‹ Pour et contre les JuifsChapitre 6 sur 55 · PAUL LE PERSECUTEUR DES CHRETIENS, DEVIENT LE DOCTEUR DES NATIONS · texte numérisé non relu

PAUL LE PERSECUTEUR DES CHRETIENS, DEVIENT LE DOCTEUR DES NATIONS

Un docteur ea Israël était un homme estimé et respecté. et Jésus, nous l'avons vu, leur donna un témoignage de déférence, en se rendant au milieu des docteurs à l'âge de douze ans. Si In qualité de docteur était si grande dans Jérusalem, que dire et penser du titre que les siècles et l'Eglise décernent à saint Paul en le reconnaissant pour le Docteur des nations! Et ici, chers lecteurs, il nous semble que vous ne devez pas voir, avec indifférence, que nous décernons ce titre à l'homme le plus célèbre de votre race, car il est bien justifié, puisque saint Paul a évangélisé les Romains, les Perses, les Indiens, les Sarrasins et toutes les races d'hommes, sans exception, dans l'espace de trente ans, et pourtant il n'était qu'un homme perdu dans la foule, exerçant un art manuel ; mais ce tanneur de peaux se montra assez puissant et assez habile pour soumettre, au joug du Christ, tous les empires du monde.

Vous pouvez connaître et lire l'énumération de tous ses périls, de toutes ses douleurs, de toutes ses luttes, de tous les coups qu'il a reçus dans l'exercice de son apostolat, et de toutes les tortures corporelles qu'il eût à endurer; et si. après cette étude, vous le prenez pour un imposteur, je vous demanderai quel était son but en quittant le judaïsme pour suivre .un chemin ou il ne devait rencontrer que la honte, l'ignomiie et la mort au bout ? et que dire de sa sollicitude pour utes les églises du monde : torture morale qui s'attaque k l'âme et qui l'atteint dans tout ce qu'elle a de plus intime et de plus sensible, car c'est un combat intérieur, ce sont des flots tumultueux, c'est un déluge de préoccupations. Souvent une seule maison à notre charge est une source de soucis qui vous empêche de respirer; mais, lui, il avait des cités, des

nations entières et tous les peuples de l'univers, ce qui ne l'empêchait pas de s'inquiéter des individus en particulier et aussi il s"cn plaint en disant : « Qui donc est infirme sans que je le sois moi-même? Qui donc est scandalisé sans que je brûle ?» Et, tout en portant le poids de l'Eglise répandue dans l'univers, il s'arrogeait encore le droit de souffrir de toutes les souffrances de chaque membre. Est-il étonnant après cela, que, dans notre admiration, nous le portions aux nues et que nous le trouvions supérieur à tous les grands hommes que nous connaissons !

Osez donc, ô Juifs, nous faire un crime d'exalter ce grand Docteur. Il est de votre sang, il devrait être votre orgueil. Ses contemporains en ont voulu en faire un dieu ; s'il avait été un séducteur ou un homme plus soucieux de sa gloire que de celle de Dieu, il se serait laissé prendre pour Mercure. Mais il ne l'a pas voulu.

En revanche, le ciel l'a donné à l'admiration de toutes les générations catholiques. Qu'attendez-vous donc, lecteurs juifs, pour unir votre admiration à la nôtre !

Pour notre part, nous nous faisons honneur et gloire d'être les disciples soumis d'un si grand génie, et si nous nous trompons, nous nous trouvons heureux de marcher à la suite de cet apôtre et de prêter l'oreille à ses sublimes leçons, comme nous le verrons plus loin, en répétant quelques-unes de ses paroles. Mais nous ne nous trompons pas, et l'Eglise et ses plus grands Docteurs et bon nombre de saints Pères exaltent Paul, au-dessus des plus éminents prophètes ou écrivains inspirés.

Paul est au-dessus de David, et pourtant ce fut un grand roi, un roi selon le cœur de Dieu; puissant en œuvres et en paroles, puisqu'il a composé des psaumes immortels que l'Eglise répète tous les jours, par la bouche de ses prêtres.

Souvenir admirable ! que les Juifs eux-mêmes conservent dans leurs Livres Saints. On sait comment David encore jeune tua le géant Goliath et avant lui les lions du désert. Paul, au lieu de tuer ses ennemis, guérissait les malades. Les psaumes de David respirent la plus profonde humilité. Les épîtres de

' saint Paul nous apprennent les bas sentiments qu'il avait de lui-même, malgré ses ravissements dans le ciel.

