CHAPITRE I
ClUELLE ÉPOaUE LA NATION JUIVE TOUT ENTIÈRE EMDRASSERA- T-ELLE LE CHRISTIANISME?
Chers lecteurs, je joue cartes sur table et je commence par vous avouer que je n'ai pas la prétention de convertir votre nation. Je ne me crois pas plus habile que votre compatriote saint Paul.
L'heure bénie de la conversion en masse du peuple juif est retardée à la fm des temps. Elle est connue de Dieu, et il n'appartient à personne de devancer cette heure solennelle. Le sentiment que j'exprime doit être appuyé sur des autorités graves.
Laissez-moi donc vous dire ce que pensait Bossuet sur cette importante question; il confirme nos sentiments par des citations que je ne passerai pas sous silence.
Le grand évèque de Meaux, donnant ses leçons au Dauphin de la France, disait à son royal élève, dans son immortel discours de VHistoire universelle, que « l'Eglise de Jésus- Christ, établie premièrement parmi les Juifs, avait reçu enfin les Gentils pour faire avec eux un même arbre, un même corps, un même peuple, et les rendre participants de ses grâces et de ses promesses, i-
Ce qui arrive plus tard aux Juifs incrédules sous Vespasien et sous Tite ne regarde pfus la suite du peuple de Dieu. C'est un châtiment des rebelles qui, par leur infidélité envers la semence promise à Abraham et à David, ne sont plus Juifs, ni fils d'Abraham que selon la chair, et renoncent à la promesse par laquelle les nations devaient être bénies.
Aussi, cette épouvantable désolation des Juifs n'est pluÉ une transmigration comme celle de Babylone ; le nouveaa peuple n'est pas transporté, il s'étend et se dilate sans inter-^ ruption, depuis Jérusalem où il devait naître, jusqu'aux extrémités de la terre. Les Gentils, agrégés aux Juifs, deviennent^
dorénavant les vrais Juifs. le vrai royaume de Juda, opposé à cet ISRAËL SCIIISMATIQUE et retranché du peuple de Dieu, le vrai royaume de David, par l'obéissance qu'ils rendent aux Lois et à l'Evangile de Jésus-Christ, fils de David... Mais comme les JUIFS DOIVENT RHVENIR UN JOUR A CE MESSIE QU'ILS ONT MÉCONNU, ET QUE LE DIEU D'ABRAHAM N'A PAS ENCORE ÉPUISÉ SES MISÉRICORDES SUR LA RACE, QUOIQUE INFIDÈLE, DE CE PATRIARCHE, ila trouvé un moyen dont il n'y a dans le monde que ce seul exemple, de conserver les Juifs hors de leur pays et dans leur ruine, plus longtemps même que les peuples qui les ont vaincus; on ne voit plus aucun reste de leurs vainqueurs. La trace s'en est perdue, et ils sont confondus avec d'autres peuples. Les Juifs qui ont été la proie de ces anciennes nations si célèbres dans les histoires, leur ont survécu ; et Dieu, en les conservant, nous tient en attente de ce qu'il veut faire encore des malheureux restes d'un peuple autrefois si favorisé. Leur endurcissement sert à notre salut et nous donne cet avantage de trouver en des mains non suspectes les Ecritures qui ont prédit Jésus-Christ et ses mys-
Voilà le sentiment du grand Bossuet, mais de peur que son Sutorité ne soit pas suffisante, il corrobore sa croyance par les enseignements de saint Paul, ce juif étonnant et converti par un coup de foudre sur le chemin de Damas. Ecoutons l*ApÔtre des nations : v Les Juifs sont-ils donc tombés pour ne se relever jamais? A Dieu ne plaise. Mais leur chute a donné occasion au salut des Gentils, afin que le salut des Gentils leur causât une émulation qui les fit rentrer en euxmêmes. » « Que si leur chute a été la richesse des Gentils, et leur amoindrissement la richesse du monde, qu'adviendra-t-il
te leur retour en masse (à la foi du Christ)... Si leur perte (a té l'occasion) de la réconciliation du monde, leur relèvement era une résurrection d'entre les morts. > Si la fine fleur de ce peuple est sainte, la masse l'est aussi ; ï sa racine est sainte, les rameaux le sont aussi. Quelquesanes des branches, il est vrai, ont été brisées, et toi qui n'étais qu'un olivier sauvage, tu as été enté parmi celles qui sont
demeurées sur l'olivier franc et tu es uni à la racine et à la sève de cette olive. II ne faut pas pour cela te glorifier en
insultant aux branches; et pourquoi te glorifier? tu ne portes pas la racine, et c'est elle qui te porte.
