‹ Pour en guérirChapitre 5 sur 14 · IV. — Même cas sous une autre forme · texte numérisé non relu

IV. — Même cas sous une autre forme

L'indication se présente, je suppose, d*ajouter au traitement spécifique tel ou tel autre agent médicamenteux (iodure de potassium, bromure, fer, huile de foie de morue, arsenic, toniques, etc.). Donner le mercure par ingestion en surplus de tel ou tel de ces remèdes serait courir au-devant d'une into-

lérance gastrique par surcharge médicamenteuse. Donc, mercure par une voie autre que l'estomac.

V. — Dernier exemple, car tout cela va de soi et est affaire de sens commun autant que de sens clinique. Un mari coupable a pris la syphilis et entend se traiter à l'insu de sa femme. Lui conseillera-t-dn les frictions qui le dénonceraient tout aussitôt à Tœil vigilant de sa ménagère?

Et ainsi de suite.

De sorte que, comme je Tai dit ailleurs (1) « le choix d'une méthode d'administration du mercure, aussi bien pour le traitement d'un accident donné que pour celui de la maladie en général, doit être fait non pas sur des données théoriques et des conceptions de cabinet, mais bien d'après des indications cliniques relevant de conditions propres au malade, de circonstances afférentes à la maladie, etc., tous éléments essentiellement variables, contingents, et souvent impossibles à prévoir. Telle mé-

(1) Traitement de la Syphilis, 2» édil., 1902, RuefiF. — Naturellement j'ai dû faire à ce volume de nombreux emprunts. Inutile, je crois, de les signaler.

42 POUK EN GUÉRIR

thode, bonne ici, sera mauvaise là, comme réciproquement. La meilleure sera celle que, d'abord, tolérera le malade, et qui, d'autre part, exercera une influence salutaire sur les manifestations morbides. Or, cette méthode meilleure que d'autres, nous ne la connaissons pas à priori ; l'expérience seule nous la révèle. L'absolutisme n'est donc pas de mise en l'espèce, et le médecin véritablement jaloux des intérêts de son client abordera le traitement de la maladie sans esprit préconçu, sans plan invariablement déterminé à l'avance ; il l'abordera, tout prêt au contraire à sacrifier ses préférences aux indications du cas particulier, tout prêt à abandonner sa méthode favorite pour telle autre qui, de par les événements, lui semblera en l'espèce mieux appropriée ».

Seconde visée : Sauvegarder l'avenir.

— Médication préventive.

Guérir un accident syphilitique ou des accidents syphilitiques actuels, c'est fort bien ; mais ce n'est là que la moindre partie

l»OUR EN GUÉRIR 43

et la partie la plus facile de notre tâche.

Nous avons une seconde visée, et celle-ci d'une portée bien autre : c'est de préserver le malade d'accidents ultérieurs, c'est de prévenir les manifestations d'une étape plus avancée, c'est, en un mot, de sauvegarder l'avenir.

Sauvegarder l'avenir, tout est là, et tel en effet doit être pour nous, médecins, le but suprême de nos efforts en faveur du malade.

Or, sauvegarder l'avenir, est-ce au pouvoir de notre thérapeutique ? Sans doute le traitement spécifique exerce sur la maladie une action curative merveilleuse dont nous avons chaque jour le témoignage. Mais a-t-il le don plus merveilleux encore d'en modifier les destinées ultérieures ? Parlons net. Peutil faire qu'une manifestation destinée à se produire dans iO, i5 ou 20 ans ne se produise pas ? Croire possible un tel résultat thérapeutique, un résultat thérapeutique à aussi lointaines échéances, n'est-ce pas une illusion ?

Eh bien, non, l'influence préventive de la médication spécifique sur les destinées ultérieures de la syphilis /n'est pas une illusion; tout au contraire, c'est là un fait

authentique, irrécusable. J'en ai donné, dans mon opuscule En guérit-on ? une démonstration bien formelle, que je croîs inutile de reproduire ici. Cette démonstration — veuillez vous le rappeler — repose notamment sur les trois témoignages que voici :

I. — Le mercure exerce incontestablement une action préventive sur les manifestations de la période secondaire.

II. — De même et non moins sûrement il exerce une action préventive sur la période tertiaire.

III. — Avec une évidence plus manifeste encore il constitué un préventif par excel-lence de l'hérédité syphilitique.

Eh bien, cette influence bienfaisante du traitement antisyphilitique ne se restreint pas à la syphilis vraie, qui n'est que partie, on le sait, du dossier pronostique de la maladie. Elle s'étend, en plus, à la parasyphilis. Ainsi, dans une série de statistiques qu'on trouve reproduites dans le même ouvrage (p. 47 et suivantes), j'ai constaté ceci, d'après l'étude très attentive de 655 cas.

Qu'au pourcentage, sur cent cas de tabès ou de paralysie générale observés sur des

sujets syphilitiques, il en est 5 à 5,6 qui succèdent à des traitements antisyphilitiques de Pordre de ceux qu'on peut dire sérieux (c'està-dire prolongés au delà de trois ans), contre 94,4 à 95 s'étant produits à la suite de traitements écourtés, insuffisants.

D'après l'écart de tels chiffres jugez quelle est l'influence préservatrice, préventwe^ de la thérapeutique, et jugez aussi par avance de ce qu'elle pourrait être avec des méthodes ou plus actives ou mieux dirigées que celles dont nous disposons quant à présent.

Donc, une question s'impose à nous : A quelles conditions devra satisfaire un traitement antisyphilitique pour être « le bon traitement », c'est-à-dire le traitement capable d'exercer sur la syphilis et la parasyphilis une action véritablement préventive ?

A quelles conditions doit satisfaire le traitement pour être préventif?

Ces conditions sont au nombre de quatre, à ne parler, que des principales. Et les voici :

Page 1