David épargne Saiil qu'il pouvait tuer dans la caverne, pendant son sommeil ; Paul rassure ses geôliers, et au lieu de leur échapper, reste dans sa prison. O douceur ! charité sans bornes ! il ne possédait rien et il nourrissait les pauvres affamés, en faisant recueillir des aumônes abondantes, pour subvenir aux besoins de ses frères. Ah ! si vous vouliez étudier sa grande âme, vous ne tarderiez pas à savoir, combien il vous aimait, vous ses coreligionnaires, vous ses contemporains et ses compatriotes, et vous ne tarderiez pas, malgré les dix-huit siècles qui vous séparent de ce grand apôtre, à vous ranger ^^Ous sa houlette.

^k Que de gémissements il a poussé sur votre perte éternelle, ^Hnr votre endurcissement et sur votre aveuglement. Pour ^votre salut, il désirait être anathème ; il consentait à être privé de la gloire céleste, il écrivait ses magnifiques épîtres et celle qui s'adressait aux Juifs convertis dont nous désirons vous parler plus amplement. Ah I il vous aimait, et son amour était désintéressé, et au nom de son amour je vous adjure de l'écouter avec respect et de l'étudier sans parti-pris. Pour moi, qui ne suis pas Juif, je l'aime votre saint compatriote et je le vénère de toute l'ardeur de mon âme parce que je sens combien il m'a aimé lui qui disait : « Quand je parlerais la langue des anges, si je n'avais pas la charité, je ne serais qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante. »

Mais continuons nos comparaisons de Paul, avec les autres grands hommes, qui ont illustré votre race et votre patrie : Samuel a donné un roi, au peuple d'Israël et Paul a montré aux peuples, le nouveau législateur du monde ; Josué a arrêté le soleil et introduit le peuple de Dieu, dans la terre promise, et Paul a vu le Soleil de Justice et a fait briller ses rayons sur les peuples qu'il convertissait pour les introduire dans la Jérusalem céleste avec des milliers de Juifs à qui son éloquence et son zèle ont persuadé l'abandon du judaïsme, La Sainte Ecriture a loué Job, dont la prospérité a été si étonnante, les revers si affreux, et l'hospitalité si grande, que sa maison était ouverte à tous les étrangers. Que dirons-nous des

entrailles de Paul qui s'attendrissaient sur le sort des Gentils et sur les juifs convertis en s'écriant : c Qui est scandalisé sans que je brûle ! »

Et si nous cherchons une figure vraiment resplendissante, c'est bien celle de Moyse quand il descendît du Sinai ; mais Paul a été ravi jusqu'au troisième ciel, c'est encore plus que de gravir la montagne fulminante.

Moyse demanda être effacé du livre de vie pour son peuple et Paul, pour ses anciens coreligionnaires.

Les Juifs se font un titre de gloire d'avoir Abraham pour père, et les Gentils se font honneur d'avoir été enfantés au christianisme par l'apostolat de Paul. Le premier a quitté sa patrie, pour aller vers la terre que Dieu lui montrerait et le second a parcouru l'univers pour y annoncer l'Evangile.

Uieu a demandé à Abraham le sacrifice d'Isaac et à Paul l'immolation de lui-même et le sacrifice de sa vie ; mais avant de porter sa tête aux eaux salviennes, il devra être chargé de chaînes aux mains et de fers aux pieds et ce dont il se glorifiera le plus, ce sera d'avoir été prisonnier pour Jésus-Christ. II avait pourtant d'autres sujets de gloire. Ses extases, ses ravissements, les ineffables paroles qu'il avait entendues ; mais rien de tout cela ne le transporte et ne le ravit autant que sa captivité. Sa prison l'entoure comme d'une auréole et d'une splendeur merveilleuses. Jamais roi ne s'est glorifié de sa couronne, comme Paul l'a fait, de ses chaînes de prisonnier.

