse criblant le front et le cuir chevelu ; — puis, de même, à la 39®, syphilide tuberculeuse du cuir chevelu et des joues.
A la 35* année d'une syphilis, syphilide tuberculoulcéreuse des cuisses; — puis, à la 38®, syphilide gommeuse du prépuce, suivie d'ulcération.
De même : à la 36® année, syphilide tuberculeuse sèche, en larges îlots disséminés; — guérison; — puis, à la 38® année, syphilide de même ordre, disséminée sur les membres inférieurs, le dos et les avant-bras ; en plus, glossite tertiaire.
De même encore : à la 40® année, syphilide tuberculeuse sèche, siégeant sur les fesses et le cuir chevelu; guérison. — Puis, à la 46® année, nouvelle syphilide de même ordre, mais de forme circinée.
Enfin, dans un cas déjà relaté précédemment, à la 52® année d'une syphilis bien avérée, lésion osseuse du maxillaire inférieur, diagnostiquée syphilitique par un trio irrécusable, composé de MM. Ricord, Nélaton et Demarquay ; — puis, à la 55® année, grosse gomme de la cuisse, traitée par moi et guérie avec une rapidité tout à fait significative.
S'il en est ainsi, c'est assez dire qu'à toute période de l'infection et même dans ses phases les plus avancées, voire (comme dans le dernier cas cité) au delà d'un demisiècle, l'invasion d'un accident tertiaire implique l'indication d'une intervention préventive en vue de conjurer l'imminence tertiaire dont cet accident peut être et n'est en réalité que trop fréquemment le présage.
Finalement, est-il besoin d'ajouter que ces traitements tardifs resteraient notre dernière et suprême ressource au cas d'impuissance démontrée des méthodes préventives anciennes ou nouvelles ? Oui, s'il devenait évident que nous n'avons rien, au moins rien de certain, comme sauvegarde d'avenir, à attendre de ces méthodes préventives, force nous serait bien de chercher ailleurs le salut, et je ne vois pas quel plus sûr recours nous pourrions avoir qu'un système de cures tardives échelonnées sur le long parcours de la période tertiaire. Mais je n'insiste pas sur une éventualité de ce genre que nous n'avons pas, je l'espère, à envisager.
Résumant cette seconde partie du présent opuscule, je dirai :
Il n'est pas contestable que nos traitements actuels restent parfois insunisants et laissent se produire, surtout à lointames échéances, des manifestations graves de syphilis et, plus souvent encore, de parasyphilis.
Il y a donc obligation à chercher pour nos malades des garanties de prévention plus elEcaces. Or, ces garanties, où les trouver ?
Dans l'hygiène et la thérapeutique.