‹ Pour l'action catholiqueChapitre 13 sur 65 · II. Le Courage dans la jeunesse · texte numérisé non relu

II. Le Courage dans la jeunesse

On peut être surpris, en effet, qu'il n'y ait pas plus d'idéal chez certains jeunes gens, surtout chez ceuxqui ont reçu une éducation chrétienne. C'est la mollesse qui l'a tué. Le manque de courage est le grand ennemi de l'idéal, car l'idéal demande qu'on lui con-

forme sa vie, à quelque prix que ce soit ; dès lors, il exige la gêne et le sacrifice.

Nous le rappelions tout-à-1'heure, quiconque veut conquérir doit prendre la croix pour étendard ; la croix, c'est-à-dire le sacrifice, l'immolation, tout au moins l'énergie et le courage.

Ces mots ne doivent pas effrayer. « La gloire des jeunes gens, a dit le Saint-Esprit, c'est leur courage. Exultatio juvenum fortitudo eorum (1). y> L'éternelle gloire delajeunesseest de savoir se sacrifier et s'immoler ; car cet âge est l'âge des héroïques dévouements ; c'est à cet âge même qu'on sait le mieux mourir.

La Sainte Eglise ne lui demande pas de s'immoler jusqu'à l'effusion du sang, mais elle lui demande de se donner entièrement et généreusement à la réalisation de l'idéal chrétien qu'elle lui a montré.

Il est raconté dans la légende de saint Christophe qu'il avait voué sa vie aune mission de charité. Il avait fixé sa demeure sur les bords d'un torrent aux eaux rapides ; robuste autant que charitable, il se dévouait au service de ses concitoyens en les portant d'une rive à l'autre. Un soir que la tempête était déchaînée, un enfant frappe à la porte de Christophe et lui demande de le passer sur l'autre rive. Christophe se rend à son désir, le prend sur ses épaules et entre dans le lit du fleuve. Mais plus il avance, plus il sent sa charge s'augmenter. Tout surpris, il s'écrie : « 0 enfant, que tu

(1) Prov, xx, 29.

l'action des jeunes 113

es pesant ! » — « Ne t'en étonne pas, répond l'enfant, tu portes celui qui porte le monde ».

Ceux qui acceptent de porter Dieu, à travers les eaux tumultueuses et parfois fangeuses du monde qui nous entoure, prennent une difficile mission ; ils chargent leurs épaules d'un fardeau dont ils sentiront de plus en plus le poids. N'en soyons pas surpris, ils portent celui qui porte le monde, celui sur lequel se sont appesantis tous les opprobres, toutes les haines, toutes les passions. Comment ne sentiraient-ils pas cet immense fardeau ?

Déjà vous l'avez senti, et bien des fois, chers jeunes gens qui êtes la gloire de nos Œuvres catholiques. Votre cœur a bondi souvent sous l'outrage fait à Dieu et qui rejaillissait sur vous. Bien des fois, dans vos coeurs honnêtes et loyaux, vous vous êtes indignés, en vous voyant méprisés d'un grand nombre, à cause de votre fidélité à Dieu. Je comprends votre indignation et je la partage. Il est beau d'être martyr pour une sainte cause ; mais il est dur de se voir condamné pour avoir fait son devoir ; il est pénible d'être toujours du côté des vaincus, d'être toujours d'une minorité qui ne triomphe pas, d'une minorité avec laquelle on ne veut plus compter.

C'est le sacrifice, c'est la croix ; mais vous les acceptez, jeunes gens, parce que c'est le devoir.

Vous signeriez, j'en suis sur, ces belles paroles de Montalembert : « S'il nous eût été donné de vivre au temps où Jésus vint sur la terre, et de ne le voir qu'un

moment, nous aurions choisi celui où il marchait, couronné d'épines et tombant de fatigue, vers le Calvaire ; de même nous remercions Dieu de ce qu'il a placé le court instant de notre vie mortelle à une époque où sa religion sainte est tombée dans le malheur et dans l'abaissement... Nous ramassons avec amour les débris de sa croix, pour lui jurer un culte éternel. On l'a brisée sur nos temples, nous la mettons dans le sanctuaire de nos cœurs, et là nous ne l'oublierons jamais. De la terre où on nous l'a détruite, nous la replaçons dans le ciel, et là nous lisons encore une fois autour d'elle cette parole divine : « In hoc signo vinces (1) ».

Mais quel que soit le courage en face de l'impiété des autres, on ne saurait se contenter d'opposer une stérile résignation à leurs moqueries et à leurs persécutions. Il faut secouer le joug d'une opinion tyrannique qui proscrit ceux qu'elle ne peut imiter, et répondre à l'insolence des impies par une action catholique de plus en plus généreuse.

Le meilleur moyen d'étendre le règne de Dieu, c'est de le montrer, de le faire connaître avec sa bienfaisante influence ; c'est d'agir au nom de l'Eglise, c'est de faire voir quelles ressources elle possède pour le bien de nos sociétés.

