‹ Pour l'action catholiqueChapitre 18 sur 65 · LA PRÉPARATION · texte numérisé non relu

LA PRÉPARATION

sûrement acquises ! Que de déceptions on se fût épargnées, si avant de créer un syndicat, une mutualité, etc., on avait plus douté de soi, si on s'était mieux instruit du fonctionnement, du mécanisme de ces institutions ! Que de catéchistes volontaires eussent fait plus de bien dans leur œuvre, si elles avaient pris conseil de personnes compétentes et expérimentées, si elles s'étaient enquis des moyens traditionnels et éprouvés d'obtenir de la discipline et de l'attention chez les enfants, si elles avaient moins compté sur leur autorité personnelle que sur les leçons et l'expérience d'autrui !

Que de bien elles feraient en plus si elles voulaient étudier, dans les diverses méthodes catéchistiques qu'on a publiées à leur intention, la manière de faire apprendre le catéchisme, réciter la prière, faire assister à. la messe, les explications qu'elles ont à donner, les habitudes de piété qu'elles ont à faire contracter ! Que l'humilité leur fasse souvent se redire qu'on ne s'improvise pas plus catéchiste qu'autre chose1. Il faut constater d'abord son ignorance et son incompétence, appeler la grâce de Dieu à son secours, et prendre les moyens de réussir.

Ce que nous venons de dire montre que c'est par l'étude qu'on doit surtout se préparer à la pratique de l'Apostolat : étude des œuvres, et étude des méthodes et des moyens à y employer.

Gomment se fera cette étude ?

Elle consistera d'abord à étudier les livres déjà nom-

breux qu'on a publiés sur les différentes œuvres, ainsi que les Revues qui traitent de l'Action Catholique. Cesl l'un des caractères du zèle à notre époque d'avoir provoqué, sur toutes les manières de le pratiquer, beaucoup d'ouvrages remarquables, où à côté de la théorie sont donnés les résultats les plus sûrs de l'expérience déj;i faite par de multiples témoins. La lecture de ces ouvrages fournira à l'apôtre la plus précieuse instruction. Il en est de même de la lecture de certaines biographies de personnages voués à la pratique des Œuvres : ici la théorie étant enrichie de l'exemple, on se laisse mieux persuader.

Cette étude se fera encore, selon les circonstances, dans des Conférences, entretiens, cercles d'études, etc.. où, sous la direction d'un prêtre ou d'une personne autorisée, les membres qui se destinent aux Œuvres, ou qui s'y consacrent, viendront chercher les lumières d'autrai, échanger leurs observations, soumettre leurs difficultés et profiter ainsi de l'expérience de tous.

II0 — Préparation générale à l'Apostolat.

A toutes ces études particulières ou spéciales, il ne faut jamais manquer d'ajouter les études générales qui formeront surtout l'âme apostolique.

Avant la préparation technique à une œuvre catholique, il est nécessaire d'avoir une aptitude générale à faire du bien. C'est cette aptitude qui fait l'apôtre.

LA PREPARATION 1 i ô

Nous l'avons déjà insinué, en dehors des vertus personnelles qui font les âmes dévouées à Dieu, il faut aujourd'hui surtout, à l'homme d'action, à la personne d'œuvres, une vraie mentalité catholique. c'est-à-dire une manière catholique de penser, d'apprécier et de juger toutes choses : une manière catholique, c'est-à-dire en conformité avec les pensées d* l'Église et de ses chefs. Ce n'est pas assez dire : l'homme d'action doit juger les hommes et les choses, les événements et les institutions, comme Dieu les juge luimême. Or, pour pénétrer la pensée de Dieu, pour la partager, il est nécessaire de recourir aux enseignements autorisés de l'Église.

C'est pour cela qu'un vrai Catholique prendra connaissance de ces enseignements, dans les Document* pontificaux et épiscopaux qui les transmettent, qu'il suivra le cours des événements qui constituent l'histoire de l'Église au jour le jour, avec grande attention. dans des Journaux très surs, et à esprit vraiment catholique.

Cette formation constitue une préparation éloigné à l'Apostolat ; mais c'est une préparation nécessaire. Personne ne peut espérer répandre l'esprit catholique s'il n'en a pas lui-même l'intelligence remplie.

Mais il faut de plus en remplir son cœur. Aussi estce une sage pensée celle qui fait placer, à côté des œuvres de zèle, des œuvres de piété, où viennent se former ceux qui auront à exercer l'Apostolat. Une Con-

frérie sera presque toujours la source bienfaisante à laquelle on viendra demander la force nécessaire à l'apôtre. La piété, en effet, sera le levain des OEuvres.

