‹ Pour l'action catholiqueChapitre 9 sur 65 · IV. — Travail de formation catholique · texte numérisé non relu

IV. — Travail de formation catholique

Former les esprits ! Tel est V objet capital de l'Action catholique ; telle est l'œuvre, importante entre toutes. Si nous voulons défendre efficacement les âmes contre leurs ennemis de toutes sortes, il faut les intéresser à se défendre elles-mêmes, il faut au moins obtenir qu'elles se laissent défendre ; dès lors, il faut qu'elles soient convaincues des dangers qui les entourent et du secours que nous pouvons leur donner.

Telle est aussi la première œuvre à accomplir dans nos groupements. Les Catholiques qui en font partie constituent les cadres de l'armée catholique, ils doivent être instruits du but de nos opérations et des détails de notre action, ils doivent partager toutes les sollicitudes qui nous font agir au nom de l'Église ; ils doivent avoir un esprit vraiment catholique et un cœur vraiment apostolique. Ils ne seront nos auxiliaires qu'à cette condition.

C'est ce que disait excellemment il y a quelques semaines un de nos meilleurs publicistes catholiques (1). •« La besogne essentielle, pressante, primordiale, c'est de former des Catholiques^de vrais Catholiques, armés d'une foi claire et confiante, d'une piété robuste, d'un zèle ardent, d'un courage à toute épreuve. Le curé de village, étouffé dans une atmosphère d'indifférence

(1) M. F. Veuillot.

GG tour l'action catholique

obtuse, qui, ne trouvant pas chez lui les éléments d'un Comité, consacrerait dix ans de ministère à tirer de sa pauvre paroisse une seule de ces vraies forces individuelles, aurait fait infiniment plus en faveur de l'Union diocésaine elle-même, que celui qui, pour établir un Comité de pure apparence, aurait simplement rassemblé, dans une parole éphémère et inactive, une demidouzaine de braves gens. Le premier aurait formé pour l'Union un soldat, le second ne lui aurait préparé qu'une déception. »

Ce que je dis des chefs de l'Action Catholique, il faut le dire aussi, dans une certaine mesure, des simples membres. Ce sont les soldats de l'armée dont les Comités sont les cadres ; les soldats doivent être instruits eux aussi et formés à l'esprit catholique. Je dirai même que c'est le but principal à viser dans nos groupements, c'est dans ce sens qu'on doit en diriger les divers travaux et exercices : quand les membres de nos Unions catholiques auront une vraie mentalité catholique, ils seront apôtres eux aussi, dans les limites où leurs autres aptitudes leur permettront de l'être.

Voilà le travail urgent à faire, dans toutes les réunions de Comités et d'Unions, dans nos groupements de Jeunesse Catholique, dans nos Cercles d'études, et toutes les fois que nous avons devant nous une élite sur laquelle nous voulons pouvoir compter. Car un mal existe aujourd'hui que les siècles de foi n'ont pas connu ; quand le milieu était chrétien, les volontés pouvaient être encore chancelantes et faibles, mais

LE TRAVAIL A FAIRE bi

l'esprit général était catholique : on pensait, on jugeait, on raisonnait en catholique. Aujourd'hui, le milieu dans lequel se meuvent les fidèles, pour leur vie de chaque jour, n'est plus chrétien ; dès lors l'esprit du grand nombre a cessé de l'être.

Combien de Catholiques près de nous pratiquent encore extérieurement leur religion, et n'ont plus une mentalité catholique ? Ils ne pensent plus en catholiques. Prenons-y garde, bientôt ils n'agiront plus en catholiques. N'est-ce pas déjà fait?

N'est-ce pas cela qui explique la conduite de ceux qui croient pouvoir concilier avec leurs pratiques religieuses une attitude anticléricale vis-à-vis des droits de l'Église?

N'est-ce pascelaqui explique la facilité avec laquelle ils votent pour des candidats antireligieux ou ennemis de l'Église?

