‹ Pour et contre les JuifsChapitre 5 sur 55 · CHAPITRE UI · texte numérisé non relu

CHAPITRE UI

LE PLL'S ARDEST PRÈDICATliUR DE l'ÉVANGUE EST CE PAUL QUI EN AVAIT ÉTÉ LE PLUS FOUGUEUX PERSÉCUTEUR

Ils sont fous ces douze pauvres pêcheurs de Galilée, qui s'imaginent qu'ils parviendront à changer la face du monde, en voulant faire accepter et reconnaître, comme le Dieu du ciel et de !a terre, un pauvre Juif crucifié par ses compatriotes. Ils oublient d'envisager que les rois et les empereurs ne manqueront pas de les pulvériser dès qu'ils prêcheront une religion qui impose des vertus jusqu'alors inconnues. Il avait suffi d'une troupe de gens armés d'épées et de bâtons pour dis-

tperser le pasteur et son petit troupeau, envoyer le premier mourir sur le Golgotha, faire trembler le chef des douze à la voix d'une servante et cacher les autres dans un cénacle; que vont-ils faire en face de l'univers armé contre eux? Et pourtant, tout à coup ils reviennent de leur stupeur, ils sont sans éloquence, ils n'ont aucune teinture des lettres humaines et ne possèdent que leurs barques et leurs filets. Néanmoins ils se lancent avec un courage digne d'une merveilleuse cause dans une entreprise vraiment téméraire, ils se jettent tête baissée au milieu des périls et de la mort pour détruire le paganisme et même s'attaquer au judaïsme sans songer, que devant eux, vont se dresser les docteurs de la loi, prêts à confondre et à anéantir une imposture, préchée par de si faibles I imposteurs. Rien ne les arrête.

Il y avait cependant des maîtres en Israël, des savants dans Jérusalem, des Juifs pieux, sincères et zélés. Eh bien oui, et il y en avait beaucoup et, parmi eux, un surtout qui était jeune, ardent et rempli de l'esprit de prosélytisme judaïque, il s'appelait SAUL. Les nouveaux prédicateurs du Christ lui avaient inspiré un profond dégoût, et il se disposait à les tuer de son mépris ; mais bientôt il s'aperçut que le mépris ne suffisait pas à leur confusion et à leur anéantissement. Du

mépris, il passa à la colère, de la colère à la fureur et de la fureur à une rage sanguinaire. Il rugissait de voir cette poignée de Galiléens, essayant de renverser ses dogmes et sa doctrine. Il était sincèrement Juif et, dans sa sincérité, il défendait sa religion et se croyait obligé de la venger et de la protéger, contre les agissements des nouveaux sectateurs, et. pour mieux y réussir, il emploie la violence et la répression contre ces séducteurs, qui passaient déjà pour des thaumaturges, dont l'ombre elle-même guérissait les malades et dont la parole seule faisait marcher les paralytiques. Pour lui, c'était trop d'insolence et d'imposture. Il se mêle à une troupe qui assomme, à coups de pierre, un jeune homme nommé Etienne, et se fait le gardien des habits de ceux qui procédaient à cette exécution, .lussi lâche que sommaire.

La prière de ce nouveau martyr et la voix de son sang, plus puissante que celle d'Abel, montent vers les cieux et obtiennent non pas la vengeance, ou le châtiment, mais la grâce des bourreaux, et alors le gardien des habits est le premier fruit (fermé de cette semence fécondée par le sang du premier martyr.

Toutefois, cette première exécution capitale ne sastifait pas In raifu do Saul ; il pénètre dans les maisons, il en tire d'innocentes victimes, des femmes et des enfants, et jette en prison co» nouveaux néophytes.

Non content du ces premiers essais, il se fait délivrer par l49> prince» des prâtres des lettres de pouvoir, et armé de ces plAcoi judlciulres. il 30 dirige vers Damas avec une escorte de cnvullors, et les voilà partis avec toute la vitesse de leurs Cf)iir»iora. I,n joie est pointe et rayonne sur le visage du chef du colto polito troupe armée; car il se dit ; cette fois ils ne tn'écliiipppront pas ot nous allons en finir, avec cette secte (idlvunr du ciucilié Jésus.

Ali I piiiivrus pclits chrétiens de Damas, qui vaquez à la l<ii/<i(>, diitin le nllcncc do vos maisons, confiants et pleins de •iturllé, quoi lit» lorrtlt pas voire effroi, s'il vous était donné d'iiporctjvolr cftto cscoundo, armée de lances et d'épées et coullint A lil'ldo tlbiitluo vers vos pacifiques demeures, poug HiiAnridi lu l'cllglon nuuvollo I

Oui, tremblez, car, humaÎDemeot parlant, vous ne pouvez échapper à des desseins de deslruction si habilement combinés. — Pharaon, à la tête d'une formidable armée ne courait pas après vos pères, à la sortie d'Egypte, avec plus d'acharnement et de fureur, que ce jeune et fougueux prosélyte du

judaïsme ne poursuivait les sectaires du néo-christianisme. Et, cette fois, il n'y a pas une nouvelle mer Rouge pour engloutir la troupe des poursuivants, ni un autre Moyse pour arrêter ou faire reculer ces intrépides cavaliers.

