‹ Pour et contre les JuifsChapitre 24 sur 55 · LES HUIT BÉATITUDES · texte numérisé non relu

LES HUIT BÉATITUDES

Je bénis, j'admire, j'adore les Livres Saints des Juifs. La Sainte Ecriture est un jardin plus délicieux que le paradU terrestre. Celui-là, Dieu l'a planté, non sur la terre, mais lians les âmes des croyants; il n'est pas circonscrit en un seul endroit du monde, il l'a déployé sur la terre entière et lui * donné pour limites celles de l'univers. Or cette diffusion de la parole de Dieu s'est effectuée par les apôtres selon la prophétie du Psalmiste (xvni, v. 5) : « Leur voix s'est fait entendre sur toute la terre et leurs paroles sont parvenues jusqu'aux extrémités de l'univers.» Comme le premier paradis, celui-ci a également une source qui donne naissance à une infinité de Ileuves et non pas à quatre seulement. Ce ne sont ni le Tibre, ni l'Euphrate, ni le Nil, ni le Gange, mais des fleuves sans nombre, et le Christ a pu dire : " Celui qui croit en moi comme l'apprend l'Ecriture, des fleuves d'eau vive couleront de son sein.» (Saint Jean, vu, 38.) 11 ne s'agit donc plus de quatre fleuves, mais de fleuves innombrables qui jaillissent de cette source. Toutefois ce n'est pas tant par le nombre que par la nature que cette source est admirable ; ce n'est pas de l'eau qui en coule, ce sont les dons du Saint-Esprit, et voilà pourquoi les Saintes Lettres sont différentes des eaux matérielles, caries eaux spirituelles de cette source divine rejaillissent iusqu'à la vie éternelle comme Jésus le disait à la Samaritaine. L'expression de rejaillir nous en montre l'abondance et l'imnètuosité car ces eaux non seulement s'écoulent, mais elles leiailUssent, et leur usage ainsi que leur utilité s'étend jusqu'à VfeteTtiité Aussi David, pénétré de l'utilité des Saintes Ecriiwe compare celui qui les étudie à un arbre qui a été planté prés 4a MMaoUes eaux parce que la fraîcheur dont il jouit le «a. i Va\)TV "les influences pernicieuses de l'atmosphère ; de »i«e Yiae çUcie près des courants des divines Ecritures y

puise la force de la résistance à tous les assauts des choses humaines et y trouve une suprême consolation dans toutes les tristesses de la vie.

Les Juifs sont de cet avis à l'égard des Livres Saints qui ont Été écrits avant Notre-Seigneur et que nous appelons les Livres de l'Ancien Testament, mais ils diffèrent d'opinion lorsqu'il s'agit des Livres du Nouveau Testament. lit pourtant l'Evangile est non seulement inspiré par l'Esprit-Saint aux Evangélistes, mais encore il contient les paroles de Dieu luiniéme, puisque Jésus-Christ est Dieu, et il est iinpossibie de dire que les pages de ce livre immortel et divin soient une composition humaine. Il eut été impossible à saint Mathieu . 'J'inventer la sublime doctrine contenue dans les huit béatiludes. car elles sont véritablement le langage d'un Dieu et non pas d'un homme, fut-il le génie le plus brillant qui ait paru dans le monde.

Ecoutez les ineffables et sublimes paroles qui tombent de Ses lèvres divines avec une incomparable autorité :

Sienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des ^'euat est à eux.

«ienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont '^ terre.

-Bienheureux ceux qui pleurent, parée qu'ils seront consolés. ■Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce '"^ ils seront rassasiés.

bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront "^X-mémes miséricorde.

bienheureux les cœurs purs, parce qu'ils verront Dieu. bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés '^Ifants de Dieu.

bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, ^ï'ce que le royaume des cieux est à eux.

Je pourrais vous citer maintenant de riches et d'éloquents "^^Tnmentaires de ces divines sentences, mais je préfère vous *-'^ier ces textes dans toute leur crudité. Commentez-vous *^dne chacune de ces béatitudes, et vous sentirez vos cœurs ^tïitts et touchés par la plus simple et la plus courte réflexion S\ir ces oracles tombés des cieux, car il est impossible à la

Terre de les enfanter, et je défie le plus grand génie de nous affirmer qu'ils ont pu être conçus par un esprit humain.