D'où vient qu'il existe au sein de nos populations croyantes et pratiquantes, tant d'indifférents, vivant à côté de l'Église comme s'ils n'en faisaient pas partie ? Ils ignorent tout de la situation qui lui est faite ; parce qu'ils n'ont pas été atteints personnellement, les maux dont elle a souffert ne les ont pas émus. Ils ne connaissent pas ses œuvres, ils n'en comprennent pas la raison d'être, comment pourraient-ils s'y intéresser? Ils ne savent ce qu'est le Denier du Culte que pour s'en plaindre ; ils ne voient pas dans nos écoles le service rendu aux pères de famille ; ils y soupçonnent toutes sortesd'arrière-penséeschezceuxqui lesfondent

G8 . pour l'action catholique

ou les soutiennent; le moinde journal qui dénigrera nos œuvres trouvera bien plus facilement crédit dans leurs esprits que le dévouement du prêtre ; le prêtre sera tenu en suspicion ou à l'écart ; on sera disposé à admettre facilement toutes les calomnies contre lui. Nous connaissons cet état d'esprit -, il existe même dans notre catholique Bretagne.

Qui n'en voit la gravité ? Il explique l'audace de nos ennemis qui y trouvent un terrain tout préparé pour l'irréligion. Il explique que tout a été possible en France des iniquités que nous avons vu se perpétrer. Il explique que tous les droits de la justice ont pu être violés sans soulever l'indignation publique. Il explique que tout s'oublie et reste sans réparation.

C'est la diminution du sens catholique ; les âmes baptisées ne vont plus, comme d'instinct, vers leur fin, elles ne vont plus à Dieu ; elles ne sentent plus les intérêts de Dieu et de l'Église, elles ne s'émeuvent plus de les voir violés et foulés aux pieds.

Prenons garde, cet état est. voisin de la mort; la chose qui avoisine le plus le trépas, c'est la perte de la sensibilité.

Qu'il est urgent d'y porter remède, par une sérieuse formation catholique des esprits !

Cette formation doit, à l'heure présente, revêtir un caractère particulier.

Il ne suffit plus que le prêtre enseigne du haut delà chaire de son église ; il aura beau varier son enseigne-

Li: TRAVAIL A FAIRE G9

ment, l'approprier aux besoins nouveaux, on nj3 viendra pas l'écouter, ou on l'écoutera avec tous les préjugés du jour.

Il lui faut des porte-paroles, des intermédiaires qui se feront mieux écouter que lui, s'ils osent parler, ou qui du moins traduiront sa parole, dans des acteextérieurs plus influents et plus entraînants souvent que les discours les plus éloquents.

Mais ces auxiliaires du prêtre n'agiront efficacement que s'ils sont eux-mêmes d'un esprit vraiment chrétien, s'ils ont une vraie et forte mentalité catholique.

Encore une fois, apparaît ici la vraie raison d'êtrt de nos œuvres d'organisation catholique, former l'esprit catholique de cette armée de volontaires qui seront les apôtres de l'Église sous la direction du prêtre. C'est dans ces œuvres qu'on éclaire les esprits, qu'on réfute les erreurs, qu'on détruit les préjugés et qu'on donne de solides convictions.

Ainsi entendue, l'Action catholique peut-elle rencontrer encore l'objection que plusieurs Ici ont faite de donner aux prêtres des auxiliaires inutiles et parfois gênants? Avant d'être auxiliaires, ceux que nous formons sont des bénéficiaires de l'action sacerdotale ; on commence par leur faire du bien à eux-mêmes, et le bien qu'ils feront ensuite ne sera qu'un rayonnement du zèle sacerdotal. Qui n'envierait pas ce succès apostolique ?

Dira-t-on que cette action n'est pas possible

partout ? Je ferai miennes ces paroles de mon cher et vénéré collègue de Quimper : « J'ai beau étudier le diocèse, je cherche en vain la paroisse où l'Union catholique n'est pas et nécessaire et possible ; la paroisse où la religion n'est pas en danger, où l'école libre n'est pas menacée et l'école laïque menaçante ; où la persécution ne sévit pas ; où les jeunes gens et les hommes n'ont pas besoin d'être groupés ; où la tiédeur, sinon l'indifférence , n'atteint pas bien des âmes, même croyantes ; où l'apostolat du prêtre n'aurait pas profit à se multiplier par celui de laïques militants ; où les intérêts économiques eux-mêmes ne gagneraient pas à être procurés chrétiennement par des Catholiques de chaque profession, unis entre eux, sans distinction de classe, sous l'étendard de Notre- Seigneur, pour se soutenir mutuellement (1). »

Je cherche moi aussi, et je ne trouve aucune paroisse où cette organisation ne puisse et ne doive se faire.

