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III. — Travail de paix sociale

En même temps que, dans notre action catholique, nous apporterons aux âmes qui s'égarent, l'exemple et la lumière qui leur manquent, nous donnerons, aux âmes qui souffrent, le réconfort dont elles ont besoin, et en cela nous contribuerons encore efficacement à la défense religieuse.

L'un des faits les plus douloureux de notre temps, pour les Catholiques, est certainement le malentendu qu'on est parvenu à créer entre le peuple et l'Église. Alors que l'Église avait surtout pour mission d'aller vers les petits, vers les pauvres, vers les travailleurs, à l'exemple de son divin fondateur qui voulut naître dans la classe des travailleurs ; alors qu'on pouvait espérer que le peuple n'oublierait pas sa grande bienfaitrice de tous les temps, il s'est fait entre le peuple et l'Église une lamentable séparation. On a réussi à faire croire au peuple çue l'Église est incapable de contribuer à son bonheur d'ici-bas ; on lui a dit qu'elle le trompe, qu'elle lui parle d'espérances éternelles dans le seul but d'obtenir de lui la résignation et la servitude. Le peuple l'a cru et aujourd'hui, en grand nombre, il devient indifférent à l'Église, ou même il se déclare son ennemi.

Là aussi se trouve une des causes de nos maux ; lit se trouve le mal le plus difGcile à combattre, parce qu'il se complique de tous ceux que nous avons déjà décrits : scepticisme ou indifférence religieuse et corruption morale. Si nous voulons sauver notre pays, il faut faire porter sur ce point tous les efforts de notre zèle, il faut défendre l'Église dans le cœur du peuple.

Le pourrons-nous ?

Oui certainement. Si le peuple venait vers nous, il nous serait facile de lui montrer qu'on le trompe, lorsqu'on lui dit que l'Église est son ennemie ; il nous serait facile de lui faire voir que l'Église n'a jamais refusé de travailler au bonheur de l'homme, puisqu'elle proclame qu'une certaine somme de biens extérieurs est nécessaire à la pratique de la vertu : il nous serait facile de lui raconter tous les bienfaits qu'on lui cache dans les histoires qu'il lit, tous les bienfaits qu'elle a répandus dans le monde, pendant les quinze siècles où elle a été seule à s'occuper du bonheur du peuple.

S'il ne vient pas vers nous, allons vers lui, envoyons-lui des maîtres qui l'instruisent sur le passé de l'Église. Gardons-nous de nous faire, par notrejsilence, les complices de ces historiens qui, dans certains manuels trop célèbres à l'usage des enfants du peuple, décrivent en quelques lignes l'histoire de dix siècles, parce que, pour la raconter, il faudrait dire l'œuvre bienfaisante de l'Église. Formons des confèrent: M rs

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pour cette tâche réparatrice : il n'est peut-être pas d'œuvre plus nécessaire dans certains milieux.

Mais, si le peuple ferme son cœur aux leçons du passé, il nous reste la ressource de continuer près de lui les grandes traditions de l'Église, par notre empressement à lui faire du bien en toutes matières. Il ne résistera peut-être pas aux leçons du présent.

Le présent, c'est Léon XIII nous suppliant de « venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu'ils sont, pour la plupart, dans une situation d'infortune et de misères imméritées (1) ». .

Le présent, c'est cette immense armée d'âmes charitables qui, sous toutes les formes, se dépensent au service des pauvres, des orphelins, des malades, des abandonnés, auxiliaires de la Providence, chargées par elle de compléter son œuvre inachevée, messagères de paix sociale, adoucissant, autant qu'elles peuvent l'être, les amertumes qu'engendre au cœur de tous l'inégalité des conditions.

Le présent, ce sont toutes ces œuvres charitables qui font la force et la beauté de nos paroisses chrétiennes, et quf doivent rester la principale préoccupation de nos Comités catholiques.

N'allons pas nous en laisser détourner par les sophismes d'une morale égoïste et impie qui affecte de repousser la charité en la dénigrant. Si, en soulageant

(1) Encyc. Rerum Jiovarum.

les pauvres, en élevant les orphelins, en soignant les malades, nous savons garder le respect de la dignité humaine chez le pauvre ; si nous savons y joindre la véritable affection qui est l'àme de la charité, l'affection qui va du Dieu infiniment aimable à la créature qui est son enfant, il n'est pas possible que les cœurs les plus endurcis ne soient pas touchés, que les préjugés les plus tenaces ne soient pas déracinés, et qu'il ne se forme pas dans ces âmes un retour vers l'Église qui suscite la charité.

Je sais bien qu'autour de nous on murmurera encore que nous ne sommes bons qu'à faire des résignés ou des inutiles.

Nous prouverons qu'il n'en est rien, si, avant de soulager ceux qui souffrent, nous leur apprenons à se défendre eux-mêmes contre le mal qui les menace, si nous n'intervenons que pour suppléer à une impuissance totale, ou pour compléter les efforts individuels.

