CHAPITRE III
1° Nécessité de 1 Action des Laïques.
Les premiers appelés à l'Action Catholique sont les^ ministres de l'Église, les prêtres. Le prêtre, dans l'Église, est le centre d'où doit rayonner toute action comme toute grâce. C'est à lui que, dans les Œuvres, revient la part prépondérante.
Ce sera l'honneur du clergé d'avoir compris la haute mission qui lui incombe, de ce côté, à l'heure présente, en face d'un peuple dont il faut vaincre l'hostilité ou dissiper la méfiance, à force de services rendus ! Ce sera l'honneur du clergé d'avoir su changer ses méthodes d'apostolat, et aller chercher les âmes qui ne veulent plus venir au prêtre, là où elles se trouvent ! Ce sera l'honneur du clergé de n'avoir pas reculé devant les obstacles parfois les plus inattendus, et devant les oppositions que créent nécessairement la routine et l'individualisme ! Ce sera l'honneur du clergé d'avoir accepté les fonctions les moins compatibles en apparence avec la dignité sacerdotale , pour doter chacun de nos diocèses de cette magni-
fique floraison d'oeuvres de toutes sortes qui en sont l'espérance !
Mais le prêtre tout seul ne saurait suffire
à cette tâche.
Dans sa première Encyclique (1), Pie X le rappelait on ces termes : « Ce n'est pas notre pensée que vous restiez, vous et votre clergé, sans auxiliaires dans cette œuvre si ardue de la rénovation des peuples par le Christ. Nous savons que Dieu a recommandé à chacun le soin de son prochain. Ce ne sont donc pas seulfment les hommes revêtus du sacerdoce, qui doivent se dévouer aux intérêts de Dieu et des âmes, mais tous sans exception. »
« Pour cette restauration de toutes choses en J Christ, dit Pie X (2), voyez quel appui apporteront à l'Église ces troupes choisies de Catholiques qui se proposent précisément de réunir ensemble toutes leurs forces vives, dans le but de combattre par tous les moyens justes et légaux la civilisation an- Lichrétienne, réparer par tous les moyens les désordres si graves qui en dérivent ; replacer Jésus- Christ dans la famille, dans l'école, dans la société ; rétablir le principe de l'autorité humaine comme représentant celle de Dieu ; prendre souverainement à cœur les intérêts du peuple et particulièrement ceux de la classe ouvrière et agricole, non seulement en
(t) E supremi Apostolatus cathedra.
(2) Encyc. Il fermo proposito.
inculquant au cœur de tous le principe religieux, seule source vraie de consolation dans les angoisses de la vie, mais en s'efforçant de sécher leurs larmes, d'adoucir leurs peines, d'améliorer leur condition économique par de sages mesures ; s'employer par conséquent à rendre les lois publiques plus conformes à la justice, à corriger ou à supprimer celles qui ne le sont pas ; défendre enfin et soutenir avec un esprit vraiment catholique les droits de Dieu en toutes choses et les droits non moins sacrés de TÉglise. »
« L'ensemble de toutes ces œuvres dont les principaux soutiens et promoteurs sont des laïques catholiques, constitue précisément ce que l'on a coutume de désigner par un terme spécial et assurément très noble : Action Catholique ou Action des Catholiques. »
Le prêtre a trouvé parfois dans son zèle sacerdotal le moyen de produire seul des merveilles ; son dévouement lui a fait accumuler des prodiges. Mais un saint Vincent de Paul lui-même a dû avoir des auxiliaires. Et certes, jamais le prêtre n'en a eu plus besoin qu'à notre époque, où s'accumulent contre lui tous les préjugés, toutes les calomnies et toutes les défiances. Jamais le prêtre n'a eu plus besoin qu'on l'aidât à se faire accepter, dans un temps où tant d'hommes n'ont même plus l'occasion de le voir, puisqu'ils ne viennent plus à l'église.
11 faut au prêtre des auxiliaires laïques, et
88 poi r l'action catholique
ces auxiliaires lui apporteront un concours précieux el indispensable.
Certes, si le clergé a mérité d'être loué pour son zèle à établir les Œuvres, aucun de nos frères dans 1» sacerdoce ne nous en voudra d'exalter le mérite de ces hommes et de ces femmes de bien qui ont créé, à notre époque et dans les rangs de notre société, une véritable noblesse de la charité ; laquelle, lors même qu'elle est greffée sur l'autre (ce qui n'est pas rare), est redevable à son dévouement d'une grandeur incomparable et d'une invincible puissance d'attraction et d'influence.
