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III. — Autre point, tout différent

Dans le cas où, au cours de l'évolution morbide, viendrait à surgir quelque symptôme de nature à présager une invasion de la syphilis sur le cerveau ou la moelle, c'està-dire — parlons net — de nature à faire craindre une syphilis cérébrale, une paralysie générale ou un tabès, l'indication d'une ponction lombaire ne se présenterait-elle pas comme critérium diagnostique à consulter? Et conviendrait-il d'y avoir recours?

Je le crois. Car la ponction lombaire, sauf exceptions rares, ne comporte pas d'iiiconvénients sérieux. Et elk peut fournir les plus utiles renseignements, en dénonçant l'intoxication du liquide céphalo-rachidien, la lymphocytose rachidienne, dont on sait la signification et le danger. Elle permettrait donc conséquemment de recourir à une dernière intervention de l'art, sous forme d'un traitement mercuriel surintensif, aidé ou non d'une révulsion rachidienne par ventouses scarifiées, ventouses sèches multiples et répétées, pointes de feu, cautères, etc.

Je ne prétends pas, certes, que cette pratique aurait grand succès ; mais c'est là, en tout cas, une dernière chance à tenter, et Ton serait vraiment coupable, me semble-t-il, de ne pas la tenter.

* * Réformes thérapeutiques.

J'arrive à mon dernier point, la thérapeutique.

Quatre à cinq années (et plutôt cinq que quatre) consacrées par cures intermittentes à un traitement mercuriel de suffisante énergie, telle est la formule thérapeutique la plus usuellement opposée de nos jours à la syphilis en tant que médication curative et préventive.

Cette formule, j'ai longtemps guerroyé pour la faire admettre dans la pratique, et il m'est impossible de ne pas croire aujourd'hui, après longue expérience, qu'elle n'ait pas rendu de grands services et constitué un progrès sur les méthodes thérapeutiques d'un âge antérieur.

Elle n'est pas parfaite cependant, et il s'en faut. Cela, je l'ai dit de vieille date et répété

cent fois. Cela aussi, la parasyphilis s'est chargée de le démontrer d'une façon plus que péremptoire. Il s'agit donc maintenant de troui^er mieux^ si possible, c'est-à-dire de reviser, d'amender, de compléter, de renforcer notre thérapeutique, en vue de la mettre au niveau des progrès et des exigences nouvelles de la clinique moderne. Que faire, que tenter en ce sens ? C'est là ce qu'il nous reste à rechercher.

Nécessité de cures xnercurielles multiples.

Nécessité de cures xnercurielles

tardives.

Quelle impression nous laisse, quant à son action sur la syphilis, l'agent le plus puissant dont nous disposions contre elle, à savoir le mercure.

Celle d'abord, d'un remède énergiquement et, disons le mot, merveilleusement répressif des manifestations syphilitiques, c'est entendu. Mais ensuite? Bien malheureusement, aussi, celle d'un remède proçisoirement actif, actif pour un temps, passé

lequel son influence semble s'amoindrir et s'éteindre. De cela que de preuves n'aurais-je pas à citer!

Exemple :

D'abord, un fait courant, d'observation journalière. Voici un malade qui, débutant dans la période secondaire, est afFecté de quelques-uns des accidents usuels de cette période. Si je lui administre aujourd'hui le mercure, je sais très bien que dans quelques semaines justice sera faite de ces accidents ; ils auront disparu. Mais je sais très bien aussi que, si je suspends le mercure à ce moment, ils ne tarderont pas, eux ou d'autres, à reparaître. Et de cela personne ne s'étonnera, tant le fait est sinon constant, tout au moins habituel. C'est le contraire qui étonnerait tout le monde.

Il est même dans la syphilis certains accidents qui sont doués d'une faculté singulière de récidive. Les plaques muqueuses buccales chez les fumeurs (et parfois même chez des sujets qui ne fument pas) «ont sujettes à des puUulations et repullulations incessantes dès que le malade abandonne le traitement, voire parfois en dépit du traitement. — J'ai cité des roséoles qui se sont

reproduites 5, 6, 8, 10 fois dans les quatre ou cinq premières années de l'infection (1).

