IL — NOTRE FIDELITE A L'EGLISE
Pour en imposer à nos ennemis, notre attitude ne sera pas de surface, elle doit révéler nos vrais sentimonts, elle doit s'inspirer d'une sincère et complète fidélité à l'Église. Il nous suffira d'être plus que jamais dignes de ce beau nom de fidèles que l'Église aime tant à donner à ses enfants. Si la fidélité s'apprécie surtout dans le malheur, jamais il ne nous fut plus nécessaire de montrer la nôtre qu'à l'heure où l'Église est persécutée et dépouillée de tout.
D'une manière générale la fidélité à l'Église consiste dans le respect, dans Y obéissance et dans l'amour qu'on lui témoigne. Ce sont là, en effet, les devoirs •de tous les temps.
Quelle que soit une société, ses membres ont pour première obligation d'en respecter et d'en observer les Statuts et les Constitutions. Une société ne vit qu'à cette condition : quiconque s'y refuse cesse de lui appartenir. Il en est ainsi de l'Église : la première obligation de ses membres est de respecter sa constitution, de reconnaître et de sauvegarder sa hiérarchie, c'est-à-dire d'accepter ses chefs et de reconnaître
leur autorité, dans le triple degré par où cette autorité arrive aux fidèles : le Pape, les évoques, les prêtres.
La seconde obligation qu'impose une société est d'accomplir les actes nécessaires à la réalisation de sa fin, que ces actes soient ordonnés par les statuts de la société ou qu'ils soient imposés légitimement par ceux qui la dirigent. Voilà pourquoi l'Église réclame de ses fidèles l'obéissance à ses lois, celles-ci étant nécessaires pour qu'elle puisse réaliser sa fin.
C'est le propre de toute société de s'attirer l'amour et le dévouement de ses membres, et d'engendrer chez eux ce que l'on appelle V esprit de corps. Ce sentiment est fait tout à la fois delà reconnaissance des avantages trouvés au sein de la société, de la fierté qu'on éprouve à en faire partie, et de la générosité avec laquelle on est prêt à en défendre les intérêts. Certes, jamais société n'eut plus de droits à l'amour et au dévouement de ses membres que l'Église catholique ; car jamais société ne fit plus de bien ; jamais société ne procura plus de gloire et d'honneur : chacun de ses membres y hérite de tout un passé incomparable d'héroïsme, de talents et de vertus de toutes sortes ; jamais société ne mérita mieux de trouver en tous ses adhérents cet esprit de corps qui, en ne faisant de tous qu'un cœur et qu'une àme, les unira pour les mêmes dévouements et les mêmes sacrifices ; jamais société n'en eut plus besoin, puisque son domaine est tout spirituel, et qu'elle ne peut rien faire pour le bien de ses fidèles, si elle n'a pas gagné d'abord leurs esprits et leurs cœurs.
Ce sont là les principaux devoirs qui, dans tous les temps, se sont imposés aux membres de l'Église.
La situation faite à l'Église en France oblige à préciser ces obligations, car elle les rend plus urgentes et plus graves que jamais.
Il me semble que les Catholiques de nos jours doivent surtout croire à l'Eglise, s'attacher à elle et la servir.
1° Croire à l'Eglise.
Certes, nous croyons tous à l'Église : Credo in Ecclesiam. Nous savons et nous croyons qu'elle vient de Dieu, qu'elle a été instituée pour continuer la mission de Jésus -Christ sur la terre.
Mais croire à l'Église, dans le temps où nous vivons, c'est aussi ne pas se laisser troubler dans sa foi, par les épreuves qui fondent sur elle.
C'est un phénomène bien étrange que la haine dont, à toutes les époques de l'histoire, a été poursuivie l'Église catholique ! Alors que toutes les autres sociétés, même celles qui ont un caractère religieux, trouvent grâce devant les hommes, ou obtiennent au moins l'indifférence de ceux qui n'en font pas partie, l'Église catholique seule est continuellement attaquée, comme si elle était l'éternelle ennemie du genre humain.
