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II. — L'Apostolat de la femme au foyer de la famille

Quel que soit le zèle déployé par la femme dans les Œuvres catholiques, il n'est pas rare d'entendre critiquer ce zèle, pour cette raison que la place de la femme semble devoir être surtout au foyer de la famille, et que sa mission l'attache surtout aux grandes responsabilités de la maternité.

Ici, il faut faire la part de la vérité et la part de l'exagération. La femme honorée de la maternité se doit avant tout aux charges que cet honneur lui impose, et elle ne peut prendre part à une action extérieure que dans la mesure où cette action peut se concilier avec ses devoirs primordiaux.

Mais la femme, avant d'être mère, peut bien donner à Dieu et aux Œuvres les prémices de son existence. Combien de jeunes filles ont fait dans la pratique des Œuvres l'apprentissage de la vie, et y ont puisé une expérience, une maturité, un dévouement dont un foyer chrétien devait être le premier à bénéficier? Combien d'autres y auraient gagné en sérieux, en abnégation, si, au lieu de se laisser prendre à toutes les frivolités et à toutes les mondanités, elles avaient vu de bonne heure la nécessité de faire du bien autour d'elles !

Il ne manque pas de mères de famille sachant concilier avec une grande charité les obligations de leur

intérieur et en faisant même un moyen d'éducation pour leurs enfants. Sans parler des bonnes grand'mères qui sont le plus souvent les modèles du dévouement obscur, combien de mères de famille penseAt, à juste titre, que Dieu leur rendra, dans leurs enfants, le bien qu'elles auront paru donner aux autres ? « J'ai soin de mes pauvres, disait Marguerite de Médicis, mère de saint Charles Borromée, Dieu aura soin de mes enfants. »

Mais, lors même que le dévouement de la femme est obligé de se renfermer dans le cercle de la famille il doit être, et il est pour tous un véritable apostolat.

Nul ne sait dans quelle mesure il peut être apôtre.

« Au lieu d'être des accidents isolés et d'expirer sans effet, nos actes s'intercalent dans le "courant de la vie commune ; tout homme vivant paçmi ses semblables est un spectacle, et généralement un spectacle est un exemple ; nécessairement, que nous le veuillons ou non, par le fait même que l'homme est un être social et qu'il est entouré d'autres hommes, nous agissons sur autrui. Chacun de nous influe sur tous, et tous sur chacun.

c Ici-bas d'ailleurs, nous ne pouvons mesurer d'uno façon certaine tout le bien ou tout le mal que nous faisons ; parmi les conséquences de notre conduite, nombreuses sont celles qui nous échappent; sans le savoir, nous sommes des bienfaiteurs ou des objets de scan-

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dale pour des hommes que nous ignorons ; la portée complète de notre vie n'est connue que de Dieu ; seul il peut entrevoir, et seul il peut évaluer le grand nombre de résultats auxquels nous n'avons pas eu conscience de collaborer directement, et qui pourtant, sans l'intervention des petits atomes que nous sommes, n'auraient point émergé de la confuse mêlée des choses possibles »\i).

Nul ne peut donc dire quelle somme de bien il produit autour de lui, mais c'est une responsabilité de savoir que « qui que nous soyons, et où que nov.? soyons, nous pouvons toujours exercer une action. »

Si cela est vrai de tous, que ne dirons-nous pas de la mère de famille, dont chaque acte se répercute dans tous ceux qui l'entourent immédiatement, et par eux dans un nombre indéfini d'existences ? que ne dirons-nous pas de l'influence extérieure qu'elle exerce-, non seulement dans sa famille, mais jusque dans son milieu social, pour peu que sa situation l'oblige à y avoir des relations ?

Qu'elle le veuille ou non, elle agira autour d'elle, pour le bien ou pour le mal.

Il n'est pas besoin de beaucoup de recherches pour constater que telle est souvent l'origine de ces courants d'opinion, dé ces habitudes, de ces modes, de ces entraînements de frivolité qui, à certaines époque?,

(1) G. Goyau. Autour du catholicisme social.

envahissent notre société et la conduisent à tous les désordres. Personne ne sait dire d'où ils viennent ; quand on les constate avec leurs conséquences, il semble trop tard à beaucoup pour y remédier.

Le remède est d'autant plus difficile à trouver et à appliquer que cette influence pour le mal a toujours pour complice le respect humain.