— De même pour une variété singulière de syphilide papuleuse en nappe qui a la spécialité de se produire au pourtour de Torifice buccal et à qui ses apparitions multiples ont valu le nom de syphilide péribuccale récidivante {^). — De même encore pour certaines exostoses. J'ai guéri quatorze fois (exactement) une exostose frontale qui, pour ainsi dire, jouait à cache-cache avec Tiodure de potassium, disparaissant presque aussitôt que j'administrais ce remède pour rentrer en scène trois ou quatre semaines après que j'en suspendais l'usage.

Il est certaines syphilis qui, pour rester silencieuses, doivent être tenues en bride par une médication quasi-continue. Un de nos éminents confrères, qui avait eu le malheur d'être contagionné professionnellement, m'a souvent répété que, pendant 6 à 8 ans, il avait été forcé de se tenir à un traitement presque continu, la syphilis n'attendant guère plus de quelques semaines après

(1) V. Roséoles syphilitiques à récidives multiples, in Annales de der mat. et de syphiligr., octobre 1896.

(2) V. mon Traité de la syphilis, T. T, p. 782.

kiU.

chaque suspension de traitement pour faire une explosion nouvelle.

Pas n'est besoin du reste d'en appeler à de tels exemples qui sont plus ou moins rares.

Car il est absolument commun de voir la syphilis, après avoir cédé au traitement et être restée silencieuse plusieurs années, trois, cinq, six, dix ans par exemple, faire des rentrées en scène des plus inattendues et souvent aussi des plus graves.

C'est qu'en eflet et bien positivement il en est du mercure comme du vaccin. Comme le vaccin, le mercure est un' préventif; qui oserait aller à l'encontre ? Mais, comme le vaccin aussi, c'est un préventif provisoire^ à portée préservatrice temporaire. Il faut revacciner pour acquérir une immunité prolongée; de même il faut remercurialiser pour mettre le malade à Tabri d'assauts ultérieurs de la syphilis. Je suis persuadé de ceci : En prenant du mercure, le syphilitique contracte avec la syphilis un bail d'immunité pour un temps ; c'est parfait.

Mais il en est de ce bail comme de tous les baux ; vient un temps où il ne vaut plus rien, où il est périmé ; et alors, sous peine d'en perdre les avantages, il faut le renouveler.

Une belle preuve, voire, comme disent les mathématiciens, une « démonstration élégante » de ce qui précède nous est donnée par un fait clinique bien connu des accoucheucs, à savoir Valternance possible^ dans les ménages syphilitiques, de grossesses heureuses et de grossesses malheureuses^ suivant V intervention ou la non-intervention du traitement. Je m'explique par un schéma : Une femme affectée, je suppose, d'une syphilis récente devient enceinte et se traite correctement; elle accouche à terme d'un enfant vivant, qui continue à vivre et, pour le moins, semble exempt de syphilis. — Elle cesse alors de se traiter, et, peu après, devient enceinte à nouveau; cette fois elle avorte ou bien accouche d'un enfant qui naît syphilitique et qui meurt le plus souvent. — Alors elle reprend son traitement. Survient une troisième grossesse, laquelle amène un enfant sain.

Des observations de cet ordre existent en bon nombre dans la science (1) et témoignent d'un fait actuellement avéré.

(1) TeUe est la célèbre observation de Turbmann, qui est et restera un prototype du genre. Cette observation se résume en ceci :

Femme syphilitique devenant ei^ceinte onze fois.

POUR EN iSUÉRIR 103

Cela est tellement vrai, j'entends l'influence

' mercurielle est si .puissante sur le produit

de conception et, d'autre part, cette influence

est susceptible de se dissiper si rapidement

Au cours des sept premières grossesses, pas de traitement. '— Résultat de ces sept grossesses : sept enfants syphilitiques qui, tous, succombent.

Au cours de la S^^ et de la 9» grossesse, interyention du traitement spécifique. — Résultat : deux enfants vivants et sains.

Dixième grossesse. — Pas de traitement. — Accouchement d'un enfant syphilitique, qui meurt de syphilis.

Onzième grossesse. — Reprise du traitement. Enfant né vivant et restant sain.

Un cas de même ordre a été relaté par W. Taylor et mérite mention en ce que, dans celui-ci, l'alternance a dérivé d'une influence thérapeutique s'exerçant non pas sur la mère, mais sur le père.

