‹ Pour et contre les JuifsChapitre 39 sur 55 · PROCÈS DE JÉSUS · texte numérisé non relu

PROCÈS DE JÉSUS

Le procès de Jésus ne fait pas grand honneur à la magistra ture des Juifs : On promène te Christ de tribunal en tribunal et aucun n'ose prendre la responsabilité d'une condamnation ' Les dépositions des témoins sont pleines de contradictions e pas une ne fournit un prétexte plausible contre l'accusé: o plutôt, attendez! Voici deux témoins qui s'accordent, c'est-ë dire qui répètent une parole que Notre-Seigneur avait profe rée : Je puis détruire le temple de Dieu et le rebâtir en tro jours. Cette parole ne méritait pas la peine capitale, il fall» attendre et voir si un homme seul pouvait démolir et rebâta en trois jours, un temple de la taille de celui de Jérusale* Du reste, le faux témoignage était flagrant, car Jésus n'ava pasdit: Jepuis détruire, mais il avait dit : Détruisez ce t^p or il parlait ici de son corps et il avait affirmé qu'il ne dont: rait de signe à cette génération que celui de Jonas. Or, sait que ce prophète fut enfermé trois jours dans le ven.1 d'un grand poisson d'où il sortit vivant; et c'était te grai miracle que Jésus devait produire, il devait, le troisième jota sortir vivant de son sépulcre. Eh bien, puisque le nom « Jojias est invoqué dans ce procès, permettez une digressic^ sur la différence du procès intenté à Jonas et celui que Jésu; eut à subir.

Vous connaissez l'histoire de ce prophète : A peine est — monté sur le vaisseau que la mer soulève ses flots et atnor' celle ses vagues, elle a reconnu ce fugitif et alors elle gronde mugit et menace les matelots de les engloutir s'ils ne lu livrent le coupable. Le pilote s'était approché de Jonas et lu avait dit ; Lève-toi et invoque ton Seigneur et ton Dieu. So ■ expérience lui indiquait que ce n'était pas une tempête ord: naire, on jeta le sort et le sort montra le coupable en tombac sur Jonas. Alors il dit aux matelots ; Prenez-moi et me jet*

dans la mer. Néanmoins on ne le précipite pas sur-le-champ danstes Ûots.

Traasformant le navire en tribunal, au milieu de ce fracas el de ce bouleversement horrible, on permit au criminel de prendre sa défense. L'instruction fut ouverte avec autant de soin que s'il eut fallu rendre un compte rigoureux de la sentence qu'elle devait amener.

Quelle est votre condition? lui demande-t-on. D'oîi venezvous? Où allez-vous? Où êtes-vous né? etc. Quoique ta mer l'accusât de sa voix tonnante, quoique le sort l'eût désigné, ' malgré les mugissements de l'une et le témoignage formel de l'aulre, on ne prononce pas encore d'arrêt. De m5me que, dans uae cause régulière, après avoir entendu l'accusation, après la déposition des témoins, après que les preuves et les indices de la culpabilité ont été produits, les juges attendent cependant pour porter leur sentence que l'accusé ait confessé son crime; de même ces matelots ignorants et barbares observent la marche de la justice et cela en face du plus terrible danger, lis essaient même de le soustraire à la mort, en lui faisant regagner la terre: mais les vagues les en empêchent, alors ils s'écrient : Nous vous prions. Seigneur, pour que la" mort de •^et homme nous sauve et ne faites pas retomber sur nous le sang innocent.

Tels ne furent pas les tribunaux où Jésus fut traîné, Les

princes des prêtres ameutèrent le peuple contre l'innocent

lUand on le compara à Barabbas. Les clameurs de la foule

"•evinrent plus bruyantes que celle d'une mer eu furie, les

^^gues populaires de Jérusalem furent plus mugissantes que

'^s flots courroucés de l'Océan, et, au lieu d'imiter les matelots

5i*i craignaient que le sang de Jonas retombât sur eux. les

Juifs demandèrent que le sang de Jésus retombât sur eux et

^^r leurs enfants. O fureur aveugle! C'était bien assez que ce

*^"g retombât sur les auteurs du déicide, sans demander

'■'-*nime une faveur qu'il retombât sur toute la postérité.