Un fin moraliste fait remarquer que ce n'est pas seulement dans leur extérieur que bon nombre de femmes semblent préoccupées de se ressembler toutes les unes aux autres, mais c'est aussi, souvent, dans leurs pensées et dans leurs jugements.

S'il en est ainsi pour la contagion de l'erreur et de la frivolité, n'en pourrait-il pas être de même pour la vérité ?

Jamais l'on n'a tant parlé de Ligues féminines qu'à notre époque, et c'est parmi les femmes de bien ; estce que le premier objet de ces Ligues ne devrait pas être de ramener, dans notre société contemporaine, le vrai et le bien qui en semblent exilés ?

Il suffira pour cela que chaque femme dans son milieu, chaque mère à son foyer, s'applique à être ce qu'elle doit être : sans aucun respect humain, sans aucun compromis avec les défaillances qui l'entourent.

Il lui en coûtera d'être une isolée parfois ; mais cet isolement ne sera qu'une des formes du sacrifice auquel doit se résigner toute mère chrétienne. Il lui en coûtera peut-être aussi d'être dans la nécessité d'éloigner ses enfants d'un certain monde ; mais Marie et

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Joseph ne purent sauver l'Enfant Jésus qu'en l'emmenant sur la terre d'exil. Plus elle souffrira, plus elle ajoutera au rayonnement qui s'échappera de toute son existence et qui illuminera les autres malgré eux. Cet apostolat caché de la femme se fera surtout de deux manières : il sera religieux et social.

1°. — Apostolat religieux.

Au point de vue religieux, il n'y a pas lieu de se demander qui doit être le maître de l'autre, du mari ou de la femme. Il est certain que l'idéal serait une intime union des âmes dans la connaissance et dans l'amour de Dieu, et s'il fallait que quelqu'un ici fût le maître, l'homme étant destiné à être le chef de la famille, c'est à lui qu'il appartiendrait de tout conduire et de tout diriger. Il n'est pas rare, dit-on, de rencontrer aujourd'hui des jeunes gens arrivant au mariage plus solidement chrétiens que leurs fiancées, parce qu'ils ont su défendre leur foi et l'affermir en des études sérieuses et donner à leur vie sa véritable orientation. Au lieu de recevoir de leurs fiancées des leçons et des habitudes de religion, c'est à eux qu'il appartient de redresser ou de compléter une éducation qui n'a pas été assez chrétienne.

Le fait existe, mais il est une exception ; quand la religion n'entre pas au foyer par l'accord mutuel des convictions et des pratiques, (ce qui, Dieu merci, devient plus fréquent dans certains milieux), il y pénètre

du moins par la femme ; le plus souvent, c'est par elle et par son influence qu'elle s'y maintient, qu'elle y grandit et que peu à peu elle s'empare de tous les cœurs.

Mais sous quelque forme que la religion y soit entrée, l'Apostolat de la femme au foyer doit reposer sur une conviction religieuse éclairée et généreuse.

* La femme doit avoir, au foyer de la famille, une connaissance exacte de sa religion. Si sa science religieuse est superficielle, si sa vie chrétienne se réduit à un vague formalisme, la jeune fille fera sourire son frère ; devenue épouse, elle ne pourra exiger que de simples formalités de son mari, à titre d'échange ; jamais elle ne pourra faire pénétrer en lui le vrai christianisme. « L'homme aujourd'hui prend assez volontiers la religion au sérieux ; qu'il la combatte ou qu'il la pratique, il ne la considère plus guère comme une attitude ou un amusement, il demandera donc à sa femme de faire de même. S'il croit vraiment et s'il est instruit des choses religieuses, il souffrira de la nullité religieuse de sa femme et de l'idée mesquine qu'elle se fait des principes fondamentaux de leur foi commune (1). »

Que sera-ce quand la femme sera devenue mère ? Elle devra alors être assez intelligente de sa foi pour la communiquer. Quel malheur si un jour ses fils allaient abandonner la foi catholique, parce que la reli-

(1) Edward Montier.

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gion de leur mère n'a pas su la leur transmettre avec assez d'autorité et de compétence, parce que devenus raisonnables, ou simplement raisonneur s, ils ont trouvé ses explications et ses preuves insuffisantes?

