HONNEUR ET GLOIRE A ABRAHAM, SACRIFICATEUR D'ISAAC
De tout temps le patriarche a été honoré par les Juifs, mais l'a-t-il été autant que par les chrétiens. Rien de plus touchant que le langage du catholicisme, rien de plus pathétique que les sentiments de notre vénération exprimés par la bouche des plus éloquents Docteurs sur cet homme selon le Cœur de Dieu. Nous savons, d'après les Saints Livres des Juifs, qu'Abraham était un vieillard quand Dieu lui demanda le sacrifice de son fils.
Ses forces corporelles étaient sans doute affaiblies, mais la vigueur de sa foi était extraordinaire. Il lutta contre la nature et remporta sur elle, les trophées d'un magnifique triomphe. Ce vieillard était plus ferme que l'acier, plus dur que le diamant. Admirons sa soumission, à l'ordre que Dieu lui impose d'immoler son fils. Il étouffe la voix de la nature, il embrasse l'amour de son Dieu et foule aux pieds ses propres entrailles et ne se révolte pas. Que lui dit le Seigneur : Abraham, prend ton fils chéri et bien-aimé, Isaac, et offre-le en sacrifice sur l'une des montagnes que Je t'indiquerai, et pour doubler sa tristesse il ne lui indique même pas cette montagne. Cet ordre ne trouble pas Abraham, ou s'il en est troublé, il souffre comme devait souffrir un homme résigné. Sa piété l'empêche d'être submergé par les flots de la douleur qui consumait son cœur, tout en laissant la victoire à sa foi.
11 ne dit rien à Sara qui l'eut empêché d'accomplir cet ordre mystérieux car elle n'eut pas manqué de dire : Vous m'enlevez mon enfant, cet enfant que j'ai eu contre toute espérance et qui m'a été donné comme récompense de l'hospitalité donnée au Seigneur. Dieu peut-il me reprendre un fils qu'il m'a donné quand je ne l'espérais plus. S'il me l'a donné pourquoi me le reprendre, il valait mieux ne pas me l'accorder, car il me serait moins pénible de n'avoir jamais eu d'enfant
que de l'avoir pour le perdre. Pourquoi déchirer de la sorte mon sein et mes entrailles maternelles!
Abraham avait bien raison de cacher ce projet à Sara, car sa sensibilité et sa tendresse eussent empêché ce père, de laisser immoler cet enfant, et encore moins de l'immoler de de ses propres mains. C'étaitassezdéjà, pource père si tendre, de lutter contre la nature, contre ses propres entrailles, sans entrer en lutte avec son épouse. Prenant alors son fils chéri, son bien-aimé Isaac, il part avec un âne et deux serviteurs. Puis arrivé à un certain endroit, il dit à ces derniers : Restez ici pendant que mon fils et moi nous irons un peu plus loin, et dès que nous aurons adoré, nous reviendrons auprès de vous. (Genèse, xxii, v, 5.) Inspiré, Abraham prophétise sans ^^'en douter. C'est alors qu'Isaac est chargé du bois du sacri- ^neesurses épaules et qu'Abraham prend le feu et le glaive Hpïir gravir la montagne. Tout à coup Isaac s'écrie : Mon père, voilà le feu et le bois, mais où est l'holocauste? Mon père! Quel horrible contre-sens, l'enfant appelle du nom de père son propre bourreau, et Abraham répond ; Mon fils, Dieu pourvoira à la victime. Encore une prophétie. Ah! quel frémissement intérieur devait éprouver celui qui s'entendait appeler père par celui qu'il voulait égorger. Et ses genoux ne llèchissent pas et son cœur ne se brise pas, car il poursuit sa cruelle tâche, il attache le doux Isaac, il prend le glaive en regardant son fils garroté sans que son bras défaille. Et moi qui Vous parle, je m'écrie : Seigneur, soutenez ma faiblesse, mes forces m'abandonnent à la pensée de cette scène déchirante et lugubre. Heureusement qu'une voix divine pleine de misér'corde se fait entendre : Arrête, Abraham, ne frappe pas ton petit enfant. Et pourquoi petit? Ah! c'est qu'Isaac n'est qu'un liomme et il doit être épargné, il en faut un autre qui soit non pas le serviteur, mais le vrai fils, le fils unique et véritable, i'Horame-Dieu, que le père enverra quand les temps seront accomplis. Pour Isaac, il ne reçoit la mort que par obéissance et soumission, mais il ne la subit pas grâce à la bonté divine, car Dieu seul peut ne pas épargner son propre fils et le livrer à la mort pour le salut du genre humain. Isaac et im ne sont que la figure du futur Isaac qui se laissera
sacrifier sur la montagne du Calvaire par son divin père et qui s'écriera : Mon père, mon père, pourquoi m'avez-vous abandonné! Et en attendant ce grand drame de la mort du Christ, Dieu fera paraître a travers les siècles de nombreuses figures qui désigneront le Messie libérateur et rédempteur. C'est ainsi que l'Agneau pascal servira d'année en année à rappeler la servitude d'Egypte dont Israël a été délivré par le sang d'un Agneau et à figurer cet autre Agneau que Jean-Baptiste devait montrer aux Juifs en leur désignant du doigt et en leur disant ; Ecce Agnus Dei, ecce qui tolli's peccata mttndi: Voici l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde.
Et la conclusion toute naturelle à tirer est celle-ci : Puisque tout un peuple a été sauvé par le sang d'un agneau, pourquoi ne le serais-je pas par le sang de cet Agneau divin qui a été immolé sur le Calvaire? Et je m'étonne que cette vérité si claire, si palpable, ne saute pas auxyeux de tout Juif impartial qui réfléchit sans aucun parti-pris.