Ils sont nombreux, même dans la jeunesse, ceux et celles qui comprennent le devoir religieux et social que leur imposent leur rang et leur richesse, et qui ne se prévalent de leur naissance que pour réclamer le droit de mieux se d épouser au service des autres. Ils sont nombreux ceux et celles qui usent des loisirs que la Providence leur a donnés, pour en faire profiter les pauvres et les ignorants, et qui fuient l'inaction ou même les divertissements mondains, afin de faire œuvre utile et bienfaisante, instruire l'enfancepréserver et former la jeunesse, soutenir et moraliser le travailleur.
Si tous ceux qui le peuvent voulaient marcher sur leurs traces, ne pas épuiser leurs forces dans des frivolités pleines de déceptions, ne pas laisser «'éteindre leur influence dans une sorte d'indifférence
pour tous les maux qui les entourent ; si tous ceux qui ont quelque intelligence de la situation qui nous est faite, à nous Catholiques de France, voulaient y réfléchir et accepter les conséquences de conduite pratique qui en découlent pour chacun de nous, que de bien il se ferait encore !
« Il s'agit aujourd'hui, écrivait naguère l'un des hommes qui ont le plus fait pour entraîner les autres au bien (1), il s'agit aujourd'hui pour nos ennemis de détruire l'idée chrétienne et, avec elle, toute croyance en un Dieu personnel, de substituer à sa loi une loi purement humaine.
« Ce n'est plus au catholicisme, ce n'est même plus au Dieu des chrétiens, c'est au Dieu des simples déistes que la guerre est ouvertement déclarée, dans l'école, dans la législation, dans toutes les manifestations de ta vie publique.
« Mais la vue pratique de ce débat fondamental échappe trop souvent aux regards de ceux qui pourtant' y sont les premiers intéressés, et elle leur échappe parce qu'ils n'ont plus eux-mêmes qu'un christianisme amoindri, qui s'accommode sans peine d'une vie de plus en plus réduite, et se dissout peu à peu dans une sorte de paganisme inconscient. )>
Et pourtant, comme le dit le même écrivain, c dans une discorde si profonde, l'indifférence devient une trahison... Telle est la pesante responsabilité qui,
(1)M. de Mun.
(levant l'histoire, attend ceux dont une molle insouciance étiole les énergies, en les livrant à la mortelle douceur d'une vie volontairement inutile. >
Que faire alors ?
Professer ouvertement sa foi chrétienne, c'est-à-dire la propager et la défendre par tous les moyens que l'Église suscite ou autorise, se faire apôtre en participant aux Œuvres de l'Église.
Que personne ici n'arguë de l'inutilité de ses efforts, de l'impossibilité de faire quoi que ce soit d'efficace en présence des forces qui sont liguées contre nous.
Il n'est pas vrai d'abord que nous n'obtenions rien. Qui donc pourrait contester le bien déjà produit par nos Œuvres catholiques dans tous les rangs de la société, dans toutes les situations, à tous les âges?
Les aveux de nos adversaires suffisent à en témoigner.
Gardons-nous de nous dire impuissants. Souvent le prétexte d'impuissance cache l'inertie de l'égoïsme et de l'indifférence. C'est bien moins la crainte de l'insuccès qu'exprime cette parole que la crainte de la lutte et du sacrifice.
<( C'est, suivant un mot magnifiquement inspiré, « la peur de vivre dangereusement ». Or, l'homme qui ne se résout pas à cette vie dangereuse, qui ne consent pas à lutter contre les tendances de son temps, qui n'accepte pas, pour son pays et pour sa
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foi, d'être <( de la minorité », cet homme est bientôt conduit à des complicités, d'abord inconscientes, puis raisonnées, auxquelles s'accoutume peu à peu son esprit, assoupi dans un vague et stérile scepticisme (1) ».
Que personne ne s'autorise donc d'un insuccès probable.
Dieu ne nous demande pas de vaincre, mais de combattre. C'est lui qui donne la victoire !
Que personne ne s'autorise de son incapacité, il y a des emplois pour tout le monde dans la grande armée de Jésus-Christ.
Il y a d'abord le poste de la prière, susceptible d'être occupé par les plus courageux.
C'est le poste le plus rapproché de Dieu, c'est de là que se fait la meilleure besogne, c'est de là que partent tous les secours indispensables aux autres militants.