Le voici sommairement :

<r Un homme syphilitique, marié à une femme saine, commence par avoir un enfant mort-né, probablement syphilitique.

« Alors, il se traite. — Second enfant, qui naît sain.

d Alors, il ne se traite plus. — > Troisième enfant fortement syphilitique.

« Alors, il se traite à nouveau. — Quatrième enfant, sain. »

Enfin, à titre d'analogie, citons encore cet autre cas, emprunté à mes notes :

Mari et femme syphilitiques. — Quatre grossesses.

Au cours de la première et de la troisième grossesse, la jeune femme est laissée sans traitement et avorte.

Au cours de la seconde et de la quatrième grossesse, elle est traitée par les frictions mercùrielles et l'iodure de potassium; — elle amène a terme deux enfants vivants et sains.

que je me chargerais volontiers, si l'expérience n'était profondément immorale, de • faire faire à une femme syphilitique alternativement des enfants sains et des enfants syphilitiques, suivant que je la traiterais ou ne la traiterais pas. Mais cette expérience, qui n'est pas réalisable sur l'espèce humaine, le sera peut-être quelque jour sur les animaux. Comme elle est majeure et des plus instructives, je la recommande à l'attention des expérimentateurs.

Eh bien, s'il en est de la sorte, si le mercure a un pouvoir préventif tel que la question de vie ou de mort pour un fœtus soit réglée par lui, ne sommes-nous pas vraiment autorisés à nous demander si son intervention ne serait pas également apte à conjurer de la même façon une manifestation quelconque de syphilis (gomme, exostose, sarcocèle, artérite, et pourquoi pas paralysie générale)? Ainsi, je précise bien ma pensée. Une manifestation syphilitique quelconque est en préparation, je suppose; elle va se produire prochainement, elle va éclore. A ce moment le mercure est mis en œuvre. Ce mercure aura-t-il le pouvoir de faire qu'elle ne se produise pas; exercera-t-il sur elle l'effet

inhibitoire que tout à l'heure il exerçait sur le fœtus? Certes je ne saurais le dire, mais on m'accordera que j'ai l'analogie pour moi et une analogie de bon aloi. On conviendra de plus qu'il est bien rare de voir une explosion de tertiarisme se produire au lendemain d'une cure mercurielle, surtout d'une cure mercurielle active et prolongée, succédant elle-même à d'autres cures semblables.

Une considération d'un autre ordre dépose encore dans le même sens et rtiérite toute notre attention.

De par expérience et sans contradiction possible, les syphilis les plus mauvaises, les plus redoutables comme terminaisons, ne sont pas toujours — et tant s'en faut — celles qui sont fécondes en accidents, celles qui se signalent par des rechutes, des réveils, des « poussées », comme l'on dit. Et de même pour certaines syphilis à grand fracas, qui font beaucoup de bruit pour un temps, puis qui, finalement, rentrent dans le silence et n'ont pas de conséquences éloignées.

Mauvaises au contraire par excellence et périlleuses sont les syphilis initialement

bénignes et douces, qui débutent par un cortège discret de manifestations anodines, qui se laissent bientôt dominer par le traitement, qui restent muettes au delà pour des laps de temps considérables, puis qui tout à coup, inopinément, dix, vingt, vingtcinq ans plus tard, se révèlent par un coup de foudre tertiaire, lequel coûte aux malades un organe ou la vie.

Eh bien, pourquoi la bénignité relative des syphilis du premier ordre et pourquoi la gravité de celles du second? La raison n'en est autre que celle-ci, quand on descend au fond des choses, c'est-à-dire à l'analyse des observations :

C'est que les premières, du fait même de la multiplicité de leurs accidents et de leurs récidives, ont été forcément traitées à maintes reprises et traitées à des étapes diverses de la maladie, étapes plus ou moins tardii^es^ donc plus ou moins distantes du début morbide \ — tandis que les secondes, rentrées immédiatement dans le silence, n'ont guère été traitées que dans leurs premiers stades, n'ont pas subi les atténuations, les dépurations successives d'une série de cures mercurielles, et, par suite, ont con-

serve, et conservé non amoindri, leur degré de virulence originelle.