(1) Discours de Msr Duparc, à la clôture du Congrès de Quimper, septembre 1912.

Considérée dans l'activité bienfaisante qu'elle déploie, dans la charité qu'elle pratique au profit de ses membres, l'Église nous apparaît comme la plus active et la plus féconde des sociétés, celle où le mouvement est le plus intense, celle où il se produit la plus grande somme de bien.

Sur quelque point du monde que nous la contemplions, nous la trouvons en travail incessant d'œuvres de toutes sortes, s'appliquant à tous les besoins de l'humanité pour y subvenir, à toutes les aspirations du cœur humain pour les satisfaire, à toutes les situations pour y répandre le bien sous toutes les formes.

C'est en vain que nous essaierions de compter toutes les organisations et toutes les institutions établies au sein de l'Église, depuis la plus simple confrérie jusqu'à l'œuvre sociale la plus complexe. C'est en vain que nous essaierions de dénombrer toutes les variétés de l'Action catholique.

La langue humaine a plus tôt fait de les définir d'un mot qui, dans sa généralité, en fait mieux ressortir le caractère universel ; elles les appelle les Œuvres catholiques.

Cemotest un privilège pour l'Église. Elle estla seule société qui puisse identifier sa vie avec ses œuvres. Les autres parleront de leurs faits et gestes, parfois encore de leurs institutions, rarement de leurs œuvres. Il y a dans ce mot, je ne sais quoi d'élevé, je ne sais quelle idée de miséricorde et de charité qui ne peut se dire que d'une société humaine et divine tout à la fois.

Considérées dans leur ensemble, les Œuvres catholiques donnent à l'Église sa vraie physionomie : f'iles la montrent dans toute sa force et toute sa vie ; elles font penser à une Mère toute de puissance et de bonté, et en usant à profusion pour ses enfants.

Elles font penser à cette Reine dont le Psalmiste a dit que g son riche vêtement de charité est fait de la variété de toutes les vertus : in vestitu deaurato, circumdata varietate (1).

C'est bien cela, en effet. L'Église est devenue Reine par ses œuvres. C'est par ses œuvres qu'elle a envahi le monde et qu'elle l'a conquis, c'est par ses œuvres qu'elle le domine et qu'elle le sauve comme malgré lui.

En vain eherche-Uil à échapper à son joug bienfaisant : tout ce qu'il essaie de faire en dehors d'elle garde toujours l'empreinte des origines chrétiennes. Plus il cherche à se passer d'elle, plus ses œuvres se multiplient devant lui.

(1) Ps. 44. 10.

T.ES ŒUVRES CATHOLIQUES iô

Jamais siècle peut-être ne fit plus parade d'impiété que le XIX6 ; c'est celui qui gardera dans l'histoire le mérite d'avoir suscité le plus grand nombre d'QEuvres catholiques. Il en devait être ainsi. C'est quand l'homme fait le plus défaut que Dieu intervient le plus magnifiquement : « Homo summe deficiens Deus summe perficiens », dit saint Augustin.

Il semble pourtant que l'Église n'a été instituée que pour une œuvre générale et unique : sanctifier les âmes et les sauver. Dès lors ne lui suffit-il pas de procurer à ses fidèles les grâces dont elle est la dépositaire, par les sacrements, et de leur apprendre à recourir à Dieu par la prière ?

Qu'est-il besoin qu'elle s'occupe, par exemple, des infirmités humaines? des intérêts sociaux de ses fidèles ? Pourquoi se préoccupe-t-elle tant de grouper ses membres dans des associations de toutes sortes? Pourquoi se mèle-t-elle aux luttes politiques et aux intérêts économiques de notre temps? Pourquoi ses ministres ne se contentent-ils pas de rester dans leurs temples, pour y instruire les fidèles de leurs devoirs, les édifier par des cérémonies pieuses, et leur donner la grâce des sacrements ?