Bienheureux les pauvres d'esprit! C'est-à-dire bienheureux ceux qui sont dégagés de toute affection pour les biens de la terre. Ah! je salue tous ceux qui s'occupent de la grande question sociale, pour harmoniser la classe ouvrière avec la classe dirigeante. Au lieu de crier : Guerre au capital ! répétez à toutes les classes de la société; Bienheureux les pauvres d'esprit! et vous verrez bientôt toutes les classes fraterniser ensemble et s'embrasser dans une étreinte vraiment fraternelle. La question sociale du xix* siècle sera résolue : Le paupérisme ne sera pas détruit, parce que l'auteur de cette première Béatitude a proclamé que l'humanité aurait toujours des pauvres avec elle; mais le paupérisme sera adouci et son côté hideux ne subsistera plus : vous le verrez fondre sous les chauds rayons du soleil de la charité des riches et de la générosité de ceux qui possèdent à l'égard de ceux qui n'ont rien. Et quelle garantie de bonheur donne le Christ à ces pauvres dont il parle: c'est la possession du ciel. La terre est un enfer et le Christ en voudrait faire un paradis anticipé. Ajoutez foi à sa promesse, pratiquez cette pauvreté d'esprit qu'il proclame bienheureuse, et vous aurez le ciel ici-bas avant de posséder le. ciel des Anges. Vous n'entendrez plus les pauvres rugir contre les riches, vous ne verrez plus les possesseurs tiu capital insulter, ni écraser, ni éclabousser la classe ouvrière mais vous les verrez s'entr'aider les uns les autres, Mrce que les riches ont besoin des bras de l'ouvrier et que k* Muvre a besoin de la bourse du riche ; et malgré l'inégalité j^ ».^- condition, le Christ les reconnaît pour ses frères et bc«t apprend à invoquer le même Père, sous ce titre : Notre ^tv «lUi ^^l** ^"^ cieux. Voilà la fraternité et l'égalité pré- -.•4*;n#<'s par lésus. Devant Dieu nous sommes tous égaux, ,v,.. iviivi" que l'inégalité de la fortune est abolie, mais ■us sommes, par le christianisme, égaux dans la '. Jans la mort qui nous nivelle tous au fond des ...X'i-''». '^u*"* ^ *" fraternité et à l'égalité prônées par t tUiK v»tl>*NH"«'n*' ^'^^^ ^"^ utopie ou une moquerie, car plus

nous restons en République, plus nous voyons les distances

s'élargir et les abîmes s'cntr'ouvrir entre le capital et le paupérisme. Le dieu du jour est l'argent. Malheur à celui qui n'en a pas! La parole du Christ a été séduisante depuis dix-huit siècles. Comptez, si vous le pouvez., tous les riches qui se sont fait pauvres volontaires, et qui ont épousé la pauvreté de Jésus, en embrassant la vie religieuse. Parmi ces légions de pauvres vous n'avez jamais vu éclater la guerre civile, ni un seul d'entre eux monter à l'assaut de hi forteresse du capital.

Pour contempler le spectacle de l'harmonie des âmes, il

-voussuflîra de pénétrer dans ces monastères et dans tous ces

asiles de la pauvreté volontaire. Point n'est besoin ni degen-

darmerie ni de tribunaux, on se croirait aumilieu de la milice

«des Anges. La police intérieure est des plus faciles à établir.

Ht les esprits sont pénétrés de cet oracle sublime : Bien-

leureux les pauvres !

Et maintenant, bienheureux les doux! Voilà une maxime

'«qui n'aurait jamais trouvé naissance dans l'esprit d'un Néron

ou d'un Robespierre; il a fallu l'Agneau toujours prêt à se

"taire devant celui qui le tond, il a fallu ce prédicateur, qui au

<ours de sa vie publique s'est écrié : « Apprenez de moi que je

suis doux et humble de cœur »; il a fallu ce Jésus pour venir

[4ire à son siècle et à sa nation : « Bienheureux les doux!»et

ipuis cette parole nous avons vu s'adoucir les races les plus

rbares, et les barbares les plus indomptables devenir des

suples doux et humains. Nous avons vu l'abolition de Tescla-

ige et nos missionnaires aCfronter les dangers et la mort

levant les races africaines et anthropophages, pour y substituer

mœurs des nations les plus civilisées.

O vous, Juifs loyaux et sincères, rendez cette justice à ce

fuif et convenez avec moi que c'est le christianisme et non

la loi mosaïque qui a détruit l'esclavage par dix-huit

lîécles d'efforts. Ne vous inclinez pas, n'adorez pas encore le

jt^us qui a reçu les nations pour héritage, mais reconnaissez

toute sincérité que c'est son christianisme qui est le grand

itructeur de la servitude et de l'esclavage.