En sorte que, sous une forme apparemment paradoxale, mais qui ne serait en réalité que l'expression d'un fait absolument vrai, on. pourrait dire ceci : les bonnes syphilis sont celles qui, par des accidents multiples, se rappellent à l'attention du malade, obligent à ce qu'on s'occupe d'elles et, somme toute, se font traiter; tandis que les mauvaises sont celles qui, faute d'accidents, se font oublier.

Or, logiquement, qu'est-il à déduire des constatations cliniques qui précèdent? Deux conclusions qui sont d'importance tout à fait majeure, à savoir :

1* Que, si la syphilis peut être efficacement combattue, elle a besoin pour cela, non pas seulement d'être traitée longtemps (cela ne fait plus question de nos jours), mais d'être traitée par une série de cures qui, intervenant A ÉTAPES DIVERSES DE SON ÉVOLUTION, RÉALISENT POUR ELLE COMME UNE SÉRIE DE VACCI- NATIONS ET DE REVACCINATIONS MERGURIELLES.

2** Qu'il y aurait certainement avantage à

ce que quelques-unes de ces cures fussent

RAPPROCHÉES LE PLUS POSSIBLE DU TERME D^ÉCHÉ- ANGE HABITUEL DES PLUS GRAVES ACCIDENTS DE LA MALADIE.

C'est à la première de ces indications qu'a répondu mon ancien traitement dit traitement chronique intermittent ; — c'est à la seconde qu'essaiera de satisfaire, dans la mesure du possible, du réalisable, la méthode des cures mercurielles à termes tardifs^ dont il va maintenant être question.

Critique du traitement inaugural en bloc.

Distribution rationnelle

des mercurialisations successives.

Un point sur lequel on s'est mis d'accord depuis une vingtaine d'années environ, c'est qu'il n'est possible de venir à bout de la syphilis (tel est le cas du reste pour toutes les maladies chroniques) qu'au prix d'un traitement long, très long, et dont en l'espèce il n'est pas d'exagération à fixer la durée moyenne à quatre ou cinq ans.

Or, ce traitement de quatre ou cinq ans,

comment l'accomplit-on généralement aujourd'hui? On le place en bloc et tout entier au début de la maladie. C'est-à-dire qu'au cours des quatre ou cinq années qui suivent le chancre on soumet le malade à une série de cures mercurielles séparées les unes des autres par des intervalles de repos thérapeutique. Puis, cela fait, on juge avoir tout fait au mieux des intérêts du malade et on le congédie. Telle est bien — n'est-il pas vrai ? — la pratique actuelle et presque générale.

Eh bien, cette pratique, je n'hésite pas à la condamner, et j'ai assez contribué à l'établir pour avoir droit de Ja juger mauvaise dans ce qu'elle a de mauvais.

Et, en effet — prétention singulière, vraiment exorbitante, quand on l'analyse de près — nous entendons bien certes traiter la syphilis, mais nous entendons ne la traiter que pour un temps, pour un temps très court par rapport à sa durée totale, et pour, un temps que très arbitrairement nous fixons et limitons à son tout jeune âge. Que voyonsnous en pratique courante? Tout médecin consent bien à militer contre la syphilis au cours de ses deux, trois, quatre, voire (mais cela est déjà bien plus rare) cinq premières

années. Mais qui a jamais proposé de continuer la lutte plus avant ? Et cependant nous savons que la syphilis est douée d'une longévité à nulle autre pareille, qu'elle est susceptible de manifestations à longue portée, à portée pouvant dépasser un demi-siècle.

N'importe. Si elle veut guérir, il faut qu'elle guérisse de par un traitement qu'il nous plaît de limiter à ses toutes jeunes années et dont l'action (du moins il nous plaît également de le supposer ainsi) ne saurait être épuisée par le temps, même à lointaines échéances.

