‹ Pour et contre les JuifsChapitre 38 sur 55 · JUDAS ET LA PRISE DE JESUS · texte numérisé non relu

JUDAS ET LA PRISE DE JESUS

On nous a demandé si en écrivant pour les Juifs nous n'irions

pas jusqu'à faire Toraison funèbre ou le panégyrique du traître Judas. Et pourquoi pas? Sans doute la trahison est un crime auquel nousne devons pas applaudir; mais, après nos réserves sur cet acte abominable et sur le vice d'avarice qui poussa Judas à violer les lois de la plus sainte amitié, il nous sera bien permis de rechercher en quoi Judas peut servir la cause que nous défendons.

Le traître %vait été choisi par Jésus et élevé aux honneurs du plus sublime apostolat. Plus élevé que Lucifer, l'ange des lumières. Judas est tombé plus bas que ce prince des ténèbres. En compagnie du Sauveur et de ses collègues dans l"apostolat, comme eux il faisait des miracles, il avait même obtenu un poste de confiance, car il portait la bourse du Collège apostolique. Est-ce que tout cela ne prouve pas que Judas jouissait de quelques mérites qui en auraient fait un ouvrier évangé- ''«l"ue accompli? Comment expliquer son étrange aberration de livrer, pour une misérable somme de trente deniers. Celui dont il avait vu les miracles et dont il avait entendu procla- '^"^er la Divinité ! Son infâme trahison est sans excuse, mais *ltii nous empêche de croire que Judas s'est trompé dans les petits calculs de son avarice? Il avait peut-être pensé que *-^eliii qui s'était soustrait aux Juifs quand ils voulaient le l^F*îder ou le prendre pour le faire Roi, saurait bien employer ^3. ^vertu divine pour échapper encore à leurs mains quand il Is leur aurait livré, et il s'était peut-être dit : Quand j'aurai **ï^ci n argent, tantpis pour les Juifs si Jésus leur échappe. Aussi '^'^tr-il s'applaudir de son pacte qui l'avait rendu possesseur de '■'^^Tite pièces d'argent, lorsqu'au moment de se saisir de Jésus " ~v-it que son maître les terrassait tous par un acte de sa touteî'^issance. En effet, on connaît l'effroi produit sur cette troupe

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de gens armés d'épées et de bâtons par une seule parole de Jésus. En les voyant venir, au lieu de prendre la fuite, le Christ s'avança vers eux et leur demanda : Qui chercheivous? Jésus de Nazareth, répondirent-ils; et il leur dit : C'est moi! A ce mot, ils reculèrent et tombèrent à la renverse. Jésus parle et se fait connaître lui-même et sa parole est foudroyante, car tous ses ennemis sont à terre.

Vraiment si Jésus est pris par cette soldatesque, c'est qu'il le voudra bien, puisqu'il peut les terrifier tout le temps nécessaire pour fuir loin d'eux (i).

Mais non, il reste là et il demande encore une fois à ce* hommes terrifiés, immobilisés : Qui cherchez-vous? Je voit "^ l'ai dit, c'est moi ! Si donc c'est moi que vous cherchez, laisse^ aller ceux-ci, pour que. selon la prophétie, aucun de ceux qo^^ vous m'avez donné ne soit perdu. Entendez-vous comme i>commande en maître et avec quelle autorité il s'adresse à se^^ ennemis.

Mais il va leur faire sentir autre chose que sa puissance, il va leur donner une preuve de sa tendresse et de sa honte.

