CHAPITRE XIII
t'iNGRATITUDE EST HÉRÉDITAIRE CHEZ LES JUIFS
Après les merveilles de la sortie d'Egypte, du passage de' la Mer Rouge, de la manne, du Sinaï, Dieu était en droit de compter sur la fidélité des Hébreux. Eh bien, pour reconnaissance, ils font faire un veau d'or et tombent en adoration devant lui. C'était le premier acte de la plus monstrueuse ingratitude.
Et depuis la loi de Moyse jusqu'à la promulgation de la loi évangélique, il en fut toujours ainsi. Le reproche leur en fut adressé par le Christ dans une parabole claire et piquante qui ne fut pas trop du goût de ses auditeurs. Mais Notre-Seigaeur leur mit tellement les points sur les I, qu'ils se reconnurent dans les principaux traits de cette parabole. Donnonsen le récit puisé dans saint Mathieu, qui fut répété presque mot pour mot par saint Marc et saint Luc :
Un père de famille, ayant planté une vigne, l'enferma d'une haie, et creusant dans la terre, il y fit un pressoir et y bâtit une tour; puis, l'ayant louée à des vignerons, il s'en alla en un pays éloigné. Or, le temps des fruits étant proche, ii envoya ses serviteurs aux vignerons pour recueillir les fruits de la vigne. Mais les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre et en lapidèrent un ^uire. II leur envoya encore d'autres serviteurs en plus grand nombre que les premiers et ils les traitèrent de même. '^nfin il leur envoya son propre fils, disant en lui-même : Jls auront quelque respect pour mon fils. Mais les vignerons Voyant le fils, dirent entre eux: Voici l'héritier, venez, lons-Ie et nous serons maîtres de son héritage. Ainsi, Stant saisis de lui ils le jetèrent hors la vigne et le tuèrent. s donc que le Seigneur de la vigne sera venu, comment hitera-t-il ces vignerons?** Ils lui répondirent : Il fera périr
Irablement ces méchants et il louera sa vigne à d'autf< vignerons, qui en rendront les fruits en leur saison.
On sait que les mauvais traitements furent employés par les Juifs envers tous ces serviteurs qui venaient de la part du Seigneur les reprendre de leurs désordres ou de leur idolâtrie. Enfin le Fils de Dieu vint lui-même pour leur enseigner le chemin du ciel. Malgré son titre de Dieu et malgré tous les miracles de sa puissance et de sa bonté, Notre-Seigneur ne fut pas mieux traité que ses prophètes et ses messagers. C'est pourquoi Notre-Seigneur leur proposa cette parabole. Ils y répondirent en prononçant une sentence qui devait bientôt les atteindre et les frapper eux-mêmes, et quand ils eurent compris qu'il s'agissait d'eux, au témoignage de saint Luc, ils dirent à Notre- Seigneur : Absit. A Dieu ne plaise que nous soyons ainsi punis. C'est-à-dire que la vigne*de Dieu qui est Jérusalem, soit Iransféréeàun autre peuple. Ce furent les Apôtres qui reçurent l'ordre d'aller prêcher le royaume de Dieu aux peuples de l'univers.
Et ne dites pas que Dieu a failli à son peuple. Convenez plutôt que c'est son peuple qui s'est dérobé aux tendresses et aux miséricordes de Dieu à son égard. Dieu a été prodigue de dons et d'amour envers Israël. Et c'est dans les Livres saints que nous en trouvons la preuve avec toutes les comparaisons les plus tendres pour exprimer les sentimeots de Dieu envers son peuple. Dieu ne veille pas sur Israël d'une manière quelconque, c'est avec un amour infatigable, ardent, immense, amour exempt de passion sans doute, mais qui n'est ni moins brûlant, ni moins intense, ni moins sincère, ni moins fort, amour que rien ne saurait rompre, dont rien peut triompher. Si les Juifs s'écrient que le Seigneur l délaissés, que le Dieu d'Israël ne se souvient plus d'i Isaïe leur répond : Une femme peut-elle oublier son enfant n'avoir pas pitié du fruit de ses entrailles? Ce n'est pas que l'amour d'une mère soit la mesure de l'amour divin, ce n'est qu'une comparaison avec l'amour le plus ardent que nous connaissons. Et le prophète ajoute : Et quand même une mère oublierait son enfant, pour moi, je ne vous oublû pas. Et le psalmiste s'écrie : Comme un père est plein
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tendresse pour ses enfants, Dieu l'est aussi pour ceux qui le craignent. [Ps. 102, v. 13.) Autant les cieux sont élevés audessus de la terre, autant la miséricorde est grande à l'égard de ceux qui le craignent (Id,,), et cette miséricorde le pousse au pardon des péchés. Autant l'Orient est éloigné de l'Occident, autant il a éloigné de nous nos iniquités (Ps.) Je vous pardonnerai pleinement vos iniquités. (Is., 55, v. S et 9.) Que ferai-je pour toi, Ephraïm? Que ferai-je pour toi, Juda? Je te traiterai comme Adama et Seboïm. Comme l'époux se réjouit en son épouse, ainsi le Seigneur se réjouira en toi (Is. 63, V. 5). Toutes ces paroles n'expriment-elles pas la sincérité, la véhémence et l'ardeur de la charité divine? II vous aime donc le Dieu d'Israël comme un père et plus qu'un père, comme une mère et plus qu'une mère; comme un époux et plus qu'un époux, et son amour est au-dessus des amours terrestres, autant que le ciel est au-dessus de la terre, et autant et plus que l'Orient est éloigné de l'Occident. Et l'amour divin a eu des manifestations au-delà de toutes nos espérances, il s'est manifesté dans l'apparition de la Divinité dans une chaire semblable à la nôtre, dans une oblation et Uîie immolation qui surpassent celles de toutes les victimes de la loi mosaïque pour effacer les péchés du monde. Saint Jean l'a montré comme l'Agneau de Dieu. Tous ces abaissements ûe la Divinité jusqu'à l'humanité ont déçu tous les plans de 1 orgueil judaïque qui rêvait un Messie triomphant et le Juif "'■gueilleux a repoussé le Messie pauvre, humilié, sacrifié, ■Bis au rang des scélérats. Mais qui étes-vous pour imposer ^os idées aux idées de Celui qui vous a dit par la bouche ^ Isaîe : « Mes pensées ne sont pas comme vos pensées, ni "les voies comqie vos voies, la distance qui sépare le ciel et 'B terre existe entre vos voies et mes voies, mes pensées et *o» pensées. (Is., ch. 55., v. 8). Au lieu d'éclater en chants Qallêgresse et de reconnaissance, vous avez tué l'héritier une '"ois sur le calvaire et vous le tuez tous les jours par les sarcasmes les plus amers et la répulsion de la plus noire ingratitude.