APRÈS L ECOLE
dance et a toujours mal accepté le joug de l'obéissance. De bonne heure, l'enfant veut être un homme ; en attendant qu'il le soit, il en revendique les privilèges, espérant se grandir d'autant. En même temps les passions s'éveillent chez lui et favorisent ses désirs d'indépendance : les satisfaire lui semble un moyen d'affirmer sa liberté.
Que tout homme, d'ailleurs, dans sa jeunesse, ait à traverser une crise morale, c'est-à-dire une hésitation entre le bien et le mal, plus longue et plus accentuée qu'aux autres époques de la vie, tous les moralistes le reconnaissent. L'antiquité païenne l'avait dit dans l'histoire de ce jeune homme de la fable hésitant entre le chemin de la volupté et celui de la vertu. L'Évangile rappelle qu'il y a deux routes : la voie large et la voie étroite ; la jeunesse se précipite d'instinct sur la voie large, sur celle qui mène à la mort. « La plupart des hommes, dit un moraliste, à l'entrée de la vie, dès le commencement de la crise principale, roulent dans les sens et la matière, et ne comptent plus comme forces morales, intelligentes et libres (1) ! »
Encore une fois, le mal a toujours existé, puisqu'il a pour complice le cœur humain lui-même, et puisque Satan fut toujours acharné à la perte des âmes.
Mais le mal varie d'intensité avec les causes qui le favorisent ou qui le combattent.
(i) P. Gratry. La Crise de la Foi,
De notre temps, ces causes se résument dans le caractère antichrétien de la société où la jeunesse est appelée à se développer.
Non seulement la jeunesse ne trouve plus, dans la société qui l'entoure, les moyens de préservation qui lui sont nécessaires , mais elle y trouve partout la laïcisation de toutes choses, c'est-à-dire, avec l'exclusion de Dieu, la libération de tout frein moral.
On a chassé Dieu de nos institutions et de nos loir, comment celles-ci pourraient-elles être un frein pour les passions humaines? Là où il ne reste plus que la crainte des pénalités civiles, il ne peut y avoir tout au plus qu'un commencement de sagesse, rien ne suffit à donner une direction au cœur et à l'esprit.
On a chassé Dieu de nos habitudes et de nos mœurs, au point de faire du plaisir la loi universelle et d'introduire partout des divertissements païens, comment la jeunesse n'en conclurait-elle pas que l'amusement est la loi principale de la vie? Gomment serait-elle difficile dans le choix de ses plaisirs ?
En chassant Dieu de l'éducation, on s'est privé des secours qu'offre la morale chrétienne pour apprendre à l'enfant à régler ses inclinations et à combattre ses passions. Il eût pourtant suffi de se dire que les générations passées se sont formées à cette morale, et qu'elles n'ont pas eu à le regretter !
Dès lors, nous avons le droit de nous demander avec l'auteur d'un rapport officiel : « N'est-ce pas ce
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défaut d'éducation qui explique qu'on trouve dans les générations nouvelles tant de jeunes gens qui n'ont plus de frein moral, ne respectent aucune autorité et n'ont en vue que la satisfaction immédiate de leurs désirs et de leurs caprices (1) ? »
Le frein moral n'existe pas en dehors de l'idée religieuse. C'est un fait que quelques-uns de nos adversaires commencent à reconnaître ; les événements se chargeront de le démontrer de plus en plus.
Si le milieu social et l'éducation sans Dieu et sans religion expliquent quelques-unes des défaillances de la jeunesse, ils ne les expliquent pas toutes. C'est la famille, elle aussi, qu'il faut en rendre responsable.
Beaucoup de parents ont trop compté même sur l'école chrétienne, pour se décharger de leurs fonctions d'éducateurs. Ils ont cru que l'école pouvait pourvoir à tout et suffire à tout. C'est une erreur des plus funestes que nous avons signalée déjà. L'école ne peut pas remplacer la famille ; son œuvre même ne sera réelle et durable que si elle est soutenue et continuée par la famille.
Ne voyons-nous pas, tous les jours, des jeunes gens et des jeunes filles élevés chrétiennement, renoncer aux pratiques religieuses de leur enfance et
(1) M. G. Honnorat, chef de division à la préfecture de police de la Seine.
suivre la voie du mal? Le fait existe, hélas ! Nos ennemis en triomphent parfois, et cherchent à en tirer argument contre l'efficacité de nos croyances et de notre éducation chrétienne. Mais cela ne prouve rien, sinon que l'éducation donnée à l'enfance, fùt-elle la plus parfaite, ne saurait suffire à assurer la direction de toute une vie. L'éducation du jeune homme, de la jeune fille, ne se termine pas à l'âge de l'école et du catéchisme ; elle ne se fait pas seulement sur les bancs de la classe.
L'école chrétienne elle-même risque de devenir inutile, si la famille ne remplit pas le devoir d'éducation qui lui incombe.
Les maîtresNet les maîtresses de nos écoles ne peuvent rien faire sans les parents. Ils ont besoin que ceux-ci continuent leur œuvre.
Quand les enfants sortent de leurs classes, ils ne sont pas encore formés ; leur formation n'est qu'ébauchée. Un rien suffît à les déformer et à compromettre tous les avantages qu'ils ont acquis. Leur cœur a été ouvert au bien, mais il faut qu'on continue de le leur montrer ; sans cela ils se laisseront prendre au mal qu'on leur montrera aussi sous les aspects les plus séduisants. Leur volonté a été initiée à la pratique de la vertu, on lui a appris à se sacrifier pour rester fidèle au devoir, si on ne continue pas à y exciter le jeune homme et la jeune fille, ils préféreront bientôt la jouissance au devoir, et ils la rechercheront par tous les moyens et sous tous les prétextes.
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Gardons-nous de professer et de suivre cette funeste maxime, à laquelle se rattachent tant de pères et de mères aujourd'hui : 77 faut que jeunesse se passe. Non, il ne faut pas que le jeune homme et la jeune fille perdent le meilleur de leur vie ; il ne faut pas qu'ils commencent par ruiner ce qu'il y a de meilleur en eux, pour ne laisser à Dieu et aux autres que des restes sans valeur. Jamais la pluie du matin n'a été nécessaire à l'éclat d'une belle journée -, jamais la ruine n'a conduit à la fortune.
La jeunesse est le temps des nobles ardeurs, des généreux enthousiasmes ; elle a été donnée pour préparer la vie, et non pas pour l'user. C'est dans la jeunesse qu'on sait le mieux se dévouer, c'est à cet âge que la patrie et l'Eglise trouvent leurs meilleurs défenseurs. N'allons pas la calomnier en disant qu'elle est faite surtout pour s'amuser.
La jeunesse est et doit être l'âge des plus héroïques vertus.