Les causes de cette haine sont connues, ce sont toujours les mêmes: c'est la haine de l'erreur pour la vérité, du mal pour le bien, la haine de Satan pour Dieu. L'Eglise a été instituée pour être la dépositaire de la vérité apportée par Dieu : ceux que la vérité gêne ne la
supportent pas. Comme elle ne peut rien changer au dépôt qu'elle a reçu, comme elle ne peut pas faire que l'erreur devienne la vérité, on l'accuse d'intolérance et on la persécute à cause de cela.
L'Église a été instituée pour être l'école de toutes les vertus, à l'exemple du divin Maître qui en a été le modèle : ceux-là ne peuvent la laisser faire qui ne veulent pas de la vertu ou qui n'ont pas le courage de lutter contre leurs passions. Ils trouvent plus facile de la persécuter et de l'injurier.
L'Église a été instituée pour conduire les âmes à Dieu : ceux-là refusent de l'admettre qui rejettent Dieu : Gomme ils sont une exception, ils essaient de soustraire les autres aux enseignements de l'Église pour se donner des compagnons et des complices. Il en a toujours été ainsi.
Aussi l'histoire n'a jamais montré, parmi les persécuteurs de l'Église, des hommes qui fussent des chercheurs désintéressés de la vérité, des hommes qui fussent des modèles incontestés de vertus. Nous ne voulons pas dire absolument qu'il ne se soit pas trouvé d'honnêteté en dehors de l'Église catholique, mais jamais l'homme avide de la seule vérité, jamais l'homme véritablement vertueux n'onl été des persécuteurs de l'Église.
Ce n'est pas le lieu d'insister sur ces faits que l'expérience de chaque jour confirme.
Du fait de cette haine persistante contre l'Église résulte, pour nous tous, le devoir de garder une iné-
branlable foi dans les destinées de l'Eglise catholique.
La persécution n'a rien qui puisse nous ébranler, ayant les causes que nous venons de dire.
Le divin Fondateur de l'Eglise la lui a prédite ; il ne faut pas nous étonner que la prophétie se réalise. Mais le même divin Fondateur lui a prédit aussi que les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre Elle, et depuis dix-neuf siècles la prophétie continue de se réaliser; depuis dix-neuf siècles l'Église conduitle cortège funèbre de ses persécuteurs au tombeau de l'oubli, quand ce n'est pas à celui de la honte ; et elle en revient toujours plus vivante et plus belle.
Sans doute, il est pénible de voir la persécution triompher, même momentanément, car elle fait des victimes. Mais, c'est l'épreuve des âmes catholiques de voir les défections se multiplier autour d'elles et de se trouver toujours aux prises avec la force et le nombre. Elles ne doivent pas s'en laisser troubler. Car, comme l'écrivait Ozanam, il y a plus de soixante ans, « une âme ferme, nourrie aux grands souvenirs de l'histoire, n'ignore pas que souvent la vertu et la vérité se trouvèrent isolées parmi les multitudes ennemies et que leur honneur fut de ne pas fléchir à l'entraînement général... Le résultat des luttes passées nous répond de l'époque présente. »
Ne prenons pas pour une défaite, d'ailleurs, la désertion de quelques-uns de. ceux qui paraissaient être des nôtres, aux temps prospères de l'Église, et qui n'ont
plus le courage de l'assister aux heures du combat. Ceux-là voulaient être de l'Église pour profiter de l'éclat de sa gloire ; en réalité ils embarrassaient sa marche. Si ce n'était l'espoir qu'elle gardait de lès sauver comme malgré eux, elle se consolerait de ne plus les avoir à ses côtés. Il lui reste assez de vaillants qui lui sont fidèles. Il nous reste à nous-mêmes assez de christianisme à contempler pour qu'il suffise à nous entraîner. L'écrivain que nous citions tout à l'heure ajoute ces paroles toujours vraies : c Si l'on y prend garde de plus près, on finit par découvrir autour de soi beaucoup plus de christianisme qu'on avait cru tout d'abord. » Ozanam disait cela à une époque où il en paraissait bien peu pourtant ! A l'heure présente, nos ennemis affectent de préparer les funérailles de l'Église, mais jamais l'Église ne fut, en réalité, plus vivante, sinon dans sa puissance extérieure, qu'on a momentanément enchaînée, du moins dans sa constitution plus affermie, dans son autorité qui rayonne jusqu'aux extrémités de la terre, et dans sa sainteté qui éclate partout, et qui reste, pour les hommes simplement sages (et peut-être aussi pour nos ennemis qui y comptent sans l'avouer), le seul rempart de l'humanité contre l'universelle corruption des esprits et des cœurs.
