I. Travail de défense catholique
Le premier devoir qui s'impose, vis-à-vis des âmes, est de les défendre et de les protéger contre les maux qui les atteignent et contre ceux qui les menacent, du fait de la persécution qui sévit en France.
Les Catholiques de France donnent l'impression d'être condamnés, à l'heure présente, à toutes les persécutions et à toutes les injustices ; ils paraissent êtrr des parias dans leur propre pays ; ils ne comptent pas en tant que Catholiques, et il semble que, à ce titre, tout soit permis contre eux, la calomnie, les dénis de justice, l'exclusion de toutes les faveurs et de toutes les fonctions officielles. C'est la conséquence de la situation faite, en France, à l'Église catholique ; on a lésé l'Église dans ses droits et dans ses libertés ; elle n'existo plus, aux yeux de certains, que pour la persécuter et l'injurier.
Cette situation de vaincus et d'opprimés nous oblige d'abord à protéger nos fidèles contre la lassitude et le découragement qui pourraient en être la con-
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séquence : on passe si facilement du côté de ceux qui triomphent et qui disposent des faveurs ! On se lasse si vite de combattre ! N'est-ce pas ainsi que s'expliquent tant de défections, au sein même de nos plus religieuses paroisses ?
Pour combattre ce mal, il faut sans cesse ranimer les courages défaillants, et rassurer les esprits inquiets. 11 importe de montrer aux Catholiques de notre temps les raisons qu'ils ont d'espérer la victoire définitive ;il faut surtout leur donner l'idée de leur force réelle. C'est à cela que concourront efficacement les grandes manifestations religieuses, toujours si populaires chez nous. Combien des nôtres sont revenus plus chrétiens après avoir pris part à un pèlerinage de Lourdes, à un Congrès catholique, à une assemblée, où ils ont pu se trouver en contact avec d'autres Catholiques?
Ceux-là se trompentétrangement sur l'un des moyens les plus efficaces d'action catholique, qui dénigrent nos congrès, nos réunions de jeunesse, etc. Il leur suffirait de constater l'effroi de nos adversaires, en face de ces manifestations, pour apprécier mieux les moyens que nous avons de défendre la foi chancelante des découragés.
Mais, d'autre part, n'est-il pas à craindre que quelques-uns n'acceptent trop facilement le fait accompli ?
A ceux-là il ne faut pas se lasser de montrer tout ce qu'a d'injuste la persécution qu'ils subissent. Il faut
leur rediro l'iniquité qui les prive des libertés i. b~ pensables.
Les exemples sont nombreux.
En dépouillant l'Église de ses biens, et en la privant du pouvoir d'acquérir et de posséder, on ne lui a plus laissé qu'un état précaire qui l'expose, avec ses fidèles, à toutes les tracasseries, et qui rend incertaine jusqu'à la liberté de son culte. Pour échapper à cette situation, l'Église est obligée de demander à ses enfants les plus durs sacrifices. Pourquoi les Catholiques ont-ils été ainsi dépouillés de tout, contre toute justice, et condamnés à de nouvelles charges ?
Rappelons sans cesse cette iniquité.
Rappelons cette autre injustice qui a fait prendre le chemin de l'exila des milliers d'hommes et de femmes de France ! L'exil est, chez tous les peuples civilisés la peine la plus grave et la plus infamante : quoi de de plus terrible que d'être chassé de sa patrie !
Pour quels crimes ceux dont nous parlons sont-ils donc chassés de leur pays ?
Pour avoir eu la prétention de se dévouer au service des enfants et des malheureux, par amour pour Dieu ! Quelle iniquité ! Faisons-la souvent constater.
Montrons l'intolérable situation faite aux parents chrétiens et particulièrement aux pauvres.
Par le fait de la persécution qui sévit contre les congrégations religieuses et contre les écoles catholiques, le père de famille n'a plus la liberté de faire élever ses enfants chrétiennement. Si cette liberté existe encore
quelque part, comme il faut l'acheter chèrement ! En certainsmilieux elle devient un privilège pour les riches. Par une anomalie qui, si elle était remarquée, suffirait à ouvrir les yeux de tous, il est un bon nombre de paroisses, en France, où c'est l'anticlérical seul qui peut faire élever ses enfants chrétiennement !
On en est venu jusqu'à compter parcimonieusement les heures que le prêtre pourra consacrer à catéchiser l'enfance ; bientôt (cela s'est déjà fait.) on limitera le programme de notre enseignement religieux.
Par ailleurs, on a vu ce spectacle que ceux-là qui ont chassé les sœurs des hôpitaux où le peuple se fait soigner, ont été les premiers à aller les rechercher pour eux-mêmes, dans de riches cliniques.
Le soldat qui meurt sur le champ de bataille, le marin qui risque sa vie sur l'Océan, n'ont plus la liberté de pouvoir confier au prêtre leurs dernières pensées avant de mourir, et d'en recevoir l'absolution qui ferait la consolation de ceux qui leur survivent.