Si tous les adversaires des Juifs étaient pénétrés des paroles de saint Paul, sentiraient-ils bouillonner dans leur cœur, tant de rage et de fureur, contre ces aveugles dont l'aveuglement a été la source de leur bonheur et de leur richesse spirituels? Ils devraient, au contraire, trembler de déchoir de leur élévation, ^ car si Dieu n'a point épargné les branches naturelles, pourquoi épargnerait-il davantage des branches sauvages entachées d'orgueil? »
Mais, avec saint Paul, revenons aux Juifs. « S'ils ne demeurent pas dans leur incrédulité, ils seront (de nouveau) entés, car Dieu est assez puissant pour les enter encore; or si vous avez été coupés de l'olivier sauvage pour être entés contre nature sur l'olivier franc, à combien plus forte raison ceux qui sont les branches naturelles de l'olivier même serontils entés sur leur propre tronc. Après quoi tout Israël sera sauvé »
Par ces paroles, nous voyons clairement qu'après la conversion des Gentils, le Sauveur, que Sîon, avait méconnu et que les enfants de Jacob avaient rejeté, se tournera vers eux, effacera leurs péchés, et leur rendra l'intelligence des prophéties, qu'ils auront perdue durant un long temps, pour passer successivement et de main en main dans toute la postérité.
Ainsi les Juifs reviendront un jour, et ils reviendront pour ne plus s'égarer jamais ; car ils sont toujours chers au cœur de Dieu à cause de leurs pères, et les dons du ciel sont sans repentance.
Par ce profond et divin conseil, les Juifs subsistent toujours au milieu des nations, où ils sont dispersés et captifs; mais ils subsistent avec le caractère de leur réprobation, déchus visiblement de leur ancienne splendeur, bannis de leur terre natale et originaire, mais toujours dignes de notre admiration et de notre commisération, parce que Dieu les attend comme le père de l'enfant prodigue attendait son fils, pour les réha-
biliter et leur rendre une nouvelle robe d'innocence, au jour où ils s'écrieront : Stirgam et ibo ad Patrem: Levons-nous et allons à Jésus.
Oui, venez à Jésus, car lui seul peut vous reconduire, comme par la main, vers votre ancienne patrie, dans sa capitale, Jérusalem, objet de vos vœux, de vos désirs et de vos espérances, et reconstituer le royaume d'Israël que vous avez perdu, mais qui vous sera rendu lorsque vous aurez confessé celui que vous avez renié. Je comprends vos aspirations, car moi qui ne suis pas Juif par ma naissance, il me semble que voir Jérusalem et mourir serait la joie la plus douce pour mon cœur sacerdotal.
Nous ne sommes peut-être pas loin de ce retour en masse de la nation juive au catholicisme, préparée par une ligue de prières inaugurée depuis un demi-siècle par un célèbre converti juif dont nous raconterons la conversion inespérée, M. Alphonse Ratisbonne. et qui, dans le but de hâter la conversion de ses anciens coreligionnaires, a fondé deux congrégations religieuses, l'une d'hommes et l'autre de femmes, sous le patronage de Notre-Dame de Sion.
A la page 190 de la Semaine Religieuse de Rouen, année 1885, nous lisons un document assez consolant sur cette grave question.
€ Une secte nouvelle dont l'idée capitale est de se rapprocher de Jésus-Christ se forme dans la Pologne russe et autrichienne; le gouvernement russe la favorise et l'a autorisée à établir, à Kischenew, une synagogue qui a été solennellement inaugurée le 5 janvier 1885. »
Ces novateurs juifs veulent relever la condition actuelle, morale et matérielle de leurs frères par une profonde réforme intérieure et une résurrection spirituelle qui leur fasse aimer la vérité et haïr le mal. Ils ont cherché un guide expérimenté et ils le trouvent en Jésus de Nazareth, celui-là même qui a été crucifié à Jérusalem avant la destruction de leur dernier temple.
La secte compte déjà plusieurs centaines de familles juives. Ce qui donne de l'importance au mouvement, c'est qu'il part du groupe hébreu slave, le plus important de ce cher peuple
dispersé, et qui ne compte pas moins de quatre millions quarante-sept mille Juifs.