Dans toutes ces questions, nous entendons le langage des ennemis de l'Église ; c'est ainsi qu'ils accueillent ses œifvres et qu'ils les défigurent. Ils prétendent n'y voir qu'un injuste empiétement, de sa part, sur les prérogatives de la société civile ; ils lui contestent tout droit à une action extérieure quel-

conque ; ils ne veulent lui concéder qu'un rôle spirituel strictement limité. Oubliant que, dans le passé, les peuples n'ont vécu que des œuvres de l'Église, ils la renient aujourd'hui ; ils essaient de faire une société où les Œuvres laïques, comme ils disent, tueront et remplaceront les Œuvres catholiques.

Leurs prétentions sont si arrogantes, leur audace est si insolente, leurs entreprises sont si somptueuses, les avantages qu'ils possèdent et qu'ils distribuent sont si séduisants que beaucoup de Catholiques de notre temps s'y sont laissé prendre. Il n'est pas rare de trouver, parmi les nôtres, des Catholiques timides, qui, las de lutter contre les tentatives de l'impiété, trouvent plus facile de remplacer la charité par la bienfaisance publique ; des Catholiques peu éclairés, qui, séduits par les sophismes des autres, jugent nos œuvres inutiles ou, tout au moins, les disent trop nombreuses ; des Catholiques assez peu courageux pour envier la douce paresse de ne songer qu'à leur propre salut.

Par suite de la propagande de nos ennemis, il s'est créé, dans certains milieux, une sorte d'indifférence des Catholiques pour les Œuvres de l'Église : les plus indulgents veulent bien y admirer et y louer encore le zèle du prêtre qui s'en charge ; ils n'y voient pas une action essentielle de l'Église, une condition de son existence, et un effet nécessaire de sa mission providentielle. Ils se croient dispensés par là même d'y participer.

Aux uns et aux autres, il faut dire la vérité sur cette question. Les Œuvres catholiques sont tellement liées à la vie de PÉglise que, le jour où elles auraient disparu, l'Église disparaîtrait avec elles; elles font tellement partie «le la vie du Catholique que celui-là ne mériterait plus d'être catholique qui refuserait d'y apporter son concours.

Etablir leurs raisons d'être, c'est montrer une fois de plus la nécessité de l'Action Catholique et en dire l'admirable variété.

Ie — Œuvres de sanctification.

Quoiqu'elle ait pour première mission de sanctifier les âmes, l'Église ne peut pas se passer, pour cette mission même, de moyens naturels, d'instruments humains. Elle a besoin d'organiser les ressources dont elle dispose, soit pour fortifier les volontés, soit pour lutter contre les obstacles qui s'opposent à son action. Gela explique qu'il faille à l'Église des œuvres tendant directement à la sanctification des âmes, en dehors même des moyens surnaturels qui lui appartiennent.

Voilà pourquoi elle a des Œuvres de piété où les efforts sont mis on commun pour mieux procurer la gloire de Dieu ; des œuvres de piété, où l'on tend à la perfection de la vie chrétienne, par l'édification mutuelle et parla pratique de vertus spéciales, plus faciles à observer dans un groupement d'élite.

i b POUR L ACTION CATHOLIQUE

Ces œuvres sont nombreuses, et elles répondent aux divers besoins des âmes.

Les coeurs et les volontés s'associeront avec plus de profit, par exemple, dans des Confréries pieuses, parce que l'édification et les' mérites de l'exemple viendront s'ajouter aux efforts personnels ; les âmes dévouées à la Sainte Eucharistie puiseront plus de ferveur dans une Confrérie du Saint-Sacrement ; les âmes dévotes à Mario trouveront plus d'émulation à se grouper sous son patronage dans ses multiples Congrégations ; les mères de famille auront plus de force pour leurs difficiles devoirs, quand elles se sentiront soutenues par les prières et les exemples des autres dans une Confrérie des Mères chrétiennes ; une fraternité du Tiers-Ordre, une association de piété sous quelque forme que ce soit, sera un remède contre lé respect humain pour les âmes faibles, elle sera un excitant à la vie parfaite pour celles que ne satisfait pas la simple rectitude de la vie ordinaire ; une Mission sera un refuge pour les âmes désemparées ou simplement exposées ; une Retraite, dans le silence et dans la solitude, rendra la paix aux âmes inquiètes, et procurera à d'autres une lumière qui éclairera toute leur existence.