II0 S attacher à l'Église.
Pour pousser les âmes à la défection, les ennemis de l'Église catholique cherchent à ébranler son unité. Cela crée pour nous tous l'obligation de nous attacher
plus fortement à l'autorité qui en est le centre et à ceux qui en sont les dépositaires.
Nous avons déjà dit comment ses ennemis ont tenté de rompre l'unité de l'Église, en s'attaquant à sa hiérarchie. Ils y ont si peu réussi que jamais l'union de Prêtres, des Évêques et du Pape n'a été plus belle ; à ce point qu'elle fait l'admiration de l'Univers entier, et que, au milieu de ses épreuves, le Souverain Pontife a pu dire, à cause de cela, que ses plus grandes consolations lui viennent de la France.
Mais ce que l'impiété n'a pu faire dans la hiérarchie ecclésiastique, elle essaie de le faire entre la hiérarchie et les simples fidèles. Elle essaie de faire croire que ses coups ne sont dirigés que contre celle-là, et qu'elle respecte les autres dans leurs convictions comme dans leurs pratiques religieuses. Pendant ce temps, par ses journaux et ses livres, elle entasse les calomnies contre le clergé, jette le discrédit sur son ministère, spécule jusque sur la pauvreté où on Ta réduit pour exciter les esprits contre lui. A tontes oes attaques, elle tlonn^ le masque d'un libéralisme qui n'est qu'un attentat de plus contre l'Église, s'interdisant bien haut le droit de pénétrer dans les consciences, pour pouvoir dire que la religion n'est qu'une aiTaire privée n'ayant rien avoir avec une société organisée comme l'Église.
Ne nous y laissons pas prendre. C'est une vérité élémentaire pour un Catholique que, si Jésus-Chrisl a institué son Église sous la forme qu'il lui a donnée, d'une société de membres inégaux, comme disent les
théologiens, c'est-à-dire de membres chargés de distribuer les grâces dont l'Église est dépositaire, et de membres appelés simplement à les recevoir, de membres ecclésiatiques et de membres laïques, les uns et les autres ne font qu'une seule société où tous participent aux mêmes biens et aux mêmes obligations.
Cette magnifique organisation de l'Église a été voulue de Dieu.
Il n'est pas vrai que l'homme puisse se contenter, pour satisfaire son besoin de religion, du sanctuaire de la conscience ; il n'est pas vrai que la religion soit affaire purement personnelle ou privée -, la religion a un rôle social. On n'est pas chrétien pour soi tout seul : on est chrétien pour les autres, il faut leur faire du bien. Mais aussi on est chrétien par les autres -, on est chrétien grâce à une société dirigée par les chefs que Dieu a revêtus de son autorité.
De là naît, pour tous les Catholiques, le devoir de se resserrer de plus en plus autour de leurs prêtres et de leurs Évêques, les aimant d'autant plus qu'ils sont plus persécutés.
Car, s'ils sont persécutés, il ne faut pas se faire illusion, ils le sont à cause de leurs fidèles. Si ceux-ci n'étaient pas derrière eux, faisant partie de la même Église qu'eux, on ne les inquiéterait pas ; s'ils n'assistaient pas à leurs messes, on ne menacerait pas leurs églises ; s'ils n'allaient pas leur demander la grâce des sacrements, on n'essaierait pas d'avilir leur ministère ; s'ils ne venaient pas entendre leur prédication, on lais-
:2<S pour l'action catholique
serait bien à celle-ci toute sa liberté. Ce sont les fidèles, ce sont leurs âmes que guettent les ennemis de l'Église, dans les ministres sacrés qu'ils aiment et vénèrent.
