I. — La femme apôtre
La femme doit sa vocation d'apôtre à ses qualités naturelles de tempérament, d'esprit et de cœur qui
lapréparent admirablement aux labeurs de l'apostolat. Dieu ne faisant rien d'inutile, il est juste de dire que. dans l'ordre providentiel, ces qualités doivent être utilisées pour la diffusion de la vérité et de la vertu. Quels admirables auxiliaires sont, pour cette diffusion, le dévouement et l'enthousiasme qui germent comme naturellement au cœur de la femme ! Quelle force de persuasion elle possède ! Quelle résistance dans l'épreuve et dans le sacrifice I
Mais la femme doit surtout à sa foi chrétienne de se faire apôtre.
Si elle ne Tétait qu'en vertu de son tempérament, son dévouement risquerait d'être éphémère ; il deviendrait vite un accessoire de luxe, une occasion de parade ou de vanité, une affaire de mode, et toujours quelque chose d'inconstant et de superficiel.
La femme chrétienne se fait apôtre, pour répondre aux appels de Dieu.
Il n'es^pas téméraire de parler ainsi. Du jour où la première femme entraîna l'humanité dans la voie de l'erreur, il resta, pour toutes celles qui devaient venir après elle; l'obligation de réparer cette première faute. Mais c'est depuis la venue de Jésus-Christ surtout que la femme a été appelée à l'honneur de l'apostolat, sinon pour répandre elle-même directement la doctrine (ce qui fut confié aux apôtres,, du moins pour être l'auxiliaire de la vérité.
Les saintes femmes qui accompagnaient Notre-Sei-
gneur dans ses courses évangéliques, et qui subvenaient à sa nourriture et à celle des apôtres, furent les premières à remplir ce rôle. A leur exemple, les femmes des premiers chrétiens ouvraient leurs maisons aux disciples de Jésus-Christ et en faisaient des églises ; les veuves et les diaconesses des premiers âges du Christianisme continuèrent cette mission de charité.
Depuis ce temps on trouve la femme chrétienne partout où il y a un acte de charité à accomplir.
« Depuis Tabitha, la généreuse veuve de Joppé que saint Pierre ressuscitait sur les instances des pauvres ; depuis la fille des Fabius, fondant à Rome le premier hôpital et lavant, de ses mains, les plaies des lépreux ; depuis Mélanie l'ancienne et Mélanie la jeune, l'aïeule et la petite fille, qui affranchissaient des milliers d'esclaves et qui vendaient leurs immenses domaines pour fonder des hôpitaux, jusqu'à sainte Elisabeth de Hongrie et à la sœur de saint Louis, Isabelle de France, baisant les ulcères qu'elles soignaient ; jusqu'à MlleLe Gras, étant encore dans le monde et multipliant avec saint Vincent de Paul les secours de la charité ; jusqu'aux femmes de notre siècle créant la Propagation de la Foi et tant d'autres œuvres admirables, on n'en finirait pas, s'il fallait citer toutes les œuvres des femmes chrétiennes qui se sont illustrées dans l'exercice du zèle et de la charité (1). »
A voir cette universalité du dévouement chez la
(1) Abbé Lenfant, Le Cœur,\)t 192.
femme, on dirait qu'elle a voulu ainsi témoigner sa reconnaissance au Christianisme qui la délivra du joug cruel, sous lequel elle gémit dans les siècles de paganisme. Mais il est permis d'y voir» surtout une récompense, une bénédiction descendue du Calvaire sur les saintes femmes qui eurent le courage de ne pas abandonner le divin Crucifié. Désormais, partout où il y aura une croix, on y trouvera aussi la femme compatissante. On les verra l'une et l'autre dans les hôpitaux, dans les prisons, sur les champs de bataille, dans les mansardes et les taudis, près de toutes les blessures et de toutes les souffrances.
