‹ Pour et contre les JuifsChapitre 7 sur 55 · SAINT PAUL ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

SAINT PAUL ÉCRIVAIN

Quand on a le bonheur de compter, parmi ses glorieux ancêtres, un homme de la taille de saint Paul, le moins qu'on puisse faire en son honneur c'est de le connaître ; or je suis convaincu que si la nation juive étudiait saint Paul dans ses épîtres elle embrasserait en masse le christianisme, et ce serait pour elle le retour à Jérusalem, la conquête et la possession de son ancienne Patrie ; et voici ce qui me le fait croire: Saint Paul a dit : Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-mêmedu Christ ; et le Christ n'a-t-il pas dit; Je suis la voie, la vérité et la vie ; l'entendez-vous, je suis la voie, sans doute, la voie qui conduit au ciel, mais pour vous, ô Juifs, il sera le chemin qui vous reconduira à la Jérusalem terrestre, en attendant la Jérusalem céleste. Eh bien, voulezvous étudier saint Paul dans ses épîtres, et après lecture je vous permettrai de persécuter les chrétiens et de vous acharner contre le christianisme, jusqu'à son complet anéantissement, si vous y trouvez l'ombre d'un grief contre nous et la justification de votre haine invétérée qui a traversé les dix-huit siècles qui nous séparent de la prédication de saint Paul.

Il vous aimait ce Juif que le ciel contraignit d'abandonner le judaïsme, et après avoir écrit à tant de peuples divers, il ne pouvait négliger d'écrire à ses anciens coreligionnaires. Sans doute, ils étaient devenus ses disciples et il pouvait se vanter de les avoir enfantés.

Mais tout en prêchant le saint Evangile, Paul se glorifie de son origine Israélite en saluant dans les siècles passés toutes les gloires de sa race et de sa religion. C'est ainsi qu'il salue la foi d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, celle de Moyse, des Juges, des prophètes et de tous les saints persécutés, eux dont le monde n'était pas digne.

Par là, saint Paul nous montre qu'en recevant le baptême il n'avait pas été obligé de répudier toutes les gloires du judaïsme et que ce même judaïsme n'était que l'introductioB au christianisme ; et après ce témoignage de saint Paul, les Juifs peuvent être parfaitement convaincus qu'en devenant catholiques, non seulement ils ne changeraient pas de religion, mais qu'ils perfectionneraient tout simplement la foi qu'ils ont pour ainsi dire sucée avec le lait ; il faut bien qu'ils se persuadent qu'en embrassant le catholicisme, les Juifs, loin de renonceraux dogmes de l'Ancien Testament, trouvent dans la nouvelle loi l'accomplissement de l'ancienne loi et la réalisation des promesses divines.

D'après vos Livres sacrés que nous respectons comme le fondement de la religion chrétienne, vous devez espérer en la venue d'un Messie. La seule différence entre vous et nous, c'est que vous l'attendez encore, et nous, nous croyons qu'il est déjà venu, et la dissidence qui nous sépare c'est que nous, nous acceptons un Messie pauvre, humilié, dont le royaume n'est pas de ce monde, tandis que vous, vous voulez que votre Messie soit un grand conquérant, qu'il soit entouré de ! l'auréole de la majesté royale et possesseur de la force bru-

* taie des armes, dont les monarques ont besoin pour étendre i leur pouvoir. Eh bien! je vous affirme que mon Messie,

quoiqu'il soit un Messie crucifié, est précisément celui que

I j'attends, parce que saint Paul l'a reconnu et l'a prêché au

I monde, parce que son crucifiement a été par dessus tout, la

rédemption et le salut des hommes, parce que l'instrument de

son supplice est arboré comme l'étendard de la victoire, de

l'honneur et de la gloire ; parce que tous les peuples ont

fléchi le genou devant cet instrument d'ignominie, et qu'il a

j été en quelque sorte divinisé et rendu adorable par la mort

de Celui qui y a enduré le dernier supplice, et que celui-là

* même qui est mort entre les bras de la croix a conquis le . monde entier, et c'est peu pour lui d'avoir soumis les

royaumes et les empires, il est parvenu à faire la conquête

' des âmes, et des centaines de millions d'âmes chrétiennes

l'adorent et lui répètent, chaque année, dans nos basiliques et

nos cathédrales : Christus vincït, Christus régnât, Christus

imperat : le Christ est vainqueur, le Christ est roi, le Christ commande et gouverne le monde. Le Messie vainqueur et conquérant que vous attendez, que ferait-il de ses conquêtes par les armes? Seraient-elles plusgrandesque cellesd'Alexandreet celles de Napoléon ? On sait ce que valent de pareilles conquêtes et combien de temps elles durent. Où sont aujourd'hui les conquêtes de Napoléon? Mais les conquêtes du Christ, voilà dix-huit siècles qu'elles ont commencé, et elles durent encore et elles s'étendent tous les jours et elles ne uniront qu'avec les siècles présents, pour se perpétuer dans les siècles éternels.

Croyez cela, ô Juifs ! et vous serez sauvés, et vous donnerez le signal de l'apaisement, de la réconciliation et de la plus admirable fraternité.

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