« L'instant vient vite, a dit un éminent écrivain (1), où l'enfant passe, comme on disait autrefois, des mains des femmes aux mains des hommes. C'est alors qu'il commence à discerner une différence entre les enseignements de sa mère et les voix du dehors. Les scepticismes du monde soufflent sur ses confiances comme les bises d'avril sur le printemps des blés et les dessèchent. Il devine sur les visages et dans les conversations que la raison des femmes n'est pas celle •les hommes, que les femmes croient, que les hommes savent. Son cœur reste avec sa mère : mais l'orgueil Je fait déjà homme, il tient à penser en homme, et, à mesure qu'il grandit, les fumées de la science montent à son jeune cerveau. Les incrédulités du philosophe imberbe s'éprennent de quelques faits, de quelques lois physiques, de quelques formules doctrinales, et il va colportant ses preuves, tout fier de faire ses premières armes du doute. À ce moment, sa mère, à laquelle il oppose ses raisons, en sent bien le sophisme ; mais d'ordinaire elle ne sait pas rendre aux faits qu'il cite leur sens exact, réfuter les phénomènes qu'il invoque par une science informée et précise, et dans les raisonnements qu'il tient pour intacts, lui

,(i) Et. Lamy, La Femme de demain, p. î$.

montrer la fêlure. Faute de ces ripostes du savoir au savoir, parfois, faute d'un mot qui eût été décisif, mais que la mère n'a pas appris, l'âme de l'enfant échappe à l'influence maternelle. Il garde tout son respect, toute sa gratitude, il reprend sa confiance ; il pense à son tour « qu'il n'y a pas à raisonner avec les femmes » ; il raisonne avec les hommes « qui savent et qui sont de leur temps ».

Elle n'est que trop vraie cette page douloureuse ! Bien des mères pourraient y lire leur histoire.

II leur a manqué, pour garder la foi à leur foyer, une supériorité intellectuelle suffisante à justifier leur religion.

Ce n'est pas à dire que la femme doive, pour cela, recevoir l'instruction telle qu'on la donne aux garçons ; il n'est pas nécesssaire qu'elle ait des notions de chimie, de géométrie et de toutes les autres sciences.

Si elle en possède, cela l'aidera à se faire respecter. Mais ce qu'on lui demande, ce sans quoi les autres connaissances tourneraient contre elle, c'est que. dans la science religieuse, elle ait au foyer une autorité incontestée. Ses fils, son mari lui pardonneront de ne savoir ni grec, ni latin, si elle est capable de justifier ses pratiques religieuses, si elle sait répondre à leurs doutes, si elle sait résoudre ces nombreux cas de conscience que soulèvent aujourd'hui, comme à plaisir, même les gens les plus frivoles. Elle doit être l'arbitre des questions religieuses, comme elle doit être l'inspiratrice de la vie chrétienne, à son foyer.

Elle le sera si, dans sa propre conduite, tout porte à faire admirer les sentiments qui l'inspirent ; si l'on sent que sa piété n'est pas une piété de surface, si sa sainteté est généreuse et lui fait accepter le sacrifice ; si, dans tous ses actes et vis-à-vis de tous les sien?, c'est l'amour de Dieu qui la guide d'une manière manifeste.

Son influence alors sortira vite du cercle de la famille : ses enfants proclameront ce qu'elle est, on les citera en modèles, et son exemple servira de leçon. Elle rayonnera dans toute une société. On pourri la critiquer, dans un certain monde où l'on n'aura pas le courage de l'imiter ; mais il se trouvera bien quelque part d'autres mères trop heureuses de s'appuyer sur son exemple, pour échapper à de funesteinfluences que, sans cela, elles n'auraient pas eu la force de fuir.

11° - Apostolat social.

Ce qu'elle fera au point de vue religieux, la femme le fera aussi au point de vue social.

Ce côté de l'apostolat féminin n'a pas toujours été assez envisagé par beaucoup de chrétiennes de nos jours. Combien de jeunes filles frivoles n'ont jamais regardé autour d'elles et n'y ont jamais vu les autres ! Combien n'ont, par suite, jamais compris ce qu'elles doivent à autrui, à leurs supérieurs et surtout à leurs inférieurs? Elles font volontiers la quête, quelquefois

l'aumône ; elles prennent part à une fête de charité, c'est-à-dire qu'elles s'amusent pour soulager la misère d'autrui. Quelques-unes croient avoir fait beaucoup plus, parce qu'elles ont passé quelques heures par semaine à fabriquer des vêtements pour les pauvres, ou parce qu'elles ont fait une visite de charité à une indigente. C'est déjà mieux ; mais que c'est insuffisant !