Dans les anciennes confréries du moyen-âge, la piété et l'action étaient étroitement unies : la confrérie se complétait presque toujours d'une mutualité. L'individualisme de la Révolution et l'indifférence religieuse ont séparé ces deux éléments, et ont fait que l'élément spirituel a été le seul conservé, par exemple, dans les confréries du Saint- Sacrement, du Saint- Rosaire, etc.

Plusieurs se demandent s'il faut revenir à la fusion des deux éléments dans un même groupe. Ce serait désirable à bien des points de vue. Ce qui n'est pas contestable, c'est la nécessité d'avoir, au moins à côté de l'œuvre de zèle, de l'œuvre sociale, etc., une œuvre de piété, qui en soit à la fois le vestibule et le foyer.

Pour le Catholique d'action, aucune œuvre ne semble devoir être plus profitable, et mieux le préparer à sa mission qu'une Confrérie du Sacré-Cœur.

Beaucoup d'hommes s'imaginent faussement que la dévotion au Sacré-Cœur est trop mystique pour eux. En quoi ils se trompent. La dévotion au Sacré-Cœur est le culte de l'amour que Jésus-Christ a eu pour l'humanité ; elle est la reconnaissance et la proclamation du dogme fondamental de notre religion ; elle porte aux deux choses qui ont été, oserai-je dire, les deux grandes préoccupations de Jésus-Christ sur la terre, la

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réparation de la gloire de Dieu outragée par l'ingratitude du genre humain, et la rédemption de ce dernier par l'apostolat et le sacrifice. Ne sont-ce pas là les préoccupations de l'Apôtre ? Celui-ci peut-il mieux s'inspirer, pour les réaliser, qu'au cœur de Jésus-Christ?

C'est pour cela que les organisations catholiques font œuvre aussi sage que chrétienne, en se mettant sous le patronage du Sacré-Cœur, pour se laisser guider par Lui, et pour Le servir plus efficacement.

L'expérience a déjà prouvé que des grâces particulières sont réservées à l'apôtre qui est dévot au Sacré- Cœur. Ce n'est d'ailleurs que la réalisation des promesses faites à la Bienheureuse Marguerite-Marie.

Il est une préparation à l'Apostolat qui l'emporte sur toutes les autres, parce que, dans bien des cas, elle suffit, c'est la sanctification personnelle.

Nous avons eu occasion de faire remarquer quel tort fait aux Œuvres la contradiction qui existe parfois chez certains, entre leur vie privée et le bien qu'ils ont l'air de demander aux autres. « Beaucoup paraissent faire, qui, tout au contraire, défont (1) ».

<( Les vrais ouvriers du relèvement populaire ne seront ni les conférenciers, ni les journalistes, ni les présidents de syndicats, ni aucun des militants de l'action publique, encore que leur œuvre à tous soit nécessaire et immense.

(l)Le Catholique d'Action, p. 20.

« Ce seront les croyants généreux qui, dans le secret de leur cœur, dans l'ombre de leur église déserte, dans le silence de leur pauvre chambre, se sacrifiant et se sanctifiant, s'associeront obscurément à l'œuvre rédemptrice de Jésus et attireront dans leurs âmes sa foi et sa vie avec une telle intensité qu'elles rejailliront en rayonnements irrésistibles sur le monde par eux éclairé, soulevé, sauvé (1) ».

La sainteté appelle et assure le secours de la grâce au cœur de l'apôtre, car Dieu lui dit toujours : « C'est. moi qui convertis : si tu n'es pas transformé en moi, comment par toi pourrai-je convertir? » (2)

« L'Eglise est le royaume du surnaturel et elle repose tout entière sur les âmes suppliantes et immolées. Comme ces murailles romaines, formées de petites pierres unies par un ciment industriel et qui ont bravé l'effort des siècles, les fondations d'une paroisse et d'un peuple sont formées de prières inentendues et de sacrifices invisibles qui ne sont rien au regard des hommes, mais qui devant Dieu décident de tout » (3).

La sainteté, d'ailleurs, a une vertu apologétique par elle-même ; elle est pour un grand nombre d'hommes un puissant motif de crédibilité. « Les hommes, même non croyants, écrit M. René Bazin, ont un tel besoin de sainteté qu'ils courent à elle, dès qu'ils l'aper-

(1) Abbé Thellier de Poncheville.

(2) Le Catholique d'Action, p. 20.

(3) Msr Gibier, Connaître notre peuple, p. 212.

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