N'est-ce pas ainsi que, au sein de nos Congrès et de nos Comités, nous luttons contre ces deux causes de misères que sont l'alcoolisme et le défaut d'hygiène? En combattant l'alcoolisme, nous avons la prétention d'enrayer le plus terrible des fléaux de notre pays, celui qui menace le plus les santés, et l'avenir même de notre race. En favorisant Y enseignement ménager, comme nous le faisons depuis plusieurs années déjà, nous voulons rendre au foyer populaire un peu plus de salubrité et d'agrément. En créant les jardins

ouvriers, en projetant les habitations à bon marché, nos Comités ont pour ambition de donner à l'ouvrier des villes l'air qui lui manque et l'hygiène qui rendra la demeure plus habitable.

C'est pour cela encore que nous préconisons et que nous propageons toutes les œuvres de mutualité. d'épargne et de crédit qui défendent le travailleur contre les incertitudes douloureuses du chômage, contre les coups imprévus de la maladie et contre les inétitables incapacités de la vieillesse. Quels services nous aurons rendus à nos pêcheurs bretons, trop peu soucieux de l'épargne, en général, quand nous aurons pu les doter de caisses de crédit maritime ?

Nous opposons les bienfaits de l'association à l'individualisme qui épuise ; nous cherchons à faire établir des ligues et des coopératives de toutes sortes, des associations syndicales et autres, convaincus que nous aurons fait beaucoup pour la solution de la question sociale, quand nous aurons appris au peuple à se défendre lui-même, et que nous aurons fait beaucoup plus encore pour ramener le peuple à l'Église, quand nous lui aurons montré que c'est en son nom que nous agissons.

Nous n'espérons pas, il est vrai, résoudre par là tous les problèmes qui se posent de nos jours, et qui se traduisent trop souvent dans des luttes fratricides, ou au moins dans de terribles malaises. La charité n'a pas la prétention de tout solutionner.

Les rapports à établir entre la richesse et le travail ont été le grand problème de tous les temps. l'Église l'a résolu dans le passé. Dans l'avenir, on ne le résoudra pas sans elle, parce que seule elle est dans le monde la dépositaire de la vérité et de la justice. Notre devoir à nous, Catholiques, est de le rappeler sans cesse et de chercher à introduire partout un peu plus de cette vérité et de cette justice, dans les milieux qui dépendent de nous ou qui sont susceptibles de subir notre influence.

Près de nous, les conditions de l'existence obligent un grand nombre de nos concitoyens à demander à une terre étrangère le pain qu'ils ne croient pas pouvoir trouver chez eux. Cette nécessité devient un fléau pour notre Bretagne qu'elle dépeuple et qu'elle prive de bras, et un fléau pour ceux qui émigrent et qui perdent, avec les bienfaits du sol natal, les éléments moralisateurs qui y sont enfermés. Notre action sociale trouve ici un objet de première importance et qui se résume en deux choses : rendre notre pays plus habitable pour qu'on s'y attache davantage, donner à ceux qui sont obligés d'émigrer les aptitudes et les sauvegardes qui les empêcheront de perdre là-bas le meilleur d'euxmêmes.

L'expérience a montré que ces deux choses ne sont pas irréalisables : on peut attacher le Breton au sol do sa petite patrie, en l'aidant à défricher ses landes, en créant pour lui des industries locales, en encourageant les travaux à domicile ou dans les ouvroirs ; et on peut

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procurer à ceux qui sont obligés d'émigrer des conditions de travail qui ne nuisent pas à leur foi ni à leur vie religieuse. Peut-il être objet plus attachant pour tous ceux qui sentent qu'ils ont un devoir social à remplir? Ici la tâche est complexe et sollicite le zèle de tous.

Je n'ai pas besoin de dire que le prêtre ne doit pas rester étranger à cette action sociale. Il

doit y avoir une part prépondérante : les grâces et les charges de son sacerdoce lui en font un devoir, son instruction et son influence le lui commanderaient au besoin.

Lui seul a autorité pour conserver, aux œuvres que je viens d'indiquer, le caractère nettement catholique qu'il faut leur garder, ainsi que nous l'a expressément rappelé Notre Saint-Père le pape PieX ; mais il ne doit pas y exercer un rôle directif.

La plupart de ces œuvres sont plus de la compétence des laïques que des prêtres ; elles entraînent des responsabilités qui, comme nous l'a encore rappelé Pie X, ne sont pas compatibles avec les autres obligations de notre ministère. Sans en excepter les œuvres de charité proprement dites, il semble bien que le prêtre, en toutes ces œuvres, doit se borner à inspirer, à conseiller et à surveiller, surtout à former les esprits. C'est déjà considérable. C'est plus efficace.

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