A. défaut de témoins, dont Caïphe jugeait la déposition IsigniCante, ce grand-prêtre cherche à surprendre l'accusé *rts ses réponses; il se lève et lui dit : Vous ne répondez '^lï à ce qu'ils déposent contre vous. Mais Jésus se taisait.

Ce silence ne faisait pas l'affaire de Caïphe qui l'adjure, nom du Dieu vivant, de dire s'il est le Christ, Fils de Dieu. La question est nettement posée, elle entre en plein dans le cœur du procès qui n'avait pas d'autre cause. Il fallait en finir et savoir si oui ou non il était Dieu, Or, avec sa prescience divine, Jésus connaissait toute la portée de sa réponse, et d'ailleurs c'est au nom du Dieu vivant qu'il est interrogé, alors la réponse ne se fera pas longtemps attendre.

Vous l'avez dit, je le suis! Ah, Seigneur, c'c^t votre sentence que vous prononcez. Ce juge inique va en profiter, au nom de la loi de Moyse, pour vous condamner; mais qu'importe au Christ, dont la mort va être le salut du monde: pour mieux accentuer sa réponse il ajoute : Je vous déclare que vous verrez un jour le Fils de l'Homme assis à la droite de la majesté de Dieu, qui viendra sur les nuées du ciel. Alors le grand-prêtre déchira ses vêtements; tu fais bien, ô Caïphe ! de déchirer tes habits sacerdotaux, car ton pontificat est bien fini. Jésus vient de créer des prêtres nouveaux qui offriront un sacrifice, non plus de boucs et de taurea' mais d'une victime sainte, sans tache et divine. Leurs sa( fîces ne seront plus sanglants, car ils immoleront un Dii s'offrant à un Dieu et ils ne distribueront plus des chairs palpitantes et ensanglantées, mais un pain que nous appelons le Pain des Anges, et un vin qui fera germer des vierges.

Au paroxysme de la colère et de .la fureur, il s'écrie : Il a blasphémé; qu'avons nous besoins de témoins; vous venez d'entendre vous même le blasphème; que vous en semble?

Proclamer le blasphème, sous une loi qui punissait de mort les blasphémateurs, c'était dicter la sentence. Tous répondirent^ 11 est digne de mort. Or devant un condamné à mort, respect s'impose, et, jusqu'à l'exécution de la sentence, entoure le criminel des marques d'une respectueuse commis ration. En fut-il ainsi après ce cri de mort, on lui cracha au visage; on le frappa à coups de poing, on lui donna des soufflets et toute la nuit ne fut qu'une série d'insultes, de moquerii et de mauvais traitements.

Mais, dès le lendemain matin, le grand conseil des Juifs Sanhédrin} s'assembla ; il était composé des anciens du peu;

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des princes des prêtres et de plusieurs scribes; assemblée auguste et majestueuse, si elle n'avait pas été aveuglée par la haine, fenvie et la jalousie.

La sentence contre Jésus commençait à prendre une tournure et une forme légale si elle avait été dictée par la conscience, la justice et la religion.

Ceux qui voudraient justifier la mort de Jésus, parce qu'elle fut résolue dans cette imposante assemblée, avant d'être prononcée par Pilate, devraient bien rechercher la procédure dont on usa dans cette arène de la justice judaïque. On lui demanda, avec des apparences de modération, de bien préciser sa qualité : Si tu es le Christ, dis-nous-le! Et Notre-Seigneur deleur répondre : Si je vous le dis vous ne me croirez pas. Tous lui dirent : Vous êtes donc le fils de Dieu? — Oui ! je le suis. ^ cette réponse, leur conclusion fut la même que celle de Caïphc: car ils dirent : Qu'avons nous besoin d'autre témoignage! Mais vouliez-vous qu'il dise non et devienne un men- ■teur. Le mensonge se rencontre chez le père du mensonge, mais il n'existe pas dans la divinité.