Et c'est ici ta place de redire une citation que nous avons déjà faite, dans notre mission pédagogique du Bienheureux de La Salle, qui affirme aux Juifs nos espérances et nos désirs pour leur conversion, appuyés sur ce texte de nos Saints Livres qui sont aussi les leurs : Cum nitravcrit pîenitudo gentium, tune omnis Israël salvtts erit: Lorsque Jésus-Christ aura appelé toutes les nations à son divin bercail, alors tout Israël sera sauvé.
Comment donc ne pas espérer que ces pauvres égarés, preuve manifeste et perpétuelle du doigt de Dieu qui les a touchés depuis dix-huit siècles, ne rentreront pas un jour dans le giron de l'Eglise vers la fin des temps ; ils ont été les premiers, ils seront les derniers sujets de la miséricordieuse bonté de Jésus; mais, en attendant leur conversion totale et définitive, il se fait parmi eux, à travers les siècles et dans le nôtre en particulier, d'étonnantes conversions.
Le bon Pasteur fait entrer, dans son divin bercail, des brebis privilégiées qu'il touche de sa grâce et qui se font honneur et gloire de marcher sur les traces de ce sublime apôtre des nations qui s'appela saint Paul, et qui un des premiers quitta le judaïsme, pour devenir un des plus ardents prédicateurs du christianisme, et par là briller au firmament de l'Eglise comme un des plus beaux astres que le Christ ait attaché au ciel que nous contemplons; et, chose admirable, la plupart de cesjuifs modernes qui se convertissent font des prodiges qui étonnent le monde. Ne soyez donc plus surpris, chers lecteurs, de notre admiration intime et profonde pour ces élus de Dieu qui, sortant des rangs ennemis, viennent prendre une part glorieuse dans nos combats et une place honorable dans l'armée des prédicateurs du saint Evangile, et puisque la Providence a encore ses élus parmi cette race maudite, nous ne devons pas les maudire, caria malédiction comme la vengeance n'appartient qu'à Dieu.
Le mal qu'ils nous font, n'est pas plus grand que celui qu'ils ont fait à Notre-Seigneur, qui jusque dans les bras de la moi
s'est écrié : <- O Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. »
Et si telle est déjà notre admiration pour ce peuple en face des conversions partielles qui se font en ces temps malheureux et troublés, quelle devra être celle que le monde chrétien éprouvera lorsque le peuple juif se convertira en masse. Empruntons le langage dU prophète Isaïe, chapitre lx, pour dépeindre les splendeurs futures des Juifs convertis : « Vous rentrerez dans Jérusalem, et lorsque vous en aurez repris possession, toutes les nations viendront s'éclairer du nouvel éclat dont brillera votre ancienne capitale. Surge ilîuminare Jérusalem : Ambuîabunt gentds in lumiiit' tiiû. Les rois euxmêmes voudront jouir de la splendeur de votre résurrection et de votre seconde naissance : et regcs: in splcndore oi-tus tiii ; et ils vous apporteront plus d'or que vous n'en avez jamais acquis : Aurum et tbus déférentes, argcntum et aurUm ctim eis. »
L'interprétation de ces textes ne détruit en rien l'application que l'Eglise en fait à l'adoration de Jésus par les Mages,
Et le prophète continue: « Ah! mon peuple, j'ai été en colère contre toi, et dans mon indignation je t"ai frappé, mais maintenant je vais te prendre en pitié et me réconcilier avec toi : in reconciliatione mea, miscrtus Sion tui. »
Courage donc, chers lecteurs, le mépris et l'opprobre qui s'attachent à votre race auront un terme. Les peuples se feront honneur et gloire de vous servir. Les descendants de ceux qui vous auront humiliés se prosterneront devant vous, vos contempteurs adoreront les vestiges de vos pieds. Et toi, 6 Jérusalem, les nations t'appelleront la cité du Seigneur, la Sion du saint d'Israël, et parce que tu as été abandonnée et exposée à la haine publique, je te placerai dans une gloire qui traversera les siècles et dans une joie qui se perpétuera de génération en génération, et alors tu reconnaîtras que je suis ton Sauveur, ton Rédempteur et le fort de Jacob. Je ferai toutes ces merveilles quand les temps seront venus. O Juifs qui me lisez, il dépend donc de vous de hâter ces temps si i désirés.