Avez-vous étudié l'histoire! Si oui, alors vous connaissez les

mœurs du paganisme et son attitude envers les esclave Entrons dans Rome. la grande métropole de l'univers, efc regardons ces millions d'esclaves. Voyons d'un côté le»matrones romaines, et de l'autre ces milliers de jeunes filles nées dans la servitude. Une belle et jeune fille est occupée à coiffer sa maîtresse. Si la pauvre enfant est timide ou maladroite, la matrone a le droit de la faire châtier par un esclave. Les oreilles de la fière romaine sont sans pitié aux cris delà douleur arrachées par le supplice du fouet: mais l'Eglise a entendu ces cris déchirants et elle dit à la pauvre enfant: O vous qui souffrez, venez i moi et je vous soulagerai : et l'esclave devient chrétienne. La férocité de la matrone n'en est en rien changée, seulement la pauvre esclave supporte les coups avec plus de résignation : il arrive même qu'un jour sa cruelle maîtresse enfonce l'épingle d'or de ses cheveux dans la chair des épaules de sa coiffeuse ; au lieu d'entendre des cris perçants, elle remarque avec étonnement que la pauvre esclave n'exprime sa douleur que par des larmes silencieuses. La matrone ne s'explique pas ce calme au milieu de la douleur; elle interroge, elle veut connaître la cause mystérieuse d'un tel changement et finit par découvrir que son esclave est chrétienne. Alors, émue, touchée, elle admire l'effet des mystères nouveaux de cette religion nouvelle, l'esclave devient apôtre, et bientôt la matrone se fait instruire et reçoit le baptême, O puissance de la douceuri

Dives et pauper obviaverunt sibi. Le riche et le pauvre se sont rencontrés (dans une étreinte fraternelle) et le Seigneur tes a créés (pour se prêter un mutuel concours). (PROV.,chap. îtxi!, V. a.)

Les faibles et les opprimés sont sous la protection de l'épouse du Christ, Mais le christianisme a combattu non seulement pour l'abolition de l'esclavage, mais encore pour la destruction de la servitude de la femme dans l'union conjugale. Depuis que Jésus-Christ a élevé le mariage à la dignité de sacrement et qu'il a prononcé le qiiod Detts conjtinxit, homo non separet, c'est-à-dire depuis qu'il a imposé à l'homme de ne plus séparer ce que Dieu avait uni, l'Eglise a vu dans la femme non plus l'esclavej mais la compagne de

ÏTlomnie, car elle enseigne que Dieu a tiré d'une côte d'Adam U première mère du genre humain pour montrer que, sortant du tabernacle de son cœur, de son cœur qui est le principe âe l'amour, la femme doit être la compagne aimante et aimée de l'homme,- et non contente de cette égalité qui impose une respectueuse soumission de la femme envers son époux et un respectueux dévouement de l'époux pour l'épouse, selon cette divine parole : « L'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme », l'Eglise impose l'indissolubilité aux époux, car ils sont deux dans une seule chair qu'aucune loi humaine n'a le droit de briser ou de déchirer. C'est pourquoi je le bénis, à sainte Eglise catholique, Eglise du Moyen Age et desgrands Pontifes, de Grégoire Vil etd'lnnocent III ; quand tu combattais pour la sainteté de ton sacrement tu défendais Uliberlédela femme, la pureté de ses mœurs, la paix et la •iigciité de son foyer, tu défendais encore la famille ; l'âme de la famille qui est concentrée dans la femme, trésor sans prix dans un vase fragile. Tu protégeais la femme avec qui tu as de si touchantes et si sublimes affinités et dont on essaie en vain de t'isoler, tu la protégeais contre la violence des puissants de cette époque, tu la couvrais du bouclier de ta wlére, que les prophètes nomment si bien la colère de la colombe et la fureur de l'agneau, et, en étendant sur elle ta main désarmée mais redoutable, tu disais au prince atterré :

< Celle fcnimc est à Dieu, lu n'y toucheras pas. s

Et l'orgueil et la volupté du prince venaient se briser devant <^6 grain de sable qui s'appelle l'Eglise.

Mais continuons l'examen des béatitudes : Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés !

Obi sentence vraiment paradoxale; le bonheur au milieu ûes larmes, de quelles larmes parlez-vous, vous parlez sari3 dûule des larmes de joie. Je comprends et j'aime ces larmes, 1 en suis heureux quand je les répands, mais ce ne sont pas de ces sortes de larmes dont parle le Sauveur : il applique sa Watitude aux larmes amères. à celles que les chagrins et les douleurs font couler. Ah ! ces sortes de larmes ne font pas "non bonheur, à en juger au point de vue humain. Mais, à

moins d'être un Dieu, comment oser dire à l'humanité qui souffre et qui pleure : Bienheureuses sont les larmes! et non seulement Jésus l'a dit, mais il l'a réalisé pour ses disciples et pour les saints. Tous ceux qui se sont sanctifiés ont pleuré; on croirait qu'il se plaît à faire souffrir ceux qu'il aime e.t qui l'aiment. Aussi les saints de s'écrier; Ou souffrVi pu mourir, toujours souffrir, ne jamais mourir, répandre d^s îles et endurer des mépris pour Dieu, voilà quelle ét F=^ Beur ambition.

Depuis le doux regard de Jésus sur son disciple qui veo;^^

Fde le renier trois fois, le repentir lui fit verser des larn^^É^^cï

[ améres, Jîexut amare, et ses larmes ne tarirent qu'avec la v ic,

|;dans les bras d'une croix à l'instar de son divin Maître. M - — — ais

pourquoi sont-ils bienheureux, ceux qui pleurent? Ah ! c't^^^^îi

i seront consolés, et leur consolateur est Dieu.

Oui, il est vraiment Dieu, Celui qui, au soir de sa vie mcz' ^T-

ftelle, ose dire à ses disciples : « Vous pleurerez tandis que^ k

Bonde se réjouira, vous serez dans la consternation m^^^'s

>tre tristesse se changera en Joie. » Comme il connaissait — ^ pauvre humanité, et comme il connaissait l'avenir, Celui qt— ^^ jparlait avec tant d'assurance des joies mondaines et de l^-"^ tristesse de ceux qui voudraient le servir en esprit et ecx vérité !

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés ! O vous qui me lisez et qui ne reculez i [devant aucune injustice, ne vous étonnez plus de la faim décorante et de la soif inextinguible que vous ressentez enpourfcuivant à outrance l'acquisition des richesses (i). Vous avez ^aim de l'or et de l'argent, vous avez soif des honneurs, des dignités et des distinctions, et les moyens les plus inavouables pour obtenir la fortune ne vpus voient jamais reculer. Jusques

S quand vous demanderai-je avec votre roi David : O enfants es hommes, aurez-vous le cœur appesantir pourquoi aimezous toujours la vanité et cherchez-vous le mensonge? Je sais ien que vous me répondrez que certains catholiques aiment

(i) Saint Jean Cbtyt»

do la mer {larfaltemen triiUaie ou inyeat.

ne. hon

: Vous I

comme les Juifs les richesses de ce monde et votre réponse me remet en mémoire une scène qui a été traduite en gravure : On jetait une pièce de vingt francs devant un Juif et un catholique pour expérimenter lequel des deux mi^priserait la pièce d'or ou s'empresserait de la recueillir. Alors on vit ces deux hommes se précipiter avec une égale ardeur sur la pièce qui roulait à terre. Non seulement ils se baissent tous deux, mais ils se poussent et se bousculent jusqu'à ce qu'enfin on aperçoive que c'est le Juif qui la ramasse.

Quoi qu'il en soit, il n'y a que le catholicisme qui inspire l'intégrité, la loyauté et la justice; aussi nous prenons pour nous la parole du Psalmiste : «Nous serons rassasiés lorsque la gloire de Dieu nous apparaîtra. » fPs. xvi, v. is- Bt-ati qui esurunt saturabunlur. 1

Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront la miséricorde ! Ce serait peu d'avoir proféré cette magnifique parole, si Celui qui l'avait prononcée ne savait inspirer la pratique de la miséricorde. Or, c'est ce qui est arrivé depuis le Christ; montrez-moi une misère, une souffrance, une détresse que les disciples du Christ négligent de secourir. A qui doiton attribuer la fondation de nos asiles, de nos crèches, de nos orpheIinats.de nos hôpitaux? Vous me direz: On retrouve ces établissements ouverts dans d'autres religions. C'est possible, mais on n'y voit pas pratiquer le même dévouement, la même abnégation. J'ai déjà cité autre part les pasteurs protestants venant demander au cardinal Wiseman les règlements d'association des Sœurs de charité pour fonder à leur tour un établissement de Dames protestantes se dévouant avec le même zèle au soin des malades.