Voilà des faits qui révoltent toute âme droite.
Ne craignons pas de les rappeler.
Ce sont des leçons qui entretiennent dans le cœur le sentiment de la justice et qui préparent les prochaines réparations. Elles maintiennent la conscience du devoir, et attachent à la défense du droit : cela mène un jour à la victoire. Car, comme le disait Pie X au lendemain de la Séparation, ceux qui savent s'enfermer dans leur bon droit comme dans une citadelle, non par violence, mais avec fermeté, arriveront à briser l'obs-
filiation do leurs onnomis : « Non vi, sed constantia, lanquam in arec justiliœ collocati. frangent aliquando inimicorum contumaciam (1) ».
C'est en faisant valoir tous leurs droits, avec persévérance et énergie, sans sédition ni violence, comme dit encore Pie X : « Constanter ac fortiter, nxhil tamen seditione violenterque faciendo (2) », que les Catholiques en France répareront les ruines qu'a faites la Séparation.
Mais il ne faut pas rester inactif dans la fermeté. Nous devons nous défendre en relevant nos ruines.
Ce serait étrangement s'abuser que de ne pas voir, dans la réparation des ruines, la plus efficace des défenses. La cité assiégée qui répare les brèches de ses murailles, n'en est que plus forte pour se défendre ; le peuple vaincu qui refait son armée sous les yeux de ses ennemis peut encore triompher. Il en est ainsi de nous. Les Catholiques étrangers veulent bien nous féliciter (( de l'activité avec laquelle l'Église de France, brutalement ruinée par l'État, privée de tous ses avantages, dépouillée de tout, a poursuivi l'œuvre de sa réorganisation (3). Il y avait tout à rebâtir, et cela dans les conditions les plus défavorables, les plus détestables suivant toutes les apparences. Les difficultés sont loin d'avoir disparu... néanmoins il est indéniable que l'É-
(1) Encyc. Gravissimo.
(2) Encyc. Gravissimo.
(3) Le TableU août 1912.
glise, aussi bien les prêtres que le peuple, loin d'être découragée, travaille avec une ténacité indomptable à réparer les énormes pertes infligées par la loi de Séparation. »
Si l'éloge nous semble dépasser la vérité, nous pouvons en prendre acte cependant pour essayer de le mériter, et pour en conclure à l'efficacité de nos moyens de défense.
L'auteur que nous citons n'hésite pas à proclamer que tout le bien réalisé jusqu'ici est le fait de l'Union des Catholiques, en réponse à l'appel de Rome : Uniantur sub uno vexillo Christi Jesu7 et de la constitution de Comités paroissiaux et d'Unions paroissiales dans la plupart des diocèses de France.
Puisse cette organisation concourir ainsi au bien général !
Puissent les hésitants nous permettre bientôt de nous approprier ces mots de la Revue anglaise : « On voit presque partout les symptômes évidents de l'éclosion d'un noyau de puissante vitalité, d'où va sortir une vigoureuse association, assez forte pour assurer le maintien de la religion, et assez courageuse pour porter au besoin la lutte dans le camp de l'adversaire. »
Certains esprits pensent déjà que nos Comités catholiques devraient porter la lutte sur le terrain des élections et défendre ainsi les Catholiques contre la législation qui les opprime.
Je n'y contredirai pas. Nous y reviendrons plus loin.
Dès maintenant constatons que, puisque les maux dont nous souffrons viennent de notre législation, il est du devoir des Catholiques de s'organiser de manière que la France ait le plus possible de représentants respectueux des droits de l'Église ; et, si nos efforts pouvaient amener les Catholiques à s'unir complètement, sub unico vexillo Christi, sous le seul étendard de Jésus-Christ, selon le mot d'ordre de Pie X, même en vue des élections, nous ne sortirions pas de notre mission qui est de défendre la cause religieuse.
Nos ennemis ne manqueront pas de se récrier et d'accuser l'Église d'envahir un domaine qui n'est pas le sien : celui de la politique. Mais ne nous laissons pas effrayer par ce mot ; car ce n'est qu'un mot : nous sommes habitués à l'entendre appliquer à tous nos actes de Catholiques, et nous devons dire à nos adversaires que, si la défense catholique est de la politique, c'est-que la politique a suscité la persécution religieuse.
D'ailleurs, le grand rôle de l'Église en cette matière a été défini bien des fois : l'Église^ne fait pas de politique de parti. Ma politique, a dit Pie X, c'est la Croix. Notre rôle, à nous prêtres, c'est d'exiger partout et de tous le respect de la Croix et de tout ce qu'elle représente, c'est de rappeler à nos fidèles l'obligation qu'ils ont de mettre leurs devoirs de citoyens en conformité avec leurs convictions religieuses. Notre rôle est même d'amener nos organisations catholiques, et tous les membres de ces organisations, à mettre l'intérêt religieux au-dessus de tous les partis, et à n'accorder leur
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confiance qu'à des candidats voulant respecter et soutenir les droits des Catholiques.
Voilà la défense catholique.