Il est une autre manière, des plus efficaces et des plus universelles, de concourir aux Œuvres de l'Église, c'est de savoir en tirer profit pour soi-même.
Puisque l'Église agit pour sauver les âmes, il faut qu'elle sauve d'abord celles qui coopèrent à son action ; puisque nous agissons pour sauver les âmes des autres avec elle, laissons-la d'abord sauver la nôtre, a Vous voulez sauver les brebis de votre troupeau, disait saint Bernard au pape Eugène qui avait
(1) M. de Mun.
été son disciple, soyez la première de ces brebis à sauver. Esto prima de Mis. Vous vous laissez absorber par tous ; soyez un de ceux qui vous absorbent : Esto de te habentibus unus. Vous êtes à tous, soyez à vousmême (1). »
« Tous ceux qui sont appelés à diriger ou qui se consacrent à promouvoir le mouvement catholique doivent être des Catholiques à toute épreuve, disait Pie X. Ils doivent être des hommes d'une piété véritable, de mâles vertus, de mœurs pures et d'une vie tellement sans tache qu'ils servent à tous d'exemple efficace (2). »
Si toutes les personnes qui s'occupent d'oeuvres étaient les premières à en tirer profit pour leur propre sanctification, que de bien s'y ferait qui ne s'y fait pas ?
Les leçons seraient plus précieuses, les exemples seraient plus entraînants, les œuvres seraient plus bénies de Dieu, ayant pour elles toutes les grâces qu'y attirerait la sainteté de leurs membres.
Quel mal peut produire une attitude contraire ! L'illustre Mer d'Hulst disait, il y a 25 ans, à l'Assemblée générale des Catholiques de France : « Vraiment, on ose trop facilement se dire chétienîQue dis-je^On se prétend apôtre. On donne son nom aux associations militantes, aux œuvres les plus ouvertement religieuses, aux entreprises de propagande et de conquête
(1) Lib. I, de Consid.
(2) Encycl. // fermo proposito.
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chrétienne, et l'on ne comprend pas que cela oblige à quelque chose, et qu'il y a des contrastes dont l'effet surprenant suffit à stériliser nos efforts. »
II9 Mode d'action des Laïques.
Mais sous quelle forme particulière convient-il de participer aux Œuvres de l'Église?
Sera-ce sous la forme d'offrandes, de dons faits à l une institution ou à une œuvre catholique ? sous la forme de la charité proprement dite ?
Certes, ici, la tradition chrétienne se joint à la raison, pour dire que l'aumône est l'un des grands soutiens des Œuvres. La condition matérielle qui leur est faite les oblige à des dépenses qui ne peuvent se supporter que grâce à la charité catholique.
Combien d'oeuvres existeraient, progresseraient, si ceux qui en ont la charge étaient véritablement compris et soutenus dans leur zèle ! Nous ne lançons cette exclamation qu'avec la plus extrême réserve, car la reconnaissance nous fait la douce obligation de dire que, en France, la charité fait des merveilles. Combien de noms déjà glorieux sont synonymes de munificence et de générosité ! Combien de monuments, églises, écoles, patronages, cercles, orphelinats, etc., attesteront aux générations à venir la glorieuse prodigalité de ceux qui les ont élevés !
Que cette charité mette le comble à ses bienfaits en se montrant prévenante.
Quelque pénible qu'il puisse être pour le prêtre d'implorer cette charité, il s'y résigne en le faisant pour Dieu. Mais comme son ministère serait plus facilité, si tous ceux qui le peuvent trouvaient en eux-mêmes l'inspiration de leur générosité, ne laissant au prêtre que le soin de l'éclairer et de la diriger, et lui épargnant le souci de solliciter !
Que cette charité soit sage et réglée -, qu'elle sache s'inspirer des vrais besoins de l'Église. Il existe une hiérarchie dans les Œuvres, on doit en tenir compte et mettre chacune à sa place, pour le bon ordre de la charité.
L'Église est universelle, elle ne réside pas toute autour d'un clocher. Il y a des besoins généraux, donc il y a des œuvres générales ; et celles-ci sont les plus importantes et les plus nécessaires de toutes, puisque sans elles les autres n'existeraient pas. Il y a l'Œuvre générale de l'Église avant les œuvres particulières. La charité faite à l'Œuvre est ordinairement plus méritoire, non seulement parce que son objet est plus élevé, mais parce qu'elle est plus cachée, n'étant le plus souvent connue que de Dieu seul.