La Séparation de l'Église et de l'État a mis le prêtre dans une situation qui est onéreuse pour tous. Ceux qui ont fait cette situation espéraient bien qu'elle indisposerait les fidèles contre les prêtres. C'est ce qui arriverait si l'esprit chrétien ne venait pas l'éclairer, en en faisant retomber tout l'odieux sur ceux qui l'ont voulue. Le prêtre souffre de la nécessité où il est d'aller demander à ses fidèles l'aumône qui lui est nécessaire ; nous en connaissons plus d'un qui aimeraient mieux manger le pain noir de l'indigent. S'ils se résignent, c'est pour accomplir un devoir en obéissant à leur évêque, et pour prendre leur part dans les charges de leurs frères. Fidèles, ayez pitié d'eux et n'allez pas augmenter leur peine du poids de votre refus ou de votre mauvais accueil. Vos ennemis ont compté sur ce refus et ce mauvais accueil. N'allez pas leur donner raison : c'est à vous que vous feriez tort, c'est à votre Église que vous refuseriez le secours dont elle a besoin pour continuer à vous faire du bien. Si vous aimez l'Église, aimez ses prêtres jusqu'au sacrifice.
Si vous aimez l'Église, fidèles, aimez ses chefs, surtout son chef suprême, le Souverain Pontife.
La tactique de nos ennemis est encore d'essayer de
vous on détacher. Pour y réussir, ils ont recours à une arme contre laquelle nous devons nous mettre en garde. Ils faussent l'histoire de l'Église et de la Papauté. Avec son unité, ce qui fait la force de l'Église, c'est sa sainteté ; c'est le prestige d'un passé rempli des vertus les plus sublimes et des œuvres les plus magnifiques. Ce passé est tel qu'aucune société ne peut en revendiquer un semblable.
Il suffit de le considérer pour voir que le doigt de Dieu est partout dans son Église, aussi bien dans l'héroïsme de ses martyrs que dans les austérités de ses pénitents, aussi bien dans la sagesse et la science de ses docteurs que dans l'humilité de ses pauvres volontaires, aussi bien dans la pureté de ses vierges que dans les merveilles de sa charité, aussi bien dans la munifîence de ses institutions que dans l'étendue de ses bienfaits, aussi bien dans la sainteté générale de ses fidèles que dans les vertus éclatantes de la plupart de ses Pontifes. Dieu seul explique cette histoire, et cela suffit à la foi de beaucoup.
Dans sa rage de destruction, l'impiété a imaginé de renverser cette histoire, sachant bien que priver l'Église de ce prestige de la sainteté, ce serait la découronner et en détacher les cœurs.
Elle s'y essaie dans ses journaux, dans ses conférences, dans ses livres, écrivant l'histoire à sa manière, faisant le silence sur tout ce qui est glorieux pour l'Église, rejetant les traditions les mieux établies, interprétant tous les faits contre les Papes et les évêques,
accusant sans cesse ceux-ci d'intolérance, leur prêtant parfois des crimes atroces, mettant en lumière certaines faiblesses que personne ne songe à nier, et les attribuant à tous, exaltant tous les adversaires du catholicisme et excusant tous leurs torts, présentant, en un mot, comme l'ennemie du genre humain cette Église que dix-neuf siècles ont proclamée la bienfaitrice de l'humanité.
L'accusation est si forte, le mens- - - tableaux est si évident qu'aucun esprit avisé ne peut s'y laisser prendre. Qui croira qu'il ait fallu la lumière de nos modernes écrivains pour découvrir la véritable histoire du monde depuis dix-neuf cents ans ?
Mais bien des âmes, hélas ! peuvent être victimes de la séduction qu'exerce toujours une assertion audacieuse, et de l'impossibilité on <1I - sonl d'en vérifier l'exactitude.
Comment n'en seraient-elles pas victim< s3 quand ce sont des âmes d'enfants, comme il arrive dans un trop grand nombre d'écoles de notre chère France ? Il semble qu'on n'ait plus le droit d'y rappeler tout le bien que la France a retiré de sa fidélité chrétienne, tandis qu'il est permis d'y dénaturer le rôle de l'Église et de nier ses bienfaits. Parents chrétiens, veillez, et faites votre devoir.