Vais-je donc pour cela abandonner absolument et désavouer une méthode que j'ai eu tant de peine autrefois à faire prévaloir? Je m'en garderais bien, car ce serait là une révolution improductive, du genre de celles qui détruisent sans rien mettre à la place de ce qu'elles ont détruit. Ce que je propose seulement, c'est une revision de l'ancien programme, revision conservant ce qui est bon, excluant ce qui me semble actuellement défectueux. Ainsi :

Je commencerai par conserver intégralement, tel qu'il a été exposé ci-dessus, le principe des trois ou quatre premières

années consacrées à un traitement méthodique et fort, distribué en cures intermittentes. Et cela pour une bonne raison qu'expliquera et légitimera mieux que tout commentaire le graphique n** 1. Qu'est-ce donc que ce graphique? La représentation, sous forme d'un tracé linéaire, de la fréquence des divers accidents du tertiarisme aux divers âges de la maladie (1). Rien de plus

(1) Sur un total de 7.172 accidents de tertiarisme ou de parasyphilis j'aipu déterminer la date précise d'invasion, au cours de la maladie, de 5.466 de ces accidents. C'est d'après cette statistique qu'a été dressé le graphique n^ I.

Voici les résultats de cette enquête, éminemment instructire à divers égards, notamment pour le sujet dont il est ici question.

Écliéances des accidents au cours des années suivantes : Nombre de cas :

Première année 366

Seconde — 535

Troisième — 560

Quatrième — 440

Cinquième — 430

Sixième — 387

Septième — 334

Huitième — 253

Neuvième — 235

Dixième — 288

Onzième — 179

Douzième — .... 163

Treizième — 136

Quatorzième année 140

Quinzième — 132

A reporter 4.578

- •mrar

'^^fVllB*'

instructif — n*est-il pas vrai? — qu'un docu-

Seizième année Dix-septième — Dix-huitième — Dix-neuvième —

Yinglième — ....

Vingt et unième année . . .

Yingt-deuxième — ...

Vingt-troisième — . .

Vingt-quatrième — . .

Vingt-cinquième — . .

Vingt-sixième — . .

Vingt-septième — . .

Vingt-huitième — . .

Vingt-neuvième — . .

Trentième — . .

Trente et unième — . .

Trente-deuxième — . .

Trente-troisième — . .

Trente-quatrième — . .

Trente-cinquième — . .

Trente-sixième — . .

Trente-septième — . .

Trente-huitième — . .

Trente-neuvième — . .

Quarantième — . .

Quarante et unième auuée

Quarante-deuxième —

Quarante-troisième —

Quarante-quatrième —

Quarante-sixième —

Quarante-huitième —

Cinquantième —

Cinquante-quatrième —

Cinquante-cinquième —

Report 4.578

Total 5.466

POUR EN GUÉBIR 113

ment de cet ordre pour apprécier ce que fait la maladie à telle ou telle période et ce que devrait faire le traitement pour en contrarier l'évolution. Or, consultons ce tableau. Qu'y voyons-nous relativement à la première des questions qui nous intéresse pour l'instant?

Ceci :

1** Que le tertiarîsme est très prompt à entrer en scène; — qu'il fait invasion dès la première année, et cela pour une proportion déjà notable (366 cas sur 5.466 ou 6,6 p. 100), proportion presque équivalente au quotient du tertiarisme pour la 6® année.

2® Que, dès la seconde année, un fort élan ascensionnel Télève à celle de 9,7 p. 100.

3^ Qu'enfin il atteint son apogée à la troisième annéCy (où son quotient de fréquence devient au pourcentage 10,2). C'est dire que cette troisième année de la maladie réalise à elle seule environ 10,2 pour 100 du total complet des échéances du tertiarisme. C'est dire qu'elle constitue l'année culminante du tertiarisme^ Vannée néfaste^ Vannée terrible par excellence.

Et ce n'est pas tout. Car, maintenant additionnons ensemble les quotients du tcr-

tiarisme pour ces trois premières années, et non sans étonnement nous aboutirons à constater ceci : que dès sa troisième année la

SYPHILIS A RÉALISÉ PLUS DU QUART DE LA SOMME TOTALE DES MANIFESTATIONS TERTIAIRES Qu'eLLE EST APPELÉE A PRODUIRE DANS TOUTE SA CARRIÈRE !

— Je le répète, plus du quart, exactement 26,5 p. 100.

Cette constatation est majeure, et tant au nom du bon sens que par injonction arithmétique, il en ressort une déduction formelle, à savoir :

Qu'il y a un intérêt capital à ce que les malades soient protégés contre ces imminences précoces du tertîarisme, et protégés notamment contre les éventualités de cette sinistre troisième année, si particulièrement prodigue en méfaits de tout ordre.