Voilà pourquoi la jeunesse catholique ne saurait

(1) L'Avenir, 21 février 1831.

l'action des jeunes Mo

remplir de mission plus féconde que celle à laquelle on la convie, en lui rappelant son devoir social, et qu'elle accomplit si bien, en se faisant l'auxiliaire du clergé paroissial, dans les patronages, les conférences, les syndicats, les secrétariats du peuple, etc. Le dévouement à ces œuvres est une prédication constante de la grande vérité si méconnue, et rappelée par Léon XIII dans son Encyclique Immortale Dei, à savoir (( que l'Eglise, en dehors de ses œuvres immortelles, accomplit dans le monde, même pour la félicité de cette vie, une mission de salut ».

Mais à cette action il est nécessaire de déployer un courage qu'on rencontre trop rarement dans la jeunesse de nos jours. Qu'on me laisse le dire. Nous trouvons beaucoup de jeunes gens qui se mettent de toutes les ligues et de toutes les œuvres . S'il ne s'agit que d'allumer un lampion ou d'accrocher un drapeau, ils viennent avec empressement. Mais demandez à beaucoup de faire du bien autour d'eux, de se dévouer, de travailler pour les autres, demandez-leur même de se irêner, de déranger un peu leurs habitudes, d'abandonner une partie de plaisir, de sacrifier quelques instants de sommeil pour une œuvre qui sollicite leur concours, ils ne répondront pas à votre appel. Vous leur demandez plus qu'ils n'ont le courage de faire.

Quand on veut accomplir une œuvre, il faut commencer par y mettre de son cœur et de sa vie.

Il est relativement facile et agréable même d'aller porter, une fois en passant, au pauvre que l'on visite, le bon de pain que l'on est chargé de lui distribuer ; mais, pour le faire régulièrement, pour le faire, comme il convient, avec la véritable affection du cœur, on doit vaincre en soi bien des hésitations, bien des répugnances peut-être.

Il est relativement facile et agréable d'entrer une première fois dans un patronage ; on est heureux de sentir qu'on y exerce une influence, mais quand il faut recommencer ce ministère chaque jeudi et chaque dimanche, quand il faut en ajouter la charge à ses obligations professionnelles, quand il faut lui sacrifier ses parties de plaisir et ses délassements légitimes, on est réduit à porter un joug bien lourd.

Quelle que soit l'œuvre à laquelle on se livre, l'enthousiasme du début cède vite la place au désenchantement et à la lassitude, et c'est alors qu'on doit être courageux pour suppléer par le dévouement à l'enthousiasme disparu, courageux pour ne pas se laisser abattre par l'insuccès et les déceptions, courageux en face de la jalousie qui suspecte les intentions et les dénature, courageux en face de la lâcheté qui, n'ayant pas la force d'imiter, cherche à dénigrer, pour se dispenser d'agir. Toutes ces épreuves que connaissent bien ceux qui ont pris part à une action sociale ou religieuse, toutes ces épreuves, il faut les envisager et les accepter à l'avance, si l'on veut faire quelque chose.

l'action des jeunes 117

Un jour, sous les murs d'Hippone, on entendit les chevauchées barbares. Le peuple effrayé s'écriait : « C'est la fin du monde ». Mais Augustin le rassura en disant : « Non, c'est le commencement ».

En face du chaos intellectuel et social dans lequel se débat aujourd'hui notre pauvre société, on serait tenté de croire que sa fin est proche.

J'aime mieux y voir le signe précurseur de cette victoire de Dieu à laquelle l'Église convie sa chère jeunesse, et espérer que du chaos jaillira bientôt une société toute renouvelée.

Un monde nouveau commence, en effet, avec le siècle qui s'ouvre. Ce monde que sera-t-il ? Il sera, jeunes gens, ce que vous l'aurez fait. Car c'est vous qui en serez les arbitres. Puissiez-vous le guider toujours bien, et le conduire au Dieu qui vous a donné la mission de le lui ramener !

Quand on parle d'Action catholique, il ne vient à personne la pensée d'en exclure les femmes. Le bien que produisent sous nos yeux les femmes catholiques est trop manifeste pour qu'on puisse se passer de leur collaboration.

Sans doute, l'Église fait spécialement appel aux hommes. Mais cela même est à l'éloge de la femme catholique : le concours de celle-ci lui est si assuré que l'Église n'a pas besoin de le lui redemander sans cesse. Hélas ! il n'en est pas ainsi des hommes, trop absorbés par d'autres préoccupations pour faire aux choses religieuses la place qu'elles méritent. Et pourtant leur concours serait d'autant plus précieux que, en travaillant pour l'Église, ils lui apporteraient l'avantage de leur influence sociale et de leurs autres qualités. C'est pour cela que l'Église leur demande de se mettre à la tête de l'Action Catholique. Mais elle compte toujours aussi sur l'action apostolique de la femme.

Page 1