Combien de jeunes filles, arrivant au mariage, se sont trouvées, sur ce point, en désaccord avec leurs fiancés ! Combien se sont cru le droit de les détourner de l'Action sociale ou religieuse qu'ils avaient exercée jusque-là ! Habituées à vivre pour elles seules, elles ne leur permettent pas, dirait-on, de s'intéresser à d'autres qu'à elles ! Quelle aberration, et quelle responsabilité !

Sous l'influence des malheurs qui pèsent sur nous, et de ceux qui nous menacent encore, par le fait des utopies collectivistes ; sous l'influence d'une foi plus éclairée, il s'est déjà fait, grâce à Dieu, une grande évolution sur ce point, dans les idées de la jeune fille chrétienne.

Elle comprend mieux aujourd'hui qu'elle n'a pas le d roit de vivre pour elle seule, sans souci de ceux qui font partie de la même société qu'elle : on doit rendre à la société en services ce que l'on en reçoit en bienfaits.

Kilo voit mieux que le moyen de conquérir ces masses • I te sa foi religieuse lui montre dans une situation si lamentable, est de les gagner en allant à elles, au nom

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de Dieu, d'une manière désintéressée et par pur dévouement pour leur salut.

Elle sait mieux distinguer la charité de l'aumône : sans nier la nécessité de celle-ci. elle s'applique à la voiler de tant de douceur et de bonté condescendante qu'elle ne peut humilier personne. Elle ne croit pas quo l'aumône suffise à soulager toutes les misères, elle la donne aux incurables et aux impotents, mais elle aide surtout les autres à se soulager eux-mêmes ; elle leur montre comment ils peuvent d'eux-mêmes sortir de leurs épreuves, et elle leur procure l'avantage des œuvres d'assistance, de prévoyance et d'épargne, qui permettent au pauvre de prévoir le malheur et de le prévenir.

Elle entre elle-même dans toutes les associations qui ont pour objet de favoriser l'action de la femme et d'en faire bénéficier les autres.

C'est de ce mouvement qu'est née une transformation dans l'éducation de la femme : il fallait bien que la femme fût préparée à cette action bienfaisante. La bonne volonté n'y suffit pas. L'ardeur même que la femme porte dans tout ce qu'elle fait pourrait nuire au bien qu'elle a la prétention do réaliser, si elle ne se donnait pas les notions véritables et la formation qu'exige une œuvre durable.

Il s'est fondé un peu partout, depuis dix ans, d • vraies écoles de sociologie pour les femmes ; on a beaucoup écrit sur l'éducation sociale de la femme. Noua nous contentons de le signaler.

1° La mère de famille.

Pour rester dans notre sujet, nous dirons seulement que c'est d'abord et surtout par la mère de famille que doit se faire cette éducation : ce

sera sa manière à elle d'exercer un apostolat social.

La mère de famille doit convaincre ses enfants, de bonne heure, des obligations qui pèseront sur eux et des charges qui leur incomberont, vis-à-vis de la société à laquelle ils appartiennent ; elle leur rappellera qu'il ne leur est pas permis d'être chrétiens pour eux seuls ; elle leur apprendra que chaque situation a ses responsabilités, et elle ne manquera pas d'ajouter qu'ainsi s'expliquent et se justifient les avantages que ]a Providence a accordés à certaines de ces situations : qui a plus reçu est tenu de donner davantage ; qui a été payé à l'avance, n'est pas dispensé pour cela de travailler.

La mère de famille doit aussi, et de bonne heure, éveiller chez ses enfants le sens social, c'est-à-dire une facilité habituelle à aimer les autres et à compatir à leurs souffrances ; une tendance à les protéger contre Jes injustices dont ils sont l'objet; une générosité très prompte à se porter à leur secours. Elle fera l'éducation de ce sens social, en combattant l'égoïsme et la frivolité ; elle le dirigera, en surveillant l'orgueil, et elle le portera à l'action en luttant contre la paresse trop naturelle à l'enfant.

Quel merveilleux apostolat on peut entrevoir dans

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cette seule éducation ! Que de sauveurs la mère prépare ainsi à la société ! Que de bienfaiteurs au moins elle leur assure !

2° La maîtresse de maison.

Cette éducation s'impose d'autant plus à la mère de famille, que ses devoirs de maîtresse de maison lui font l'obligation de donner l'exemple en même temps que la leçon.