Toutefois ils n'osèrent pas le condamner eux-mêmes et ils chargèrent Pilate de ce soin, en le conduisant devant le tribunal du gouverneur, où ils débitèrent contre lui une foule de fausses accusations : mais, avant d'aller plus loin, il serait curieux et intéressant d'examiner un petit document que nous ne garantissons pas comme historique et officiel, mais qui indique que la majorité du Sanhédrin n'était pas contre Jésus. Quelques-uns d'entre eux auraient voulu le sauver. Commençons par l'avis du grand-prêtre.

On sait que Caïphe avait dit; Vous n'y entendez rien et vous ne considérez pas qu'il vous est avantageux qu'un seul homme meure pour le peuple et que toute la nation ne périsse pas. — Ce témoignage est authentique, les suivants ne sont revêtus que d'un caractère de probabilité historique ou de tradition.

Joram représenté à droite a dit: Pourquoi condamnerionsnous ce juste? Et Nicodème à gauche de Caïphe dit : Notre loi permet-elle de condamner personne sans l'avoir entendu auparavant et sans s'être informé de ses actions?

Revenons à toutes les voix de droite, Ptolotnée demand Pourquoi pardonner si longtemps? que ne le condamnons nous pas? Sareas criait : Otez-le, ôtez-le du monde I Mais Josapbat voulait qu'il fut condamné à une prison perpétuelle. Diarablas pensait : que, pour avoir excité le peuple, il était digne d« mort. Sabinti exprimait ainsi son suffrage ; Qu'il soit juste ou injuste, parce qu'il n'observe pas la loi de nos pères, il faut qu'il meure. Samecil croyait : qu'il fallait le punir pour qu'il ne prêche plus à l'avenir contre nous. Achias affirmait : qu'on ne condamnait jamais à mort quelqu'un sans l'avoir entendu. — Repassons à gauche, Pothiphar voulait : que cet homme soit, comme séducteur, expulsé du pays. Ehierin disait : Qu'il soit pieux ou non pour avoir excité le peuple par sa prédication il faut qu'il meure. Riphar prétendait : qu'on lui fasse d'abord confesser son crime et qu'on le châtie ensuite. Rosmophin s'écriait : A quoi bon les lois, si on ne les observe pas? C'est alors que Simon le lépreux demandait : Qu'est-ce qu'un rebelle mérite suivant la loi? et Raban de répliquer : Nous avons une loi et selon notre loi il doit mourir. Mais Subat répliquait : Les lois ne condamnent personne à mort sans juste cause. Mesa tranchait ainsi la question : S'il est innocent écoutons-le, s'il est coupable chassons-le. Et Joseph d'Aiimathie concluait par cette sentence : Ce serait une honte si personne ne défendait cet innocent. Enfin on sait comment Pilate termina ce procès, il se lava les mains en disant : Je suis innocent du sang de ce juste! Pauvre et lâche Pilate, pour être innocent il ne fallait pas l'abandonner à une cruelle et injuste flagellation et le livrer à des tigres qui mirent son corps en lambeaux et n'épargnèrent pas la plus petite partie de son adorable personne. Ton nom est livré à la réprobation du genre humain par l'éternel Crcrfo, et, jusqu'au dernier jour du monde, on répétera : Je crois en Jésus- Christ qui a soulTert sous Ponce Pilate et qui a été crucifié.

Après examen des différentes réponses du Sanhédrin que conclurez-vous, lecteurs? Ajoutez votre voix pour le condamner ou bien demandez la révision de cet injuste et déloyal procès et si cet examen n'obtient pas la révision dans l'esprit de votre race entière, peu importe, pourvu que cette révisioo

se fasse dans votre esprit, car alors au lieu de vous écrier avec vos pères : Que son sang retombe sur moi! vous vous écrirez : Depuis assez longtemps, ce sang crie vengeance m'oppresse et m'écrase; que maintenant il tombe sur moi pour me laver, me purifier, me régénérer et me .pardonner ! Que ce sang me procure bientôt Teau sainte du baptême! lavahis me et super nivem dealbabor : il me lavera et mon âme deviendra blanche comme la neige.

FÎAPITRE IV

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