Le cardinal s'exécuta et livra tous les règlements de nos communautés religieuses. Après un essai infructueux, les ministres de la religion réformée vinrent retrouver l'archevêque et lui dirent naïvement : « Eminence, ça ne marche pas. — Ah! répliqua le ministre de Dieu, vous avez oublié le principal dans la machine, vous avez oublié la vapeur, et la vapeur qui la fait marcher, c'est le dogme de la présence réelle au Dieu de l'Eucharistie ; ce qui soutient l'héroïsme de nos Sœurs de charité, c'est la communion fréquente, et, pour ce motif,

les protestants ne produiront jamais une Sœur de Saint-^ cent de Paul. » J'ai rencontré ces jours derniers un évéque des îles Sandwich, je l'ai entendu parler des résulats et des difficultés de sa mission pour les missionnaires: il a confessé que le sort de ses missionnaires est à peu près le même dans les îles que partout ailleurs. Cependant il a signalé une petite industrie qui n'existait pour le moment que dans sa mission. 11 existe, nous a-t-il dit, un fléau dans cette contrée : c'est la lèpre ; elle s'abat sur plus d'un millier de pauvres créatures que le gouvernement a parquées entre une côte et la mer.

Pour maintenir ces infortunés dans les limites qui leur étaient assignées, il fallait leur donner, il fallait leur porter secours, leur procurer les soins exigés par la maladie cruelle et incurable; on a fait appel au dévouement de toutes les religions existantes : les protestants ne se sont pas présentés, les Juifs pas davantage, et pourtant, les bons Juifs, on les trouve dans toutes les industries du monde, aucune ne leur échappe. D'ailleurs ils ont dans les Saints Livres tout ce que Moyse a indiqué pour les soutenir dans ce labeur, car l'affreux mal de la lèpre n'était que trop connu parmi les Hébreux. Eh bien! ce genre d'industrie n'a tenté personne, ou plutôt le catholicisme seul s'est présenté pour atténuer les horribles souffrances des infortunés lépreux ; leur aspect repoussant n'a pas effrayé le P. Damien, qui les a soignés pendant longtemps et qui s'était jeté aux pieds de son évéque pour obtenir la faveur d'aller auprès des lépreux, de devenir lépreux lui-même et de mourir de la lèpre, c*est-à-dire d'être martyr et victime de son dévouement.

Depuis sa mort, l'industrie de soigner les lépreux n'a point passé en d'autres mains qu'en celles des catholiques. L'industrie a fait des progrès; des sœurs se sont dévouées; mais comme le soin de ces héroïques femmes peut avoir quelque incompatibilité auprès des hommes, l'évéque de ces îles revenait en France chercher des Frères pour les soigner afin de laisser les lépreuses aux seules mains des religieuses, et les Frères qui vont repartir avec l'évéque missionnaire sont préparés à cet héroïque labeur par des études sérieuses de médecine pour combattre le redoutable fléau et chercher à guérir

ce mal qui, jusqu'à ce jour, était incurable. O! bienheureux lesmlséricordieux, parce qu'ilsobtiendront miséricorde! C'était «-déjà beaucoup leur promettre que de leur assurer les mîséri- Kordes divines* sur eux; ils obtiennent même plus que le Christ Releur avait promis, car la gloire s'est levée sur le tombeau du P. Damien : un monument a été érigé en son honneur; la voix des plus éloquents orateurs s'est fait entendre au milieu d'une auguste assemblée, et les acclamations ont souvent interrompu ces éloges si bien mérités, car il a enseveli de ses propres mains plus de dix-huit cents lépreux; ce qui ne l'empiîcha pas de transformer cette léproserie en une colonie modèle, digne de servir d'exemple à toutes celles de l'Océan Pacifique, puisqu'à sa mort on y trouva des églises, des écoles, Il orphelinat, un hôpital, des maisons saines et proprettes Sorties de terre: le tout édifié par lui.

Avant son arrivée, la plaine avait beau être verdoyante, la l'égétatioD luxuriante, le ciel pur, les brises de la mer rafraîchissantes, son aspect était celui d'une plage maudite où un pouveau navire apportait tous les huit jours, avec quelques provisions, un nouveau convoi de malheureux séquestrés wur toujours. Mais, depuis le P. Damien. l'enfer d'autrefois, prune transformation morale, est devenu presqu'un paradis 1 fleurit la paix, où de douces joies se font sentir avec le Wyonnement céleste de ces âmes qui triomphent maintenant e leurs flétrissures et de leurs défaillances corporelles. l Dans ce coin de terre maudit, les splendeurs du culte catho- RUe n'y sont plus étrangères. C'est ainsi que dans un joui * Fête-Dieu on vit tous ces infortunés, dont cinq cents sient communié le matin, on les vit escorter U- Dieu Eucha- «que, dans un recueillement profond, Le soleil faisait étinlEr l'or des ornements sacrés, l'encens se mêlait au parfum ' lleurs, et par égard pour tant de membres mutilés qui le ^'"Vaient. le saint prêtre s'avançait à pas lents, et les yeux remplis de larmes, il entendait ces lèvres horribles chanter le '^ftda Sion Salvatorem lauda it'iccm et pastorem.