Parmi les grands de ce monde on en voit beaucoup prendre le titre de leurs anciennes charges. Celui-ci se glorifie d'avoir été préfet, celui-là d'avoir été sénateur ou député ; Paul se glorifie de son titre de prisonnier, et c'est à bon droit, car le temps qui s'est écoulé depuis sa captivité jusqu'à nous n'a servi qu'à rendre le nom de ce captif plus illustre que jamais. La mémoire des plus illustres conquérants est ensevelie dans l'oubli, mais le nom de ce juif prisonnier est populaire, parmi les catholiques. Allez aux extrémités du monde, son nom retentira à vos oreilles ; et quoi de surprenant qu'il soit ainsi honoré sur la terre, puisqu'il est même en honneur, devant les anges et les archanges et même auprès du Roi des chœurs angéliques. Los chaînes de Paul étaient de fer, mais le Saint-

Esprit leur a communiqué une vertu admirable, à cause du Christ, pour lequel Paul a porté ces instruments d'ignominie. Ecoutez une preuve, à l'appai de la glorification des chaînes de ce grand prisonnier. Au milieu de la nuit, Paul et son compagnon Silas priaient et louaient Dieu, et les prisonniers qui les entendaient, en étaient dans l'étonnement et l'admiration' Tout à coup, un grand tremblement de terre se fit sentir et les fondements de la prison furent ébranlés ; et soudain, toutes les portes furent ouvertes et toutes les chaînes furent brisées. » Ce tremblement de terre fut tel, que le geôlier lui-même fut réveillé ; chose surprenante, les portes furent toutes ouvertes. Cependant les prisonniers ne le remarquaient pas, autrement ils eussent tous pris la fuite, Le geôlier s'étant éveillé à la ■vue des portes de la prison ouverte, croyant que tous les prisonniers s'étaient évadés, tira son épée pour s'en percer. Mais Paul lui cria, d'une voix éclatante : «Ne vous faites pas de mal, car nous sommes tous ici. * Ce fut pour le geôlier une occasion d'admirer la bonté de Paul, de constater son courage, puisque, pouvant fuir il ne le faisait pas et qu'il le détournait lui-même de son projet de suicide. Après avoir demandé de la lumière il entra dans le cachot et il se prosterna tout tremblant, devant Paul et Silas. Puis, les menant dehors, il leur dit : « Seigneur que me faut-il faire pour être sauvé ?» et ils lui répondirent i < Croyez au Seigneur Jésus-Christ et vous serez sauvé et toute votre famille. » Et les prenant à cette heure de la nuit, il lava leurs plaies et il fut ensuite baptisé, lui et toute sa famille. Avez-vous remarqué dans ce récit si simple à quelle cruelle prison Paul était condamné ? Il faut croire que les chaînes étaient cruelles et serrées, car les prisonniers en avaient reçu des plaies, plaies négligées par leur dur geôlier tant qu'il est Juif, mais plaies respectées et lavées aussitôt qu'il est converti, et quelle étrange conversion ! Comme elle est prompte, éclatante et suivie d'un acte extraordinaire ; car il n'est pas d'usage que les geôliers donnent de semblables marques d'honneur à leurs prisonniers, telles que celles de panser leurs plaies.

Et comment le nouveau converti pourrait-il rester indifférent devant les plaies de pareils prisonniers, à qui le ciel vient

d'accorder ■■ IfmùigmagL à acrreîilesx de protection et de prédilectkM ?

" ! fiBt-il psft être xrcm^le poar ne pas reconnaître que, s* ûtfMSS de rEvangOe penveot être enchaînés, Ifi e de D>e« se Test jamaàs, même par les fers, au fond dti plvs wms cackots ! Téaiots sust Panl qui convertit son geâlicr, pendant que le ciel ébrutle sa pô&oo. et si telle a été ta poissanoe de sa in'édscatkra, pendant qa'il soaffrait la captivité et portait des chaines, que n'a pas dfl faire son sang quand il en eot inondé ta terre, an jonr de son ^orienx martyre. On I dit que le sang des martfrs était la semence des chrétiens ; ti sang do pins illustre des apôtres a dû être encore plus féconâ que celai des autres.