Veillons tous, et défendons-nous, défendons notre honneur de chrétiens contre ceux qui attaquent ainsi notre histoire et notre passé. Refusons leurs journaux et leurs livres. Nous les reconnaîtrons à ce signe
qu'ils ne respectent plus ce que nous avons appris à aimer et à respecter.
Instruisons-nous de l'histoire vraie de l'Église. Relisons l'histoire de ses Saints.
Le Souverain Pontife nous y a invités, en exaltant, au plus fort de nos malheurs, la si belle et si sainte figure de Jeanne d'Arc. L'impiété s'attachait à nous la ravir par le mensonge historique ; mais elle a eu beau faire, Jeanne est nôtre, et nôtre elle restera. Avec elle, nôtres resteront tous ces Saints dont la lignée est plus glorieuse que jamais, et que le Souverain Pontife ne suffit pas à couronner des honneurs de la béatification et de la canonisation. C'est son histoire que l'Église écrit ainsi par ses Bienheureux et par ses Saints. Cette histoire est passée à toutes les épreuves de la critique, elle est appuyée sur le témoignage des miracles. C'est après l'avoir lue qu'on se sent plus fier et plus heureux d'appartenir à l'Église catholique.
III0 Servir F Église.
Gênés par le glorieux passé de l'Église, ses ennemis essaient surtout d'en empêcher le prolongement et la continuation, en apportant toutes sortes d'entraves à son action bienfaisante. Ses écoles fermées, ses asiles déserts, ses hôpitaux laïcisés, ses œuvres supprimées le disent assez clairement.
L'Église n'a plus la possession de ses biens, elle n'a plus le droit d'instruire l'enfance, elle n'a plus le moyen de recruter librement son sacerdoce, elle n'a
plus la liberté d'organiser la vie religieuse parmi ses membres. C'est une captive à qui on a lié les mains, afin de pouvoir lui reprocher bientôt de ne rien faire.
C'est maintenant que devient urgent le devoir qui nous incombe toujours vis-à-vis de l'Église, le devoir de la servir.
Servir l'Église, ce n'est pas faire près d'elle ce service d'honneur que les souverains réclament, ce n'est pas lui apporter nos hommages comme à une reine dans toute la splendeur de sa puissance, ce n'est pas, directement du moins, travailler à son éclat extérieur ; mais c'est, au sens propre du mot, lui rendre service, l'aider dans l'accomplissement de sa mission, qui est de communiquer la vérité aux âmes et de les sauver, et l'aider avec d'autant plus de zèle et de dévouement que cette mission est contrariée par plus d'obstacles ; c'est prendre part à ce grand mouvement de zèle et d'apostolat qui, de toutes parts, entraine les catholiques à la défense de leur foi, et auquel les Souverains Pontifes ont donné eux-mêmes le nom d'Action catholique.
Que ce soit un devoir pour tous, personne ne peut le nier; ceux qui en douteraient montreraient qu'ils ne connaissent pas la vraie nature de l'Église. Ils oublieraient qu'elle est une société, dont ils sont les membres. Puisqu'elle est une société, tous se doivent à son service ; ce serait s'exclure de la société que de ne pas s'y intéresser. Cette vérité est banale quand il s'agit des sociétés simplement humaines.
Comme elle condamne l'aberration de certains Catholiques de notre temps qui paraissent vouloir vivre comme des isolés et des membres séparés ! On dirait que, même au plus fort des épreuves de l'Église, sa cause ne les intéresse pas au-delà d'une vague sympathie. Leur indifférence est navrante ; leurs sympathies mêmes sont peut-être encore plus déconcertantes. Quand ils nous les adressent, a nous prêtres, évèques, ils ont l'air de ne pas appartenir à la même société que nous ; ils ne se doutent pas que nos épreuves sont leurs épreuves, nos malheurs leurs malheurs. En les entendant nous sommes tentés de leur dire la parole du Maître : « Ne pleurez donc pas sur moi, mais pleurez sur vous. )) Nous ajouterions volontiers : « Mais sauvez-vous donc vous-mêmes, en travaillant à sauver l'Église et ses œuvres. )>
Qu'ils sont vains, les prétextes sous lesquels on abrite son indifférence !