Ces œuvres sont les plus intimement liées à la vie de l'Église.

LES ŒUVRES r.A HIOLIQL'ES //

11° — Œuvres de zèle.

Il en est d'autres qui sont nécessaires à son existence.

Môme si elle se confinait dans l'ordre spirituel, il faudrait à l'Église de quoi pourvoir à la continuité et a la dignité de son culte. C'est à votre zèle qu'elle a recours surtout, femmes généreuses, qui, dans des i ouvres toutes dignes d'être appelées Y Œuvre des Tabernacles, vous préoccupez d'orner la maison de Dieu. et de contribuer à l'éclat des cérémonies, avec toute l'ingéniosité de votre savoir-faire, et avec toute l'ardeur de votre foi.

Il lui faut des ministres, des prêtres. Sans doute c'est Dieu qui les choisit, mais c'est l'Église qui les découvre et qui les forme. Au prix de quels sacrifices, ceux-là le savent, qui apprécient tant et qui soutiennent si généreusement Y Œuvre des Séminaires pour la culture vocations ecclésiastiques, et Y Œuvre du Denier du culte.

Il lui faut des défenseurs contre ses éternels ennemis, pour revendiquer ses droits méconnus, et pour protéger ses libertés nécessaires. Elle a besoin qu'on mette à son service, sinon la force d'un bras séculier, du moins les lumières de l'intelligence, la vigueur et l'éloquence de la parole, la résolution de la volonté. C'est ce qu'elle a trouvé de nos jours dans toutes ces œuvres de Défense catholique, où se sont

associés les plus riches talents et les plus beaux dévouements. Qui peut lui en vouloir d'intéresser ainsi à sa propre conservation, à la défense de son indépendance et de sa liberté, les meilleurs de ses enfants?

Il lui faut des apôtres, parce qu'elle a reçu de Dieu la mission de prêcher l'Évangile dans le monde entier. C'est sa gloire d'avoir c demandé des apôtres à toute génération qui se lève et d'en avoir trouvé au sein de toutes les générations (1). » C'est l'honneur de notre temps, et celui de notre pays, d'avoir suscité ces belles œuvres de la Propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance, admirable pépinière des dévouements les plus sublimes, et source d'espérances les plus précieuses, pour ceux qui m reçoivent les bienfaits comme pour ceux qui les accordent.

Il arrive des époques où l'apostolat n'est pas simplement l'exercice du droit de conquête que l'Église a reçu de son divin fondateur ; il devient un moyen nécessaire de conservation religieuse et morale. L'apostolat ne s'exerce plus seulement sur les plages lointaines et barbares ; c'est au sein des civilisations les plus avancées qu'il faut le pratiquer.

Nous sommes à l'une de ces époques.

Sous des influences diverses, les esprits reviennent aux aveuglements du paganisme ; l'enfance est élevée

(1) P. Lacordaire.

en dehors de toute notion religieuse ; au contact des mœurs corrompues, la jeunesse perd la pureté qui permet de voir Dieu ; il se fait partout autour de nous, sous les coups de la presse impie et des passions politiques, un effondrement de toutes les croyances. L'Église ne peut pas rester le témoin attristé de cette décomposition morale et sociale ; sous peine de n'être plus qu'un souvenir, — ce qui ne doit pas être — il lui faut reconquérir les âmes en perdition. C'est pour cela qu'avec plus de force, et aussi, disons-le, avec plus de succès que jamais, elle a créé ces œuvres d'àpostolat qui seront le salut de notre pays : œuvre de Saint François de Sales, œuvre des Campagnes, ligues de Femmes chrétiennes, et bien d'autres. Missionnaires et apôtres à l'intérieur, comme les autres le sont à l'extérieur, ils sont légion ceux et celles qui sèment la foi chrétienne dans les œuvres de Catéchisme et de Propagande religieuse.