La maîtresse de maison a des devoirs sociaux à remplir chez elle d'abord, près de ses serviteurs. Vis-à-vis d'eux, elle est liée par des devoirs de justice et de charité dont elle ne peut pas s'affranchir. C'est la manière dont elle remplira ces devoirs qui constituera une véritable éducation pour ceux qui en sont les témoins, et pour les serviteurs eux-mêmes.

Dans l'irritation que fait naître, au cœur de beaucoup de domestiques, la situation qui leur est faite, n'existet-il jamais de motifs légitimes ? Leur dignité humaine est-elle suffisamment respectée ? Le travail qui leur est imposé est-il toujours en rapport avec leur âge et leur sexe? Quelle surveillance exerce-t-on sur leur moralité, sur leur logement, sur leur santé ? Quelle éducation leur assure-t-on? Quel respect sait-on leur faire donner par les enfants ?

Qui nous rendra ces familles patriarcales dans lesquelles la domestique, sans sortir de son rang, avait, pour ainsi dire, sa place au foyer ? C'était son dévouement qui la lui avait conquise ; mais c'était aussi la

maternelle bienveillance de la maîtresse de maison qui la lui avait faite ; celle-ci, loin de se rebuter de ses défauts, l'avait d'abord formée ; elle s'en était faite une auxiliaire digne d'elle, aussi affectueuse que réservée. L'auxiliaire avait pris les sentiments de la mère, elle l'avait aidée à élever ses enfants, et elle aimait ceux-ci, qui le lui rendaient, la traitant en tout comme une des bienfaitrices de leur vie !

Mais la maîtresse de maison trouve aussi son devoir à remplir, en dehors de chez elle, dans les relations que lui imposent nécessairement les besoins du ménage.

Elle achète ! Que d'obligations lui viennent de ce fait!

On a écrit une brochure sur les Responsabilités de la femme qui achète (1). Ces responsabilités sont nombreuses. Nous ne pouvons les énumérer ici ; nous en rappellerons quelques-unes peut-être, en disant que le bon marché a coûté très cher parfois à l'ouvrier qui a confectionné ; — que le temps du vendeur est aussi précieux que celui de l'acheteur, et qu'il n'est pas juste de le faire perdre inutilement ; — que l'on n'a pas le droit d'exiger une prompte livraison, si on ne s'est pas mis soi-même en hâte de commander ; — que le retard à payer ses dettes équivaut parfois au vol ; — qu<* l'on peut causer une grave injustice envers un employé, en portant trop facilement plainte contre lui, etc.

(i) M- IL J. Brunhes,

L'argent que l'on verse en payant n'achète pas tous les droits. Souvent la justice reste lésée, lors même qu'on a payé le prix convenu, parce qu'il est des droits qui ne s'estiment pas à prix d'argent.

Je sais bien qu'il ne dépend pas toujours de l'acheteur que les employés soient respectés dans leur travail, dans leur salaire, etc. Cela regarde surtout l'employeur ; de même qu'il ne dépend pas de la maitresse de maison que le vêtement, acheté par elle, ait usé on non la santé de l'ouvrière qui l'a confectionné : un»' personne isolée ne peut rien contre ces abus, qui sont trop souvent le fait de l'industrie contemporaine. Mais onpeut lui demander de s'intéresser à ces Ligues sociales d'acheteurs ou de consommateurs qui se proposent pour but d'amener plus d'équité et de bienveillance dans les relations avec les ouvrières et les employés des deux sexes.

Ces Ligues ne transformeront pas le monde du premier coup ; mais elles ont cet avantage d'amener chacun à prendre des habitudes qui influeront sur ses relations avec ceux qui travaillent pour lui. Le bien se fait par le détail, bien plus que par les grandes évolutions ou révolutions. Que chacun remplisse sa tâche et la situation s'améliorera déjà.

Ce court aperçu des devoirs sociaux de la maîtressi de maison suffit à faire entrevoir quel apostolat elle peut exercer autour d'elle. Facilement elle innovera sur ce point, sans que personne songe à l'en blâmer ;

bientôt, dans la limite où s'exerce son influence, elle fera école ; elle donnera une direction. Qui peut dire le bien qu'elle fera?

L'apostolat de la femme, même réduit aux fonctions de mère et de maîtresse de maison, n'est donc pas une chimère. Il existe et il produit des fruits merveilleux. S'il était partout bien compris et bien rempli, il diminuerait le rôle de l'Action Catholique, ou plutôt il serait en acte l'Action Catholique, dans ce qu'elle a de plus nécessaire et de plus efficace.

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