Mais, attendez! le bras de Dieu n'est pas raccourci, et tout à l'heure vous allez voir le prodige qui va se réaliser : un cheval de cette troupe tombe et laisse rouler son cavalier dins la poussière. C'était le chef de cette expédition qui était renversé à terre, les yeux fixés vers le ciel qu'il ne pouvait plus voir, car il venait d'être frappé de cécité; mais il entendait une voix distincte et claire qui lui criait : < Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » Et le malheureux, terrassé par cet aveuglement subit, encore plus que par sa chute, répond : « Qui êtes-vous. Seigneur! » Et la voix céleste se faisant tout à coup harmonieuse lui adresse ces paroles qui résonnent comme une lyre plaintive : < Je suis Jésus de Nazareth que tu persécutes, il t'est dur de regimber contre l'aiguillon. » Et, en un clin d'oeil, le farouche persécuteur, de lion qu'il était, est changé en un agneau plein de douceur, et au lieu de s'écrier, comme le fera plus tard Julien l'Apostat :« Tuas vaincu ô Galiléen ! » il répond : « Eh bien. Seigneur ! que voulez-vous que je fasse? — Ce que je veux, c'est que tu confesses mon nom devant les têtes couronnées et au milieu des supplices de tout genre qui dureront toute ta vie et qui ne finiront que par le martyre aux eaux salviennes ; en attendant, va trouver Ananie qui te dira ce qu'il faut faire. »

Alors, le pauvre vaincu se relève, mais il est obligé de se laisser conduire par les gens de son escorte, car il était complètement aveugle, et il le fut pendant trois jours, et la vue ne lui fut rendue que par un miracle. Voilà, certes, une

^victoire et une grande victoire remportée par ce Jésus qui sut

Jfaire de son persécuteur le plus célèbre de ses prédicateurs.

KÇar, depuis dix-huit siècles, il y en a eu des prédicateurs du

saint Evangile; mais il y en eut jamais qui égalât saint Paul, Je le salue comme le plus grand de la nation juive. Les contemporains en voulurent faire un Dieu, mais il refusa les honneurs de la divinité; il se contenta de l'auréole d'apôtre, et je l'admire dans son auréole, et le catholicisme tout entier lui a voué une incomparable'admiratioa. O Juifs ! nous fereivous un crime d'avoir exalté ce foudre d'éloquence !

Ananie, l'homme de Dieu, accueille le loup ravisseur agenouillé devant lui, le baptise et en fait un apôtre, et le plus intrépide des apôtres. — Je m'explique que les douze disciples du Galiléen mis en croix deviennent après sa résurrection, manifestée à plus de cinq cents témoins, les défenseurs de sa Divinité et les propagateurs de sa doctrine; ils avaient vécu trois ans dans son intimité; ils en avaient reçu mille et mille témoignages de bonté; mais Paul n'avait aucun motif d'aimer, de bénir et de prêcher ce Jésus condamné par Pilate; il n'avait vu aucun miracle des trois années de sa vie publique, ni surtout celui de sa résurrection.

Comment expliquer que ce Juif, si entiché de son judaïsme, ait consenti à croire à l'Evangile prêché par douze ignorants, et qu'il ait reçu le nouveau baptême? Jésus, qui avait dit devant Pilate que son royaume n'était pas de ce monde et qui n'avait pas daigné ramasser la couronne de ses ancêtres détrôniis, mais qui avait accepté la couronne d'épines tressée pur ses bourreaux, venait de se choisir du haut du ciel un ambassadeur pour conquérir plusieurs royaumes terrestres et les soumettre à son divin empire. Il aurait pu le prendre nu milieu de Rome, la métropole de tant de villes soumises A sa domination par des conquêtes successives de plusieurs Hiécles, ou le trouver au milieu de cette Grèce si fertile en rhéteurs et en éloquents orateurs: mais non! C'est ce Juif qui le persécute dans la personne de ses disciples, c'est lui qu'il envoie au milieu des nations pour les conquérir et les soumettre aux saintes lois de l'Evangile, car le vaincu du chemin do Damn* dont l'Ame fut encore plus terrassée que le corps, uprèM avoir changé son nom de Saul en celui de Paul, devint le Docif ur des nations. Il nous reste à voir si le choix fut bon et si le nouvel élu sut remplir s^ mission et s'acquitter de cd glorieux mandntt

Page 1