Êx&ltc dans tes saints cantiques Ton Dieu, ton clief et ton pasteur,

Ces chants mélodieux lui rappelaient le cri des dixlépreuxi^ qui, venant à la rencontre du Christ, lui disaient : Jésus, ^ notre maître, ayez pitié de nous!

Pendant de langues années, le cher exilé volontaire fut le Œ seul exempt de la lèpre au milieu de ce peuple lépreux; la . contagion le respecta longtemps ; mais le moment vint où elle marqua, de son doigt livide, la pieuse victime, et quand un lépreux lui dît un jour: Père, à votre tour .vous êtes frappé; il répondit avec la simplicité de l'apôtre et toute la sérénité d'une itme sacerdotale : Je m'y nttendais, et je peux répéter maintenant avec saint Paul : Je me suis fait lépreux avec les lépreux pour les gagner tous à Jésus-Christ. Mais longtemps encore le saint religieux vécut avec son ennemi, il se prêtait en silence aux ravages de la lèpre, et l'intrépidité de son âme jaillissait plus éclatante de l'effondrement de son corps ; une chose le consolait, c'est que ses pieds tuméfiés lui permettaient de se traîner à l'autel et que ses mains mutilées lui laissaient élever encore Jésus-Hostie vers le ciel; mais enfin, un jour, il tomba pour ne plus se relever et, quinze jours plus tard, il s'éteignait doucement; son martyre était consommé.

Ah! bienheureux les miséricordieux! honneur à la religion qui enfante de tels dévouements; oh I que belle est cette chaîne d'or du sacrifice dont le premier anneau est Jésus de Nazareth ; c'est le regard fixé sur le Christ, sur le divin fondateur du christianisme, que Damien a mûri son héroïque détermination. Ah! chers lecteurs, arrière tous les raisonnements humains et toutes les preuves de la divinité du christianisme ; je n'ai que cette preuve éclatante à vous donner : regardez ce héros, cette victime volontaire de la lèpre, et avant lui François Xavier, Vincent de Paul et tous les grands bienfaiteurs de l'humanité souffrante, et dites-moi comment si Jésus n'est pas Dieu, comment ces héros ont consenti à se sacrifier pour lui dans la personne des pauvres! Ce serait de la folie d'aimer tant ce Juif imposteur et de s'immoler pour son nom. Quel est leur but et quelle sera leur récompense, s'ils ont travaillé pour une fausse divinité? Et ma conclusion est celle-ci : Tous ces dévouements de l'héroïsme le plus pur vous imposent l'obligation de chercher qui de vous ou de nous est dans l'erreur et de

^V Vous demander, la main sur la conscience, si votre aveuglement ^B- n'est pas un entêtement iHogique : car, dit le proverbe, entête- ^^ ment n'est pas science. Je vous en conjure, examinez et, après J examen, répondez. Pendant que vous vous livrerez à de légi- ' liraes réflexions, je m'acquitterai ici d'une dette de reconnaissance envers la Congrégation des Sacrés-Cœurs; je suis son tributaire depuis le premier jour de mon éducation cléricale, /e dois aussi un tribut d'admiration à cette sainte Congréga- ''On. Le mot Sainte lui est applicable à juste titre, car si jappelle l'Eglise catholique la sainte Eglise, parce que Jésus- "-hrist, son chef est saint, etqu'ilya des saints dans sa société, ne nie sera-t-il pas permis d'appeler sainte cette Congrégation lui enfante les Damien et tant d'autres qui ont brillé flans son sein par leurs vertus et qui ont donné des exemples si éclatants de leur héroïsme et de leur sainteté.

Nous ne prétendons pas anticiper sur tes droits de l'Eglise ni devancer l'heure de ses jugements sur les vertus héroïques d.u p. Damien, mais il nous est permis de penser que les acclamations qui ont retenti en Belgique, au jour de l'inauguration de son monument commémoratîf, ne sont que le prélude des acclamations plus solennelles de l'Eglise, lorsque I Rome aura statué sur l'héroïcité des vertus du saint martyr, I ainsi que l'appelait le cardinal Goossens.