La femme charitable deviendra en même temps un foyer de vertu. Ce n'est que depuis le Calvaire qu'on a vu, chez elle, l'héroïsme de toutes les vertus, l'héroïsme de la souffrance, l'héroïsme de la pénitence et des austérités, l'héroïsme du dévouement, etc. Dieu a voulu la faire collaborer à l'œuvre de la rédemption du monde, et il semble bien que ce soit pour cela surtout, que ce soit pour lui donner plus d'influence au service du bien, que Dieu lui a accordé ce' prestige, cette sorte de royauté qu'elle aura dans nos sociétés chrétiennes.
De notre temps, l'Apostolat féminin a pris deux caractères qu'il n'avait pas autrefois au même degré : il est devenu l'œuvre de toutes, et il s'est donné un objet plus étendu.
Il n'est plus le privilège des âmes vouées à la vie re-
îigieuse ; il existe et même il s'organise, jusque dans le salon de la femme du monde : la femme d'œuvres est devenue, dans notre société, un type qui se concilie le respect et la reconnaissance.
La charité féminine s'est toujours préoccupée du bien à faire aux âmes, et en soignant les corps, elle eut toujours l'intention de donner aussi aux âmes le bénéfice de son dévouement. Mais il n'est pas exagéré de dire qu'il était réservé à notre temps de la voir s'appliquer plus directement et plus immédiatement aux œuvres d'apostolat proprement dit.
Les femmes missionnaires sont surtout une des gloires du XIXe siècle ; les dames catéchistes sont l'honneur de notre XXe siècle.
Ce n'est pas à dire que la charité ait été moins grande aux siècles précédents. Non, mais les besoins n'étaient pas les mêmes.
Quand la société tout entière était imprégnée du christianisme, il n'était pas nécessaire que des femmesapôtres s'en fissent les missionnaires !
Quand toutes les familles étaient chrétiennes, il n'était pas nécessaire que des dévouements étrangers vinssent suppléer aux dévouements maternels, pour faire l'éducation de l'enfance !
C'est une manifestation providentielle que, à l'heure où l'enfant allait être perverti par l'école impie, et par la négligence des parents, des âmes se soient offertes pour lui apprendre le catéchisme, ou même pour lui donner le bienfait d'une école chrétienne ; que d'autres
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soient venues lui ouvrir des patronages et des asiles de toutes sortes, pour la défense et le développement de sa foi.
C'est le même prodige de charité qui a suscité chez nous le bon journal en face du mauvais, la propagande religieuse contre la propagande athée, l'hôpital catholique à côté de l'hôpital paganisé, l'atelier chrétien vis-à-vis de l'atelier immoral, le syndicat catholique près du syndicat socialiste, la mutualité à esprit religieux contre la mutualité neutre et à tendances antichrétiennes !
Il est non moins merveilleux de constater que, à l'heure où le développement de l'industrie a changé toutes les conditions d'existence, chez un trop grand nombre de femmes obligées de travailler pour vivre, il se soit trouvé près d'elles des générosités de femmesapôtres, des initiatives féminines des plus hardies, pour venir à leur aide, et sauvegarder en elles la dignité du sexe et la vertu.
C'est une femme catholique, Mlle Rochebillard, qui eut l'idée de fonder pour les ouvrières des associations professionnelles catholiques. Après avoir travaillé, comme elle le dit elle-même, pendant 22 ans, elle se mita cette œuvre magnifique : c Je fus frappée de deux faits, dit-elle : d'une part, la situation difficile, isolée, pour ne pas dire abandonnée, de la femme obligée de travailler pour vivre, et d'autre part, le nombre de plus en plus grandissant de femmes demandant à l'industrie ou au commerce le pain quoti-
dien. J'entrevis bien vite dans le groupement un puissant moyen d'action, mais avant d'oser aborder la formule syndicale, il me fallut du temps et de la réflexion (1) ».
