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CHAPITRE Iî LA PRÉPARATION

1° — Nécessité d'une préparation à l'Apostolat.

L'esprit surnaturel , en inspirant l'humilité à l'apôtre, lui fera comprendre la nécessité de se préparer à l'Apostolat.

On ne s'improvise pas homme d'œuvres, femme d'oeuvres, pas plus qu'on ne s'improvise avocat ormédecin. Il faut étudier l'art qu'on veut exercer : or, nous disent tous les maîtres, l'art des arts, c'est ta conduite des âmes.

Cette direction des âmes étant plus ou moins l'objet de chacune de nos Œuvres Catholiques, puisque toutes ont pour but de les conduire à Dieu, l'apôtre étudiera donc les Œuvres.

Il étudiera d'abord l'œuvre à laquelle il veut donner son concours, pour en bien connaître le but et l'objet.

Il ne suffit pas, par exemple, de concevoir, dans une pensée de magnifique dévouement, le projet de créer un Patronage de jeunes gens ou déjeunes filles : on peut être séduit par le mot, entraîné par la volonté de se dépenser au service d'une jeunesse pour laquelle

on se sent de l'attrait. Il est nécessaire de bien comprendre, avant de rien commencer, ce que c'est qu'un Patronage, quelle est la raison d'être de cette institution, quelle fin on doit y atteindre ; il importe de bien savoir en quoi le Patronage diffère des autres œuvres, par exemple, de l'école, de l'ouvroir, du cercle, etc.

De même la jeune fille qui veut se faire Catéchiste, doit bien se rendre compte du secours qu'on attend d'elle, de la fonction exacte qu'elle aura à remplir, pour ne pas dépasser son rôle, ou pour ne pas rester on deçà. Elle doit en comprendre l'importance. Combien de bonnes volontés apparentes se fatiguent vite dans une œuvre dont elles n'avaient mesuré à l'avance ni lagravité, ni les responsabilités ! L'entraînement des autres, la compagnie, une certaine mode avaient suffi k les déterminer : elles n'avaient pas calculé le service et les sacrifices qu'on exigerait d'elles.

Combien de Patronages ont échoué, parce que ceux et celles qui s'y sont dépensés, n'étaient pas instruits du vrai but qu'on se propose dans cette œuvre ! Ils y voyaient une simple garderie, un honnête moyen de récréation, au lieu d'y chercher une vraie formation pour les enfants et les jeunes gens.

La Dame de charité qui donne son nom à une œuvre de Visiteuses de pauvres, de Garde-malades, etc., ne doit pas le faire à la légère. Son âme naturellement compatissante à toute douleur peut lui montrer qu'il serait beau pour elle de remplir l'office que Ton demande dans ces œuvres ; mais, si elle n'écoute que sa

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sympathie naturelle, elle risque fort d'y faire mauvaise besogne. Elle doit commencer par se renseigner sur la nature de l'œuvre, sur le but temporel ou sui la fin spirituelle qu'on s'y propose et sur les obliquons qu'on assume.

Ce n'est qu'après avoir réfléchi et prié qu'elle s'inscrira au service des pauvres ou des malades.

Il en est ainsi pour toutes les œuvres. Il est nécessaire de leur apporter un concours médité et bien éclairé.

Mais ce concours ne sera efficace que s'il esl préparé aussi par la connaissance des moyens et des méthodes à employer pour le bien.

L'ouvrier qui veut faire œuvre d'artiste, ou mémo de simple artisan, doit connaître les instruments qu'il utilisera et la manière de s'en servir.

Dans les Œuvres, les instruments sont multiples, ils sont variés ; il importe de les étudier, pour les bien choisir d'abord et pour les employer ensuite. Dans un grand nombre d'oeuvres, il y a des questions de local, de mobilier, d'hygiène, etc., qu'on ne peut pas négliger, et qu'il faut nécessairement apprécier et réaliser. Que ferait un Directeur de Patronages, qui ne connaîtrait rien des jeux à donner aux enfants, des livres à leur distribuer, des conditions que doit avoir une cour de récréations, une salle de lectures, etc. ?

Les instruments les plus difficiles à manier dans une Œuvre sont les volontés d'autrui, dont on a toujours plus ou moins besoin.

Le maître d'école, le catéchiste ne peuvent rien sans la volonté de leurs enfants, de même le directeur d'une œuvre de jeunesse quelconque. Il leur faut donc faire précéder leur ministère d'une sérieuse élude psychologique de Uenfant, de ses qualités en général, et de ses défauts; et, au cours de leurs fonctions, il leur est nécessaire de faire cette étude pour chacun en particulier.

Il y a toute une science de l'éducation de l'enfant que doit connaître, au moins dans ses règles essentielles, quiconque veut travailler à sa formation. Cette science s'appelle la Pédagogie. C'est une erreur de beaucoup de croire qu'elle n'est utile qu'à ceux qui font la classe.

Il y a, pour toutes les Œuvres, un ensemble de méthodes et de directions qui sont déjà le fruit de l'expérience : négliger de les étudier, pour se faire à soimême sa méthode serait faire acte de présomption et courir à un échec certain. Il n'est pas téméraire de dire que c'est cette ignorance des méthodes qui cause le plus d'insuccès dans les Œuvres. Gela est de toute évidence ; tout métier demande à être appris. Autrement, on a beau forcer son talent, on ne fait rien avec succès.

C'est ici que l'humilité doit prévenir la présomption. Que de fautes eussent été évitées, par exemple, si, avant de donner ses soins à un malade, l'infirmière volontaire s'était dit à elle-même qu'elle n'a ni la science, ni la compétence d'un médecin, et que, en tout cas, elle ne doit user que des connaissances

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