Le fougueux Pierre se sert de son épée et au premier coup qu'il frappe il coupe l'oreille droite de Malchus, qui était serviteur du grand-prêtre. Or Jésus ne se contente pas de modérer l'ardeur de son disciple en lui ordonnant de remettre son épée dans le fourreau, mais il touche l'oreille de ce serviteur blessé et il la guérit. O Maître I O Seigneur I O Dieu vraiment débonnaire, je comprends l'exercice de votre puissance sur des malades qui vous implorent ; mais ici, c'est un adversaire, il en veut à votre liberté et je puis dire à votre dignité, car vous le savez bien, tout à l'heure quand vous parlerez devant son maître, en reconnaissance de ce prodige il vous donnera un soufflet : Ne deviez-vous pas au moins le laisser partir avec sa blessure sans vous épuiser à le guérir. Tels peuvent être les sentiments du cœur humain, mais tels ne sont pas les sentiments d'un cœur divin. Et puis l'oreille droite est l'image de la surdité de votre peuple, que vous gué-

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^^1 rirez un jour avec la même facilité que Toreille de Malchus" ^^1 car. un jour, vous rendrez l'ouïe aux Juifs, leurs oreilles fer- ^^V méesà la voix de la vérité s'ouvriront et ils entendront la voix véritable de ce Messie que maintenant ils refusent d'entendre. Ah! que d'oreilles juives vous guérissez. Ce miracle se renouvelleàchaque conversion juive qui se réalise. Guérissez-en beaucoup, Seigneur Jésus, à la lecture de ces pages, et montrez que la puissance de votre bras n'est pas raccourcie, touchez beaucoup d'oreilles, car chacune de celles que vous toucherez sera guérie Amen. Amen. Amen.

C'est encore le moment de répéter à mes lecteurs : Si vous entendez la voix du Seigneur n'endurcissez pas vos cœurs, car souvent Dieu parle par sa grâce, mais le cœur résiste à la voix divine. Jésus parle à Paul sur le chemin de Damas et Paul écoute ; la même voix retentit aux oreilles de la troupe du jardin des Oliviers et ces oreilles restent fermées. Paul est terrassé 3 la voix de Jésus; les soldats sont renversés à la réponse de /ésusqui leur dit: £go s um. c'est moi. Et Paul se convertit et les t Soldats ne se convertissent pas. Paul courait à bride abattue Pour enchaîner les chrétiens, elles soldats venaient, portant '^es lieos, pour enchaîner Jésus,

Ici des liens, là des liens, ici une voix et là une voix, ici *^ne persécution et là une persécution et dans les deux cas la P'^issance que le Christ déploie est la même, les remèdes sont ' ^s mêmes, mais les résultats sont différents.

Paul tombé aveugle et converti par ce miracle, employa ce '^^ême moyen sur un Juif magicien qui empêchait un proconsul d'embrasser la foi; il lui dit d'abord : O homme plein de '^U se et de tromperie, enfant du démon, ennemi de toute jus- *ice, ne cesserez-vous jamais de pervertir les voies droites du Seigneur! Puis il ajouta : La main de Dieu est sur vous, vous ^llez devenir aveugle et vous ne verrez pas le soleil pendant ^n certain temps. Ce miracle convertit le proconsul qui trouva ^^ doctrine de l'Evangile digne de son admiration, mais le 'ïiagicien demeura insensible et résista à la puissance de ce Miracle.

■ Et maintenant retournons au jardin des Oliviers. Or, pendant ■-'tout ce temps, qu'avait fait Judas? Il avait rempli sa petite com-

mission et parfaitement exécuté le signal convenu ; il s'étaîr avancé vers Jésus et lui avait dit : Maître, je vous salue ! et il l'avait embrassé, et Jésus, en acceptant cet infernal baiser, lui avait dit ; Qu'ètes-vous venu faire ici? Quoi ! vous trahissez le Fils de l'Homme par un baiser? O paroles ineffables de tendresse et d'amour, ne sens-tu pas, ô Judas, que celui qui te parle pouvait te foudroyer, mais, au lieu de le faire, il t'adresse une dernière objurgation. Ah ! si ton cœur n'avait pas été vendu au démon, tu serais tombé aux genoux de ton maître en lui demandant pardon et il t'aurait pardonné, et, après son pardon, tu n'aurais plus songé à cet infernal projet qui va bientôt couper le fil de tes jours et te faire tomber non plus dans les bras de sa miséricorde, mais dans ceux de son inexorable justice. O Judas, ton plan avait été bien combiné, le voilà couronné de succès. Ton maître est garrotté, on l'emmène devant les tribunaux. L'heure de la puissance des ténèbres a sonné. L'enfer triomphe : Satan tressaille d'allégresse ; mais sa joie et son triomphe seront de courte durée.