Les plus dangereux et les moins excusables sont ceux qui viennent du manque de confiance dans le résultat de ses efforts et dans l'emploi des moyens que suggère l'Église.
Quand on travaille pour Dieu et avec Dieu, jamais un effort n'est perdu : « Nous bataillerons, disait Jeanne d'Arc, et Dieu donnera la victoire. )> Combien d'hommes apostoliques en ont fait l'épreuve ? Il leur a suffi d'avoir confiance dans le résultat de leurs labeurs et ils ont réussi. Puisqu'il s'agit, en aidant l'Église, de
faire l'œuvre de Dieu, Dieu ne peut manquer de s'intéresser à nos efforts et de les bénir.
Le prétexte le plus dangereux qu'on oppose au service de l'Église, c'est la nouveauté des moyens que préconisent aujourd'hui ceux qui paraissent le plus dévoués à ce service.
Vétérans du sacerdoce et vous, âmes généreuses. qui vous êtes usés aux luttes du passé, vous vous étonnez parfois de voir de nouvelles armes aux mains d'apôtres plus jeunes. Le succès a si bien couronné jadis vos efforts que vous êtes tentés de croire à l'inutilité des autres moyens. Gela prouve l'ardeur de votre zèle : vous voudriez voir revivre les années glorieuses de vos premiers travaux apostoliques. Mais rendezvous bien compte que les situations sont changées, que l'esprit de foi a diminué partout, que les écoles sont souvent hostiles ou dangereuses, que la jeunesse fuit le prêtre, que la vie militaire a ouvert à cette jeunesse des horizons qu'elle ne soupçonnait pas. que les journaux ont envahi nos moindres villages, que les conditions de l'existence elles-mêmes se sont modifiées et que l'Église doit s'en préoccuper. Rendez-vous bien compte que nous ne sommes plus au temps de la liberté de l'Église, et qu'il ne s'agit plus de la servir sur les marches d'un trône , mais bien plutôt de briser les portes de la prison où on la tient enfermée.
Rendez-vous bien compte qu'un terrible malentendu s'est élevé entre le peuple et l'Église, entre le peuple qui
lui doit tout et sa bienfaitrice de tous les siècles, entre le peuple qui ne peut être sauvéqueparelleetl'Églisequi ne lui demande que de se laisser sauver ; rendez-vous compte que, si ce malentendu persiste, c'en est fini de ce peuple que nous aimons, parce qu'il va devenir la proie de nos ennemis. Rendez-vous compte de tout cela et voyez si les victoires du passé nous suffisent, voyez si d'autres moyens de conquérir les âmes ne s'imposent pas ; dites si nous ne devons pas sortir de chez nous, pour aller chercher jusque chez lui l'enfant qui a besoin de l'Église sa mère.
Qui que nous soyons, ne nous étonnons pas de voir l'Église multiplier ses œuvres, créer des cercles et des patronages, établir ses asiles et ses ouvroirs, ouvrir des écoles, construire des salles de catéchisme, fonder des mutualités et des syndicats. Tout cela et bien d'autres œuvres, c'est l'action nécessaire de l'Église. II suffit, pour les légitimer, que l'Église les bénisse et les encourage.
Ne nous étonnons pas davantage de la voir organiser partout des Comités d'action et de défense catholique : c'est la condition du succès de demain, parce que c'est la condition de l'union qui ne peut se faire que par l'organisation.
Ce sera la plus grande gloire de l'Église, à notre époque, d'avoir su, à l'heure où elle paraissait vaincue, refaire ses forces et chercher, dans la bienfaisance d'une action plus étendue, le prestige que lui avaient enlevé les pouvoirs publics.
Ce sera notre gloire à tous, de l'y aider, par les aumônes de notre charité, par l'abandon de nos loisirs et de notre repos, par l'utilisation de nos talents et de nos facultés, par l'ardeur de notre zèle et la générosité de notre dévouement.