Depuis lors, les Syndicats féminins se sont établis et multipliés, pour la plus efficace protection de l'ouvrière. Des institutions annexes de cours professionnels, de cours ménagers, de maisons de famille, de bureaux de placement, de mutualités, de caisses dotales, de bibliothèques, etc., sont venues compléter cette organisation et montrer que l'initiative de la femme est à la hauteur de son dévouement, quand il s'agit de faire du bien.
Je ne sais pak s'il existe encore quelqu'un pour se scandaliser de ces efforts, et dire que la femme sort de son rôle, en se donnant cette mission sociale.
Les faits ont suffisamment prouvé la légitimité de cette action, pour que personne n'ait le droit de s'en plaindre, sous peine de se voir accusé de critiquer ce que l'on n'a pas le courage d'imiter.
Dans la lutte que soutiennent aujourd'hui les Catholiques, une tendance s'est fait jour et s'est accentuée de plus en plus depuis vingt ans. La Franc-Maçonnerie, qui semblait s'être désintéressée jusque-là de l'éducation de la femme, a entrepris de conquérir l'âme féminine.
« Nous pensons, disait M. L. Bourgeois, en 1897, que l'éducation de la femme est une des nécessités de
(1) Syndicats d'ouvrières lyonnaises {Action populaire).
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l'organisation actuelle... Vous savez très bien ce que sera le rôle de la femme au point de vue politique, le jour où nos idées auront triomphé (1). »
On devine ce que devait être, dans la pensée de ses dirigeants, cette organisation de l'éducation de la femme ; nous avons vu ce qu'elle est devenue dans l'école laïque, et dans toutes ses œuvres annexes.
La charité catholique a rencontré là un nouveau champ de bataille, elle ne l'a pas déserté. De tous côtés des œuvres ont surgi pour empêcher cette conquête impie de l'àme féminine. En vain la Franc-Maçonnerie avait-elle cru pouvoir arrêter la résistance en supprimant les Congrégations religieuses ; des milliers d'âmes se sont levées pour prendre la place des Congréganistes expulsées, et continuer, en la développant, à l'école, au patronage, à l'ouvroir, à l'atelier, etc., l'œuvre commencée.
Les tentatives de l'ennemi n'auront servi qu'à multiplier le nombre des apôtres féminins.
N'est-ce pas à cette guerre religieuse qu'est due la création de ces Ligues féminines qui ont su grouper dans un effort commun tant d'initiatives et de dévouements ? Ces Ligues ont procuré à l'apostolat féminin l'organisation qui lui manquait un peu. Si l'union pouvait y être plus complète, si toutes traces d'opposition pouvaient disparaître, quelles victoires il nous serait encore donné de contempler !
(1) Bulletin de la Ligue de l'enseignement, septembre 1897.
La discipline leur est nécessaire. Que ces Ligues soient et demeurent des forces organisées, au service de la paroisse et du diocèse, et elles auront une action vraiment féconde.
Elles ne visent qu'à ce rôle. Nous en trouvons l'affirmation dans les paroles suivantes qui semblent bien traduire l'esprit qui convient aux Ligues féminines d'Action Catholique :
« La Ligue n'est pas une oeuvre aux règles strictement définies et rigides, mais plutôt une formation donnée aux adhérentes, un esprit d'Apostolat qui leur est communiqué....
« La Ligue, œuvre de formation, est donc le séminaire des femmes d'QEuvres, et cette milice ainsi formée, elle la met entièrement au service de l'Evêque, parce qu'elle est catholique, profondément respectueuse de la hiérarchie ecclésiastique, entièrement soumise à ses directions
<( Autour de l'Evêque, la Ligue, tout en gardant sa complète autonomie et sans se laisser absorber, s'unira avec toutes les Associations catholiques masculines ou féminines ; elle formera avec elles l'armée Catholique évoluant sous la direction des chefs de l'Église, dans une union complète, pour bouter dehors l'ennemi de Dieu, l'adversaire commun (I) ».
(i) Rapport de M"' de Wall, au Congrès de la Ligue patriotique, à Lourdes, 1912.
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