^ Je ne sais si, tôt ou tard, la science trouvera le remède pour la guérison de la lèpre. L'immortel Pasteur a bien trouvé moyen de guérir la rage, mais la Providence n'a pas attendu la découverte de M. Pasteur pour secourir les malheureux Iiydrophobes : depuis des siècles les infortunés malades n'avaient qu'à se rendre auprès du tombeau de saint Hubert, et ils y trouvaient une guérison infaillible. Qui pourra dire si, en attendant la découverte du remède de la lèpre, le ciel ne viendra pas au secours des pauvres lépreux qui invoqueront la Mraraisération divine par l'intercession du P. Damien.

La Béatitude de la miséricorde se termine par cette conclusion : Bienheureux sont les miséricordieux, parce qu'ils H "l'tieodront miséricorde! J'ajoute qu'après avoir obtenu misé- ^»lcorde pour eux, ils l'obtiendront aussi pourles autres quand ^Hls n'en auront plus besoin pour eux-mêmes, c'est-à-dire que.

quand ils jouiront de la béatitude céleste, ils useront de leur puissance auprès de Dieu en faveur de ceux qui, encore sur la terre, ont toujours besoin de la commisération divine. C'est pourquoi nous avons le doux espoir que le P. Damieo deviendra, parla miséricorde divine, le protecteur de ceux qui seront atteints de l'affreuse lèpre dont il mourut. Est-ce que nous n'invoquons pas saint Roch dans ce terrible fléau qui s'appelle la peste? Donc, s'il plaît à Dieu de manisfester, par d'éclatants miracles, les vertus héroïques de ce bon religieux et par la voix de l'Eglise de lui faire rendre un culte public, nous le prendrons pour le consolateur et le protecteur céleste de ceux dont il a été, pendant sa vie mortelle, l'insigne bîenfaiteurt le gardien, le père et le médecin. Si l'Eglise a placé sur les autels des saints et des saintes qui ont aimé les lépreux, qui ont embrassé leurs plaies, qui les ont fait monter dans leur lit nuptial pour honorer, dans leurs plaies affreuses, les plaies du divin corps de l'adorable Crucifié, elle a bien le droit, quand l'heure providentielle aura sonné, de rendre les mêr oes honneurs à celui qui s'est fait lépreux et est mort lépreux J pitié pour eux (i). Mais assez sur ce sujet et méditons cette ad parole : Bienheureux les cœurs purs, parce qu'ilsverront Dfl Il avait bien le droit de proclamer l'excellence de la pupj Celui qui avait voulu avoir une vierge pour mère eti disciple vierge dans la personne de saint Jean qui reposa tête.

11 fallait qu'il fut Dieu pour oser proposer une vertu 3 est plutôt la vertu des anges que celle des hommes. Defl

cette divine parole l'étendard de la virginité s'est levé suS

monde et des milliers de vierges au cœur pur sonï devenue» les épouses du Christ, et parfois elles ont empourpré le lys de la virginité dans le sang du martyre pour ne pas trahir leuj serments de fidélité au chaste époux de leur cœur.

Le sacrifice et l'immolation de toutes les jouissances c nelles ne leur ont pas paru suffisants, elles y ont ajouta

r leuH^

lUt^^

(i) A U V JE du moaument c'rjgé 1 Louvain. le Cardinal àa Malines ivoaa qu'à »i feiii -: c'était un coiiiincac«meiit<Iec(nDauatioD. — L'idce a fait du chemin. LitMtaeduP. Dauini ^ >it IVibJct il'uQ culti presque religieux. — Nombre de ËJêl» invoquent le Icpreui de ^ Molokai et 1:1 grâces obtenuei redoublent la cantian» populoire {AnnaltS 4ti S^ri'i-Cirlin.^p- BUiaéro dà jaavier 1896.) Adietier les demaDdis au P. BuBtl, gtind léuioii/e de K«u«B.

I 'dévouement le plus héroïque et la consécration à perpétuité

F '^^ leur existence, soit dans les hôpitaux, soit dans les salles

d'asile de la viellesse et de l'enfance, tantôt sur les champs de

''^taille et tantôt sur les plages lointaines des peuples

sauvagçg

Si Jésus n'est pas Dieu, à quel foyer peut donc s'alimenter '3 flanime des cœurs purs?

Oseriez-vous comparez nos vierges chrétiennes aux vestales de i a ntiquité païenne et trouverez-vous dans le code mosaïque on s^ ul mot d'encouragement à la mise en pratique de cette vertu» angélique? L'état virginal est d'institution divine, et c'est Jésa^ qui le premier est venu le proposer au monde.