Et voilà pourquoi je réclame en premier lieu une application vigoureuse et intégrale du traitement chronique intermittent, tel qu'il a été formulé plus haut, aux premières années de la maladie. Je crois bonne, je persiste à croire bonne cette partie de mon ancien programme et je conseille de la conserver.

Cela, je le conseille d'autant plus que, d'autre part, une remarque a été faite. C'est que, de l'avis, à peu près général, « un bon commencement est d'effet favorable sur Pensemble de la maladie ». On s'accorde à penser que les traitements inaugurés tardivement, les traitements dits « de rattrapage »

sont loin d'équivaloir à ceux qui ont été institués au début même de l'infection. Et je me plais à répéter ici le propos pittoresque de W. Taylor, à savoir « qu'il convient de débuter par un bon coup de main qui casse les reins à la maladie ».

Je conclus donc à ceci : Ne rien changer au traitement actuel jusqu'à un terme de trois ou quatre ans à dater du chancre.

Mais voici ce terme accompli, et tout est au mieux, je suppose, suivant la coutume, car il est d'observation que, sauf exceptions assez rares, un traitement mercuriel d'énergie moyenne (je ne dis même pas intensif), méthodiquement appliqué pendant les premières années de la maladie, suffit très généralement à imposer silence aux manifestations diathésiques et à obtenir ce que nous appelons la irèçe ou Vaccalmie secondaire^

accalmie usuellement persistante pour un laps d'au moins quelques années. S'il en est ainsi, allons-nous continuer le traitement sans interruption et avec la même sévérité?

Mais à quoi bon? Puisque pour l'instant nous avons de l'avance, profitons de notre crédit pour laisser « souffler le malade », suivant une expression de métier, j'entends pour laisser quelque peu reposer l'organisme de sa longue imprégnation mercurielle.

Empiriquement j'ai été conduit à donner à ce temps de repos la durée d'un semestre environ, pendant lequel je suspens absolument toute médication.

Nous voilà de la sorte arrivés à la cinquième année.

Au cours de cette année je prescris trois cures mercurielles, chacune d'une durée de six semaines.

Puis, au delà? C'est ici que vont entrer en scène les modifications que je crois nécessaire d'introduire dans le traitement, sous le nom de cures complémentaires ou cures de renforcement et sur lesquelles je dois m*expliquer maintenant.

Graphique no 1 .

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Cures complémentaires ou Cures ' de renforcement. — Où les placer?

La nécessité de ces cures complémentaires une fois reconnue (et qui se refuserait à la reconnaître?), une question surgit : Ces cures complémentaires, oit donc les placer pour qu'elles soient à leur plac^*^ C'est-à-dire : quand, à quels termes de la maladie, les faire intervenir pour qu'elles interviennent utilement? Comment les faire tomber juste à points de façon opportune, de façon à prévenir un orage tertiaire qui se prépare, de façon à conjurer, par exemple, un tabès ou une paralysie générale qui s'élabore, qui va bientôt entrer en scène?

La logique répond : Leur place est là oit est le danger. C'est évident.

On dira : « Mais en fait de syphilis, le danger n'a pas d'échéances; il est de Jtous les âges, de tous les instants. » — Sans doute; mais il n'est pas égal pour tous les âges de la maladie. Un simple coup d'œil jeté sur le graphique d'ensemble dés échéances du tertiarisme (graphique n** 1) suffit à montrer que ce danger est bien autre à la troisième année

(qui constitue son apogée) qu*à la sixième par exemple, et bien autre de même à la sixième qu'à la dixième, et bien autre encore à la dixième qu'à la vingtième, etc. Ce n'est pas tout encore. Car ce qui est vrai pour l'ensemble de la maladie ne l'est pas moins, en particulier, pour chacune de ses manifestations. Ainsi, de ces manifestations, il en est qui ont des éclosions précoces, remarquablement précoces'. (Exemple : pour la moelle, l'année néfaste, l'année terrible, est — l'imaginerait-on à priori? — la seconde année de la maladie); — et il en est d'autres dont l'entrée en scène se montre au contraire relativement tardive. Cela étant, faisons intervenir le bon sens pour juger la question qui nous occupe, à savoir : Où placer logiquement (ce qui équivaut à dire utilement) nos cures complémentaires ?