Quelle que soit l'importance du concours que l'aumône apporte aux Œuvres de l'Église, ce n'est pas ce qu'il y a de plus nécessaire. La participation aux Œuvres réclame, en premier lieu, le dévouement, le don de soi.
Ce dévouement suscitera d'abord le désir de faire du
bien, mais il inspirera surtout la manière de le faire.
Quand un homme sera convaincu qu'il doit donnera Dieu quelque chose de sa vie, de son existence de chaque jour, pour faire du bien autour de soi, il saura bien mettre en œuvre son cœur, ses aptitudes, ses loisirs, son influence, son habileté professionnelle, ses connaissances, son expérience. Tout cela c'est le dévouement. Il suffira de le mettre à la disposition de ceux qui peuvent l'utiliser pour qu'il produise des merveilles.
Mais, à quelles conditions ce dévouement aura-t-il son efficacité ?
Nous reviendrons bientôt, d'une manière plus étendue, sur ces conditions de l'Apostolat : nous ne faisons que les indiquer ici.
Ce sera d'abord à condition que toute coopération à une œuvre catholique sera surnaturelle, comme l'œuvre elle-même ; surnaturelle dans le principe qui l'inspire, et surnaturelle dans l'emploi des moyens mis en jeu. Toute œuvre catholique est une œuvre religieuse, elle doit le rester sous peine d'être sans raison et sans vie.
La participation à une œuvre sera, pour le même motif, désintéressée. Elle doit se faire pour Dieu, dans l'intention de procurer la gloire de Dieu, en faisant le bien du prochain. Qu'il ne s'y montre donc ni vaine ostentation ni préoccupation personnelle quelconque. C'est ici que doit s'appliquer le beau mot de notre illustre et sainte compatriote, la B. Françoise
d'Amboise : « Faisons en toute chose que Dieu soit le mieux aimé. )>
La coopération aux Œuvres devra aussi être intelligente et éclairée. Elle suppose une exacte connaissance des Œuvres et des moyens à y employer. L'ignorance explique bien des insuccès, bien des efforts perdus. Elle explique surtout bien des abstentions. Que de bonnes volontés eussent été heureuses de s'employer au service du bien, si elles avaient su le concours qu'elles pouvaient apporter aux Œuvres catholiques !
Ce sera l'un des grands services que rendront nos Comités et nos Congrès d'éclairer les esprits sur le bien qui reste à faire, et sur la manière d'y contribuer. Bien des fois il m'est arrivé d'en faire la douce constatation après nos Congrès diocésains. Il n'est pas un seul de ces Congrès qui n'ait amené à l'Évêque des concours précieux, suscités par les discussions et les rapports entendus dans ces assemblées de la charité chrétienne.
Enfin, nous demandons que la participation aux Œuvres soit disciplinée.
L'effort individuel n'aboutit presque à rien. L'union et l'association s'imposent donc tout d'abord, si l'on veut produire quelque chose de solide et de durable : « S'associer entre Catholiques, disait Pie X dans sa première Encyclique, dans les buts divers, mais toujours pour le bien de la Religion, est une chose qui a dépuis longtemps mérité l'approbation et la béné-
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diction de nos prédécesseurs. Nous n'hésitons pas non plus, de Notre côté, à louer une œuvre si belle, et Nous souhaitons vivement qu'elle se répande et fleurisse partout dans les villes comme dans les campagnes. »
Ce sont les raisons qui ont décidé les Évêques à créer partout ces Comités et ces Unions catholiques, dont nous parlerons plus loin, comme du moyen le plus sûr et le plus efficace de participer aux Œuvres catholiques.
III0 Rapports des Laïques et du clergé.
Pour faire le bien, il ne suffît pas de s'unir. La discipline demande qu'à l'union on ajoute la coordination. Une armée n'est pas faite de simples soldats rapprochés les uns des autres ; il y faut des chefs, des chefs subordonnés les uns aux autres. Le succès de l'armée catholique est à ce prix.
« Notre grande faiblesse, dit l'écrivain que nous avons déjà cité, notre grande faiblesse, c'est que nous ne donnons pas assez l'impression de la vie. Notre action n apparaît pas comme la constante manifestation d'une force organisée (1). »
Pourtant l'organisation est plus facile aux Catholiques qu'à tous autres. Ils ont déjà leurs chefs, il ne leur reste qu'à se grouper autour d'eux et à accepter leurs ordres.
(1) M. de Mun.