Catéchistes volontaires, admirables institutrices du peuple, qui adoptez ses enfants pour leur procurer le savoir religieux qu'on leur refuse ailleurs, vous ne serez jamais assez exaltées pour le bien que vous faites au nom de l'Eglise. Si la France chrétienne ne périt pas dans le flot d'impiété qui la menace, c'est à vous qu'elle devra son salut. Laissez nos ennemis se rire de votre dévouement, vous faites l'œuvre des œuvres, celle pour laquelle Jésus est venu sur la terre, l'évangélisation des pauvres, pauperes evangelizantur. Votre prochaine récompense sera de voir le

peuple comprendre enfin que, si vous vous intéressez à ses enfants, ce n'est pas pour quelque motif humain, mais uniquement par l'amour que l'Église vous a inspiré. Le peuple dès lors se réconciliera avec l'Église, et aussi, disons-le, avec ceux qui, dans la société, ont pu exciter parfois sa jalousie par leur supériorité. Il verra que cette supériorité leur sert sur- r tout àl'aimer plus efficacement et plus généreusement.

C'est cet avenir qu'entrevoient nos ennemis, et c'est ce qui les irrite contre le dévouement de l'Église.

Laissons-les dire et multiplions nos œuvres. Il sera vrai une fois de plus que l'iniquité se ment toujours ;i elle-même.

C'est ce qui -arrivera pour toutes les autres œuvres que la persécution présente oblige l'Église à créer.

. La plupart de nos œuvres de protection de l'enfance, comme nos écoles et nos patronages, ont leur raison «L'être dans la nécessité où est l'Église de résister aux entraves qu'on apporte à son œuvre rédemptrice.

Il s'est fait une terrible coalition contre l'enfance, dans notre pays surtout. Les quatre cinquièmes des ( nfants de France sont élevés aujourd'hui, sans que, aux leçons qui doivent former leur esprit et leur cœur, soit jamais mêlé un enseignement qui leur rappelle leur origine et leur destinée divines ; et pourtant ces enfants sont des baptisés, des enfants de Dieu, des frères de Jésus-Christ. Est-ce que l'Église

peut prendre son parti de les voir ainsi grandir, sans que jamais leur soient rappelés le nom de leur Père et le nom de leur Sauveur ? Est-ce que l'Église peut consentir à ce que jamais ces enfants ne connaissent les leçons de la morale chrétienne dont elle a reçu le dépôt ? Est-ce que l'Église peut permettre que toutes les habitudes, dont ils vivront plus tard, puissent se former en eux d'après des principes purement païens?

Faite pour sauver les âmes, elle ne peut subir cette contradiction.

Non contente de multiplier ses catéchismes, de rappeler plus fortement aux parents leurs devoirs, elle ouvre, autant qu'elle le peut, des écoles catholiques où trouveront asile, pour leurs enfants, les familles préoccupées de leur donner l'éducation chrétienne. Elle n'a qu'un regret, c'est de ne pas pouvoir les multiplier davantage, tant sont écrasants les sacrifices que cela lui impose, tant lui font défaut les concours qui lui seraient indispensables. Elle en est ré- ' duite, en maints endroits, à gémir sur cette génératio n qui s'élève en dehors d'elle, et à prier pour que 1- s familles elles-mêmes, comme la nation tout entière ? n'aient pas à expier trop durement le crime de ceux qui arrachent Dieu au cœur de l'enfant !

L'Église fait pour la jeunesse ce qu'elle fait pour l'enfance. Elle travailleàsonéducation, dans desœuvres de toutes sortes ; elle sait bien que le jeune homme et la jeune fille ne sont pas formés sur les bancs de l'école ou du catéchisme ; elle continue leur formation en

les préservant du mal qui les entoure ; elle achève d'éciairer leur intelligence, à l'âge où l'erreur les menace le plus, et de fortifier leur volonté, ù l'heure où les pasions se développent.