La fin malheureuse de Judas doit exciter notre pitié. Nous devons nous attrister sur cette trahison, mais ne pleurons pas tant sur la victime que sur le traître. La victime a sauvé le monde et le traître a perdu son âme. Gémissons sur le sort de Judas, carie divin Maître a pleuré sur lui. Jésus, nous dit saint Jean, se troubla en son esprit et il dit ; En vérité, UN de vous me trahira. C'est la victime qui pleure surle coupable, elle pleure en le voyant tomber de son illustre rang ; car elle l'avait instruit par les conseils de sa sagesse divine, lui avait accordé l'empire sur les démons, lui avait lavé les pieds et pendant la dernière Cène lui avait livré son corps et son sang qu'il venait de vend pour quelques pièces d'argent.

Quand Judas vit la tournure inattendue du procès inteDW Jésus, il commença à regretter son forfait.

Au lieu d'échapper à ses persécuteurs, Jésus se laissa accuser, tlageller, couronner d'épines. Quand le procès paraît à peu près perdu pour la victime. Judas se repent et s'empresse s de donner des marques du plus accentué et du plus sincère^^ repentir; il se dirige vers les prlncesdes prêtres et leurconfesse^ son crime en disant : J'ai péché en livrant le sang du Juste. 11^

11 ère ndre

répondirent : C'est ton affaire et non !a nôtre. Cette confession tardive du -traître ne changea rien aux dispositions de juges aussi iniques, mais dans les desseins providentiels elle est d'une portée incalculable.

Le cœur des juges resta insensible à cette déclaration : J'ai I péché en livrant le sang de l'inijocent. Mais le cœur qui n'est I point aveuglé par la passion se dira ; Ce Jésus n'est donc Lpoint un coupable ordinaire, puisque celui qui l'a livré à ses ■ bourreaux a proclamé son innocence, a rapporté le fruit de Bson crime et, quand il a vu que tout espoir était perdu, il a jeté l'argent dans le temple.

Remarquons que Judas se repent lorsque son crime est consommé et qu'il a produit tous ses effets. Judas dans son acte de repentir fit fausse route. Ce n'était pas devant les bourreaux qu'il devait se présenter, mais devant leur victime. A lui comme à Pierre, Jésus eut tout pardonné.

le démon qui, dans sa ruse infernale, lui avait dissimulé 'a grandeur de sa faute avant de la commettre, sut lui en grossir rénormité après qu'elle fut commise. De là le désespoir dans lequel Judas tomba, et la résolution qui s'en ^Liivit d'aller se pendre.

Mais les princes dés prêtres refusent cet argent et.-après délibération, ils achètent un lieu de sépulture pour les étran- 8^rs qui reçut le nom à'Haceldania ou Champ du sang. En '^^'a ils oubliaient qu'ils accomplissaient la parole du prophète : « Us ont reçu les trente pièces d'argent pour en H^filleter le champ d'un potier. » Le prix du plus grand forfait HP'^vit à la réalisation d'un bienfait. La mise à prix du Sauveur ^^P'"Ocure un champ de repos aux étrangers : Ce champ repré- ^^nte le genre humain et le potier est la figure du Créateur, *î^i a formé du limon de la terre les vases corporels de nos orties. Dans ce champ, qui est le prix du sang, viendront ^"Sposer les étrangers, c'est-à-dire les Gentils qui sont appelés »^ profiter de la mort du Sauveur.

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