Voici la règle donnée par Pie X : <t Toutes les œuvres qui viennent directement en aide au ministère spirituel et pastoral de l'Église, et qui, par suite, se proposent une fin religieuse visant directement le bien des âmes, doivent, dans tous leurs détails, être subordonnées à l'autorité de l'Église et, partout, également k l'autorité des Évêques, établis par l'Esprit-Saint pour gouverner l'Église de Dieu dans les diocèses qui leur ont été assignés.
« Mais même les autres œuvres, qui sont principalement fondées pour restaurer et promouvoir dans le Christ la vraie civilisation chrétienne, ne peuvent nullement se concevoir indépendantes du conseil et de la haute direction de l'autorité ecclésiastique, d'autant plus d'ailleurs qu'elles doivent toutes se conformer aux principes de la doctrine et de la morale chrétiennes. >
Tout en reconnaissant aux laïques une liberté convenable dans les affaires temporelles et économiques, ainsi que dans celles de la vie publique, toutes choses étrangères au ministère purement spirituel, Pie X ajoute : « Mais puisque les Catholiques portent toujours la bannière du Christ, par cela même ils portent la bannière de l'Église. Il est donc raisonnable qu'ils la reçoivent des mains de l'Église, que l'Église veille à ce que l'honneur en soit toujours sans tache, et qu'à l'action de cette vigilance maternelle les Catholiques se soumettent toujours en fils dociles et affectueux (i). »
(1) Encyc. Il fermo proposito.
LES LAÏQUES ET l'àCTION CATHOLIQUE 99
Gomme le faisait remarquer naguère très justement l'une des voix les plus autorisées parmi les laïques d'action, M. Keller (1), c si nous prétendons former la parti de Dieu, qui donc nous rassemblera ? à qui nous adresserons-nous pour nous apprendre à restaurer toute la société dans le Christ, sinon au sacerdoce, aux ministres et aux Vicaires de Jésus-Christ?
« Il ne sauraity avoir sur ce point aucune hésitation, c'est la discipline inhérente à l'œuvre que nous entreprenons.
« Cette conception est bien loin cependant de nos préjugés, plus loin encore, si c'est possible, de nos habitudes
(( Si bien qu'aujourd'hui, lorsque nous parlons d'une action catholique sous la direction du clergé, bien peu de gens comprennent qu'il puisse s'agir d'autre chose qued'œuvres de prière ou de charité, et qu'il ne manque pas de prêtres pour se retrancher derrière les obligations de leur ministère sacré et décliner une entreprise qui déborde de l'église sur la paroisse et la cité tout entière.
c L'objection est partout, elle est au fond des consciences et des intelligences, lorsqu'elle ne se formule pas en paroles ; elle est, permettez-moi de vous le dire, largement entretenue par des défiances réciproques aussi bien que par notre incurable apathie.
(1) Discours prononcé au Congrès de Besançon, 12 décembre 1912.
100 pour i/acteon catholique
<( Ce sont ces défiances qu'il importe de détruire, c'est cette paresse qu'il faut secouer.
« Laïques au service de Dieu, nous devons à nos prêtres une pleine confiance. Vraiment, je ne comprends pas qu'il puisse en être autrement. Tout à l'heure je vous rappelais les luttes soutenues pour les libertés religieuses en Irlande, en Belgique, en Allemagne. Qui donc inspirait ces luttes, qui les dirigeait, qui en était l'âme, si ce n'est le sacerdoce ? A-t-on jamais vu dans l'un ou l'autre de ces pays, sur un point ou à un instant quelconque de la lutte, les laïques dire à leurs prêtres : « Votre présence nous gêne ici, elle peut nous compromettre ; écartez-vous ; vous nous rejoindrez plus loin. » Non pas, c'est l'union intime et indissoluble du clergé et des laïques qui a fait la force des associations catholiques et qui lésa conduites à la victoire.
« Qu'est-ce donc que vous trouvez de différent chez nous? Nos prêtres ne valent-ils pas les prêtres belges ou les prêtres allemands? Qui oserait l'insinuer? Qui ne sait que notre admirable clergé n'a en aucun pays son égal ?
« Mais, que m'importe ! lorsque j'ai rendu à mon évoque et à mon curé l'hommage personnel de ma filiale vénération ou de mon affectueuse sympathie, je regarde plus haut et je vois le prêtre de Jésus-Christ ; et quand je demande à ce prêtre de me guider au service du Christ, alors, plus haut que tous les préjugés, plus haut que toutes les habitudes, que tous les cal-
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culs ou les raisonnements de la polique et de la sagesse humaine, ma foi me crie que le pilote, auquel je me confie, est patenté par un Maître responsable, qui saura, s'il le faut, allumerlui-même le phare dans la nuit semée d'écueils et tendre de sa propre main la voih au milieu de la tempête.