Pour y réussir, elle ne négligera rien : la jeunesse a besoin d'exercer ses forces physiques, elle lui ouvrira ses sociétés de gymnastique et de sports ; la jeunesse a besoin d'apprendre à travailler pour assurer son avenir,, elle créera pour elle ses ouvroirs, ses ateliers : la jeunesse a besoin d'idéal, elle organisera partout des cercles d'études où l'esprit et le cœur trouveront à se satisfaire, tout en se préparant aux missions du lendemain.

Il n'est pas un besoin intellectuel ou moral auquel l'Église n'apporte aujourd'hui le concours de ses œuvres: que ce besoin vienne de la nature ou de l'inimitié des hommes, elle est là. Sa Presse répond au besoin de lire qu'ont les esprits de nos jours, en même temps qu'elle combat le mal produit par le mauvais journal ; ses Bibliothèques et ses Conférences populaires instruisent le peuple, en même temps qu'elles le protègent contre les sophismesde l'incrédulité. S'il le faut, pour combattre l'immoralité du théâtre, elle créera un Théâtre chrétien, comme elle a créé la Chanson populaire chrétienne, l'Affiche chrétienne, etc. Par tous les moyens en son pouvoir, elle dispute les âmes à qui veut les lui ravir ; et en cela (il faut le redire), elle ne fait que rester fidèle à sa mission de les sauver.

III0 — Œuvres charitables et sociales.

C'est cette même préoccupation qui l'attire sur la terrain de la charité proprement dite, et qui la fait mettre, au service de toutes les infirmités humaines, ses hôpitaux, ses orphelinats, ses asiles, ses sociétés charitables de toute nature.

Elle se dévoue à ceux qui souffrent, parce qu'elle est bonne comme Dieu son fondateur ; parce qu'elle a reçu de Dieu la mission d'aimer les hommes et de leur faire du bien en toutes manières. Qui pourrait le lui reprocher?

Mais elle s'y dévoue aussi, parce que sa mission de rédemptrice des âmes l'y oblige. Elle sait que les misères de ce monde sont mauvaises conseillères ; elle sait que la pauvreté et la maladie sont des obstacles au bien, qu'elles engendrent le blasphème, et qu'elles peuvent mener au désespoir et à la damnation ; elle sait aussi que la pauvreté et la maladie généreusement supportées peuvent conduire au ciel. Dès lors, sans sortir de son domaine propre, elle se donne tout entière à la misère et à la souffrance.

Les intérêts de ce monde sont aussi, pourl'àme chrétienne, une cause de ruine spirituelle ou de félicité éternelle, selon l'usage qui en est fait.

A cause de cela, l'Église s'en approche, pour les favoriser et les maintenir dans l'ordre providentiel.

A ceux qui lui reprochent de s'occuper de mutua-

litcs, d'organisation du travail, et d'œuvres économiques en général, l'Église peut répondre : c Voyez le bien que j'ai fait, voyez le mal que j'ai empêché. J'ai mis dansle monde plus de justice et plus de charité ; il ne tient pas à moi d'arrêter toutes les luttes fratricides qui désolent nos sociétés. Qu'on me laisse faire, je proclamerai et je ferai accepter les vraies lois sociales qui diminueront les conflits du travail. Je ne demande qu'à faire pénétrer l'Évangile dans le monde, pour y porter avec lui la lumière et l'amour. »

Voilà la noble mission que remplit l'Église dans ses œuvres catholiques.

Comme l'a dit manifîquement Pie X, son but est de tout restaurer dans le Christ.

Elle veut restaurer dans le Christ, « non seulement ce qui lui incombe en vertu de sa divine mission qui est de conduire les âmes à Dieu, mais encore ce qui lécoule spontanément de cette divine mission, la civilisation chrétienne, dans l'ensemble de tous et de chacun des éléments qui la constituent (1). »

C'est en participant aux œuvres de l'Église que se' réalise principalement Y Action Catholique telle qu'elle s'impose aux Catholiques de nos jours. C'est par les Œuvres qu'ils soutiendront l'Église et l'aideront à remplir sa mission.

Qui doit lui donner ce concours ?

(1) Ency. Il fenno proposito, aux Evêques d'Italie.

Page 1