‹ Pour et contre les JuifsChapitre 20 sur 55 · UN DOCTEUR SANS ETUDES · texte numérisé non relu

UN DOCTEUR SANS ETUDES

Dans leur fuite nocturne et précipitée, les augustes proscri de Bethléem ne durent pas emporter Moyse et les Prophète.,'^

f c'est-à-dire les Livres Saints des Juifs, pour les étudier dans^^ terre de l'exil. Au sein de leur détresse, voisine du dénûmei^*

^ et de la misère, Joseph et Marie n'eurent pas à s'occuper d^^ donner une instruction supérieure à cet enfant qui était I^ cause de leur exil et de leur proscription.

Comment donc expliquer que cet enfant béni et proscrit,*^ béni du ciel et proscrit des hommes, soit revenu de la terr^ étrangère avec une science acquise par l'étude et capable^ d'étonner les plus grands docteurs de l'univers?

La seule explication plausible, c'est que le divin proscrit avait une science infuse et vraiment divine. Il n'eut pas besoin d'une révélation céleste ni des apparitions angéliques pour connaître Moyse et les Prophètes. Celui qui les avait inspirés devait se suffire à lui-même, et il n'est pas étonnant qu'en paraissant dans le temple il ait pu écouter les docteurs, les interroger et les surprendre par la sagesse de ses réponses. La seule admission de Jésus, enfant de douze ans au milieu de cette auguste assemblée de docteurs, n'est-elle pas déjà une chose extraordinaire? Est-ce que de nos jours on admettrait dans un sénat, dans une assemblée d'académiciens un enfant de cet âge ?

Comme il fallut que cet enfant merveilleux en imposât aux docteurs du Temple, à ces vieillards consommés dans la science des Saints Livres, pour le laisser pénétrer dans cette enceinte réservée aux doctes d'Israël ! Que virent en cet adolescent ces savants blanchis dansl'étude et l'enseignement de la loi de Moyse? Nous ignorons quelle auréole ils aperçurent autour de sa tête radieuse d'innocence et de beauté, mais nous savonsqu'ils furent stupéfiés des paroles qui tombèrent de ses lèvres divines.

Quelles pensées animaient le cœur du divin adolescent en QtraQt dans cette assemblée des anciens et des docteurs de érusalem ? Ce n'était pas pour montrer un rayon de sa science omme plus tard sur le Thafaor il laissa percer un rayon de sa jloire divine dans son corps transfiguré. Il y va avec des penlèes plus élevées et plus divines, c'est lui-même qui nous L'apprendra en répondant à sa mère qui lui disait : « Pourquoi avez-vous agi de la sorte? Pourquoi vous laisser chercher ainsi par votre père affligé et par votre mère attristée? » — < Pourquoi me cherchez-vous? Vous ignorez donc qu'il faut que je m'occupe des intérêts de mon Père? > La gloire de Dieu, son Père des cieux, voilà le grand mobile de sa disparition aux yeux de Marie et de sa présence dans le Temple. II a entendu ces pauvres docteurs qui s'efforçaient déjà de détourner le sens des prophéties anciennes et d'imaginer un Messie glorieux, conquérant et triomphant pour effectuer la délivrance de Jérusalem opprimée ; il voit dans ces fausses interprétations le principal obstacle à la croyance de sa doctrine et de son Incarnation mystérieuse ; il vient comme en passant faire échec à cet obstacle. Il commence par de simples questions, mais la douceur de sa voix gagne les cœurs et tient les docteurs suspendus à ses lèvres. Il présente ses objections, suggère un sens profond à des prophéties merveilleuses, amène ceux qui l'écoutent à se ranger à ses avis, et leur insinue la vérité comme une leçon qu'il recevait, et non comme une lumière nouvelle qu'il répandait en eux. Qui pourra dire combien de cœurs il se prépara pour le jour où Pierre convertira des milliers d'hommes par un discours, un oiillf pour chacune des trois personnes divines. Qui osera dire que ces conversions apostoliques n'ont pas été préparées par h doctrine qui avait coulé des lèvres de l'enfant de Nazareth I Après un si brillant début, après une entrée si bien réussie dans la carrière de ces enseignements au monde, si cet adolescent n'avait pas été Dieu, il aurait continué à chercher de nouveaux succès en parlant aux foules; maisl'heure de sa divinemission n'a pas encore sonné, il entend la voix de sa mère eplorée, et, après une réponse surhumaine) il quitte la docte , ^semblée pour suivre Joseph et Marie, en leur restant sou-

mis jusqu'à l'âge de trente ans, car dans les décrets providentiels il doit prêcher par ses exemples avant de prêcher par ses sublimes enseignements. Ne découvrez-vous pas dans ce retour à la vie cachée des agissements vraiment divins ! Tandis que les anges l'adorent dans le ciel, il se cache dans la boutique du i pauvre charpentier, son père putatif et nourricier ; il fatiguera ses mains à travailler sur le bois, avant de les laisser clouer au bois delà croix; il fatiguera ses pieds en allant gagner sa vie, avant de les fatiguer à courir après la brebis égarée; il laissera la sueur inonder son front par de pénibles labeurs, avant de laisser inonder de sang sa tête percée par une cruelle couronne d'épines.

O cher adolescent! le plus beau des enfants des hommes 1 Si tu n'es pas un Dieu que je puisse adorer, tu es vraiment ^ admirable pour tant de sagesse précoce, pour tant de can- — deur et de simplicité, et enfin pour tes destinées cruelles etz^ malheureuses. Ah ! mon cœur saigne quand je vois Marie, qui.:a connaissait les clous, les épines et la croix destinés à soil^ cher Enfant, garder dans son cœur les ineffables paroles de=^ Jésus, et qui, avec son cœur maternel plongé dans un océan de^ tristesse et de doiileur, le voyait croître sous ses yeux ei» sagesse, en âge et en grâce, devant Dieu et les hommes.

Mais pourquoi ne serait-il pas Dieu, comment tant de grâce, d'innocence, de merveilles étonnantes pourraient-elles s'être rencontrées dans un homme assez perverti et assez insensé pour oser prétendre aux adorations dues à Dieu seul, lorsqu'il se savait et se sentait un pur homme ?

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