( Mais, lorsque nous apportons à nos prêtres nos initiatives, avec un dévoûment si absolu et avec une si entière confiance, nous avons, à notre tour, le droit de leur demander d'accueillir ces initiatives sans injuste défiance.
I Trente-cinq ans de vie militaire m'ont appris que l'initiative est la vie d'un corps discipliné, mais aussi qu'il fallait à l'autorité des chefs une rare sagacité pour la sauvegarder. En général, l'autorité se montre d'autant plus jalouse et défiante vis-à-vis des activités personnelles qu'elle est moins sûre d'elle-même ; une autorité bien assise recherche et encourage l'ardeur de ceux qu'elle emploie.
<( Or, ici, quelle est l'autorité à laquelle nous nous adressons? Une autorité divine, une autorité surhumaine ; il n'en est pas qui domine de plus haut le champ sur lequel elle s'exerce ; il n'en est pas qui soit plus sûre d'elle-même ; il n'en est pas qui puisse, sans diminution, faire une plus large place aux activités dont elle doit rester l'âme.
« Vous n'avez, prêtres du Seigneur, rien à craindre de nos initiatives et vous leur devez votre direction.
k Des hommes viennent à vous qui vous disent : « Pères de famille nous sommes responsables de nos enfants devant Dieu, qui nous les adonnés, et devant la famille dont nous sommes les chefs. On nous dit que l'école est empoisonnée. Vous seul pouvez nous aider à reconnaître le mal et à y parer. Eclairez-nous. »
<( Des jeunes gens frappent à votre porte. Ils sont, comme toute leur génération, passionnément anxieux du problème social dont les luttes les enveloppent. Ils ne veulent pas demeurer spectateurs inactifs dans ce conflit où se débattent leurs plus pressants intérêts. Ils ont entendu de loin la voix des Papes. Ils veulent apprendre et ils vous demandent de les instruire.
« Avec eux, viennent des hommes qui, avec plus de maturité et d'expérience, ont déjà mis la main à la besogne. Dans leurs œuvres ils poursuivent des intérêts économiques et matériels, qui sont de leurcompétence ; mais ils veulent en même temps y sauvegarder les grands intérêts religieux et moraux. Pour cela, il leur faut vos lumières et ils les réclament.
« D'autres viennent encore, qui ont vu le peuple corrompu par la mauvaise presse et qui voudraient promouvoir des journaux au service de la vérité. Ils vous disent : « Pour avertir la conscience de nos frères, nous ne pouvons parler qu'après vous, lorsque vous aurez défini le devoir ; nous ne pouvons signaler l'erreur et le mal qu'après vous, quand vous les aurez condamnés. Nous avons nos journaux qui défendent nos intérêts humains, nos préférences politiques, mais
par dessus ces intérêts et ces préférences, nous entendons les mettre au service de la vérité et de la justice. Nous avons besoin de vos lumières, éclairez-nous ! »
« Des électeurs arrivent à leur tour. Ceux-ci ont hâte de défendre les droits de l'Eglise dans la commune et dans l'Etat. Ils vous demandent quelles libertés vous sont nécessaires, quelles sont vos revendications ; ils vous invitent à reconnaître avec eux parmi les candidats ceux qui vous attaquent et ceux qui vous donnent des garanties suffisantes. Ils vous disent : « La guerre religieuse est déchaînée dans l'arène électorale ; avant de prendre parti dans la lutte, encore une fois nous avons besoin de vos lumières, éclairez-nous ! »
« Qu'allez-vous répondre à tous ces hommes avides de vérité ? Allez-vous leur répondre que c'est une affaire qui vous regarde seuls ou que c'est une affaire qui ne vous regarde pas ?
« Non, vous savez bien qu'ils ont besoin de vous et que vous avez besoin d'eux ; que, dans toutes ces entreprises, ils ont leur rôle personnel comme vous avez le vôtre ; que, si ces rôles ne se confondent pas, ils se complètent de toute nécessité ; et je salue cette heureuse nécessité qui nous pousse, prêtres et laïques, dans les bras les uns des autres vers l'indissoluble union, vers l'action commune qui sauvera la patrie... •