To ut est donc divin dans cette nomenclature des béatitudes, inou ïe avant l'apparition du Christ.

fi^vjesont.à côté de ces divines paroles, les oracles de Luther, de CHalvin et de Mahomet! De tous ces novateurs, qui donc, parrrii eux, a purifié le monde comme le Christ l'a purifié en le faisant sortir de la fange immonde de tous les vices de \iiri pureté? Quel autre qu'un Dieu a pu songera proclamer la pureté comme gage de la vision de Dieu: Bienheureux les tœuis purs parce qu'ils verront Dieu? Aussi un disciple de ce uieu de pureté, a pu écrire : Les vierges suivront l'Agneau partout où il ira, en chantant un cantique nouveau. Saluons donc le caractère sacré des vierges, épouses du Christ, saluons 'es non seulement quand elles s'abritent derrière les murs d'un <^loître ou elles s'ensevelissent vivantes comme dans un tombeau, mais encore lorsqu'au milieu d'un monde corrupteur Elles savent échapper à tous les dangers de la corruption, EAi^nsi que le fit Jeanne d'Arc, qui, au milieu de la licence des ^Bamps, sut garder intact le trésor de sa pureté et porter sur son ^■noQt la couronne des vierges jusque dans sa prison et jusque ^BKUr le bûcher où elle cueillit la palme des martyrs. ^B Bienheureux, dit encore le Christ, bienheureux les paci- ^^^ïues parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu! Ah! que ^■rest-«lle entendue de tous ces foudres de guerre, cette parole ^HW paix, et de tous ces fameux conquérants qui ont fait couler ^BB' de larmes en faisant couler tant de sang. Le monde n'esl- ^Bpas assez décimé par les pestes, par les épidémies et parmille

autres fléaux destructeurs de l'humanité souffrante, sans y ajouter la destruction par toutes les horreurs de la guerre. Ah ! que m'importe les lauriers de tous ces grands conquérants qui traînent leurs armées triomphantes à travers le monde quand je vois-couler les larmes de tant de mères qui sont inconsolables parce que la guerre leur a pris leurs fils qu'elles ne reverront plus et qu'à la fleur de l'âge ils ont été moissonnés sur un champ de bataille, et leurs corps jetés dans une fosse commune, sur une plage lointaine. Je sais qu'il y a des guerres défensives, justes et légitimes, mais aussi combien d'autres sont agressives! Honte aux provocateurs qui, pour la sastifaction de leurs folles ambitions, poussent des peuples à se ruer les uns contre les autres et à s'exterminer dans des combats sanglants et meurtriers, surtout a notre époque où la perfection des engins destructeurs est arrivée à son comble.

Enfin : Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice parce que le royaume des cieux est à eux! Voilà une béatitude proclamée fort à propos, car les temps étaient proches où le sang allait couler à grands flots pour le nom du Christ et Celui qui était Dieu, et qui, à ce titre, lisant dans l'avenir, savait bien que le courage de ses fidèles athlètes avait besoin d'être soutenu par une parole réconfortante. L'ère sanglante du martyre était sur le point de s'ouvrir, et personne ne pouvait prévoir, à moins d'être Dieu, que dix-huit millions de martyrs pendant trois siècles devraient confesser le nom de Jésus.

Dix persécutions plus ou moins sanguinaires ont ensanglanté la terre par l'immolation de tous ces chrétiens qui montèrent courageusement sur les échafauds et ne marchandèrent pas leur sang, au milieu des plus atroces supplices, à ce Jésus qui avait commencé par donner sa vie entre les bras d'une croix.

Celui qui devait accorder son royaume au coupable repet tant qui souffrait sur une autre croix dressée à côté de la sienne, pouvait bien promettre ce même royaume à tous ces pauvres persécutés qui n'auraient d'autre crime que celui d'aimer un Dieu fait homme, mort sur un gibet infâme.

Eh bien ! chers lecteurs, après cette béatitude et les

■as^

autres qui la précèdent, laissez-moi vous dire : Que vous en semble? Ce Jésus est-il vraiment Dieu, à n'en juger que par la seule doctrine des huit béatitudes? Jamais homme a-t-il parlé comme cet homme? Me ferez-vous un crime de le proclamer un Dieu, car il est évident qu'un pur homme avec rintelligence même d'un génie, n'aurait pu inventer une pareille doctrine. Déchirez toutes les pages du saint Evangile, si vous le voulez, mais respectez celle-là, car elle n'est pas le produit d'une conception humaine; et alors convenez-en avec loyauté et franc;hise, convenez qu'elle est divine, et que celui à qui nous l'attribuons depuis dix-huit siècles est véritablement Dieu.

Page 1