Nul doute, je ne crains pas de me répéter, que le j3ons sens, interrogé de la sorte, ne réponde ceci : Il convient de les placer vers l'époque (et un peu avant cette époque, naturellement) où les manifestations à la fois les plus graves et les plus fréquentes de la maladie font leur explosion habituelle.

Or, quelles sont les manifestations de la

POUR EN GUÉRin 119

maladie à la fois les plus graves et les plus fréquentes ? Le choix n'est pas embarrassant. Il est trois de ces manifestations qui s'imposent comme telles, et chacun les a citées d'avance. Ce sont :

1** La syphilis cérébrale ^ la plus commune des localisations tertiaires, après les localisations cutanées ;

2® Le tabès qui marche immédiatement après elle, c'est-à-dire au troisième rang;

Et 3** \?i paralysie générale^ bien moins fréquente à la vérité que les deux précédentes, mais la plus inaccessible de toutes à l'influence médicatrice.

Eh bien, à quels termes ces trois types, communs et redoutables par excellence, fontils invasion au cours de la maladie? Réponse, d'après ce que m'ont appris des recherches spéciales sur ce sujet :

L — La syphilis cérébrale fait son entrée en scène dès la première année de l'infection, et déjà même elle s'y accuse par un quotient de fréquence important. Elle s'accroît tout aussitôt de fréquence, pour atteindre son fastigium — et fastigium bien marqué — dès la troisième année (dès la troisième année.

qu'on remarque bien ceci) après le chancre.

— Elle produit dans cette seule année plus du dixième de la somme totale de ses cas. Puis, sa fréquence va décroissant très hâtivement au delà de cette troisième année, si bien qu'à sa dixième année la syphilis a déjà produit, en tant que déterminations cérébrales, beaucoup plus de la moitié des cas qu'elle doit produire (Voy. graphique n** 2, p. 122).

II. — Très différente est l'évolution de la paralysie générale.

Celle-ci est encore à naître (d'après ma statistique personnelle, du moins) dans la première année de l'infection. On peut la dire inconnue à ce terme.

Elle commence à poindre seulement dans la deuxième ou (plus sûrement) dans la troisième année, alors au contraire que la syphilis cérébrale proprement dite a déjà conquis son fastigium. En tout cas elle est rare, très rare jusqu'à la cinquième année.

Elle s'élève de fréquence au delà, pour atteindre son fastigium à la dixième année.

On peut dire que ses échéances les plus habituelles sont comprises entre la sixième et la douzième année ^ avec un maximum plus

OU moins marqué pour la dixième (1). C'est là ce que traduit encore en pleine évidence le graphique n^ 3 (p. 123).

Au delà de la 13® à la 20® année elle devient, et cela progressivement, beaucoup moins fréquente.

Enfin, au delà de la 20" année, elle ne constitue plus qu'une très rare exception.

III. — En troisième lieu, venons au tabès (2). Le tabès ne débute guère plus tôt

(1) Ai -je besoin de rappeler que le début vrai de la paralysie générale est toujours antérieur à son début apparent, au début qui est accusé au médecin par l'entourage du malade? Quand on va au fond dos choses, quand on pénètre dans la vie intime du paralytique général, on ne manque presque jamais d'apprendre que plus ou moins longtemps avant que le malade ait été reconnu malade, il avait déjà commis quelque incorrection, quelque bizarrerie, quelque singularité qui n'avait pas été remarquée tout d'abord, mais qui témoignait bien dès ce moment d'un état, cérébral morbide. Cette période où l'affection reste inaperçue, où elle n'est pas comprise, est toujours plus ou moins longue. Au minimum, elle est de quelques mois, mais on l'a vue s'élever jusqu'à un an, deux ans, voire davantage, et cela d'une façon indéniable. — Il faut donc toujours antidater le début d'une paralysie générale sur le début déclaré au médecin.

(2| n est très difficile d'être fixé sur Técliéance du tabès au cours de la syphilis. Bien souvent on est trompé sur ce point par de fausses déclarations des malades. Et il est à cela plus d'une raison : ou bien symptômes tabétiques méconnus quant à leur nature [Exemple : douleurs fulgurantes

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