Aussi, le culte de saint Paul, farouche persécuteur changi eu apôtre et en docteur des (gentils, est devenu célèbri dans l'Eglise, qui lut a érigé une basilique où repose soi corps. Le culte qui lui est rendu est universel et prouvi une fois de plus, que les gloires du judaïsme sont deve nues les gloires du christianisme ; et n'avons-nous pas r son de nous étonner de l'acharnement des Juifs contre le cathuli^ues qui ont une si grande vénération pour ce Jui incomparable. Les Juifs fratemisent^jlutôt avec les protei tants, qui pourtant n'ont pas gardé le culte des saints et encor moins celui de saint Paul. La bouche de ce grand apôtre e réduite au silence du tombeau, mais il nous reste de lui se magniGques épîtres dans lesquelles il nous parle toujours Defunctus adhtic loquitur ; et nous avons ses reliques pré cieuses, qui sont l'objet d'une grande vénération, traduite et termes éloquents par un des Pères et Docteurs de l'Eglise, qu dans la chaire de Constantinople s'écriait : < Ce qui m'attache Rome, ce qui me fait proclamer les Romains heureux, qu'ils ont entendu la parole de Paul et recueilli son demie soupir. Voilà ce qui fait la gloire de cette ville, et je l'admire non à cause de ses trésors, mais parce qu'elle possède les deu: colonnes de l'Eglise, Pierre et Paul. Qui me donnera d'em brasser le corps de Paul, de coller ma bouche sur sa tombe de contempler la poussière de ce corps, qui complétait par s souffrajjices celles du Christ, qui portait les stigmates de 1

croix, qui disséminait la parole évangélique ? Oui, je voudrais voir la poussière de ce corps, au moyen duquel il parcourait le monde entier, la poussière de cette bouche par laquelle le Christ parlait, d'où sortait une lumière plus brillante que celle des éclairs, une voix plus terrible aux démons que celle de la foudre, de cette bouche qui laissait échapper ce cri sublime : « J'appelle sur moi l'atiathème, s'il le faut pour le salut de mes frères (Rom. ix, 3) » ; qui parlait devant les rois et n'était' jamais confondue, qui chassait les vices, qui guérissait les maladies et portait le Christ sur sa langue comme les chérubins le portent dans les cîeux, et qui était le véhicule du Christ, en s'élançantà d'incompréhensibles hauteurs, comme lesSéraphins. »

< Ce n'est pas la poussière de la bouche seule, que Je voudrais voir. C'est aussi celle de son cœur, de ce cœur qu'on pourrait, sans exagération, appeler le cœur du monde, une source intarissable de bien. De là, le souffle de sa vie se répandait et circulait dans les membres du Christ, non par le canal des artères, mais par le libre exercice d'une pure volonté. Ce cœur Était tellement vaste que les cités entières, les peuples et les nations y tenaient à l'aise. Ce cœur était plus élevé que le 'iel, plus ample que le monde, plus lumineux que les rayons dasolei'l, plus ardent que le feu, plus fort que le diamant. De là sortaient des larmes qui ne cessaient ni le jour ni la nuit. Ce cœur vivait de la vie nouvelle et non de celle que nous . menons ici-bas ; car il a dit : «Je vis, non plus moi-même, ^fst le Christ qui vit en moi. » Le cœur de Paul était donc le cœur du Christ, les tablettes de l'Esprit-Saint, le livre de la grâce, »

i]e voudrais voir la poussière de ces mains qui furent dans les fers, dont l'imposition donnait l'Esprit-Saint, qui ont ^crit lant de lettres admirables et secoué la vipère pour la jeter dans le feu. Je voudrais voir la poussière de ces yeux 4"i furent d'abord éteints et qui se rallumèrent ensuite pour le salut de l'univers, qui méritèrent de contempler le Christ snson corps, et qui veillaient au milieu des nuits. »

«Je voudrais voir la poussière de ces pieds qui parcouraient le monde et ne se fatiguaient pas, qui étaient dans les ceps

^uand la prison fut ébranlée, et qui franchirent tant de distknoes. >

Je voudrais voir la tombe où reposent ces membres maintenant vivants, morts quand lui même vivait, dans lesquels vivait le Christ et qui étaient crucifiés au monde. Ce corps est pour la ville sainte un boulevard inexpugnable. Oh ! que je voudrais voir ce lion spirituel, ô sainte Eglise! ô paradis terrestre ! ô jardin délicieux, qui avez possédé cette fleur dont les racines et la tige sur laquelle elle s'est épanouie ont pris naissance au milieu des Juifs; je vousbénisde nous avoir donné Paul comme l'une denos gloires et de nos splendeurs, au milieu de tant d'autres, dont nous parlerons en temps opportun.

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