‹ Pour l'édition critique des Odes de RonsardChapitre 15 sur 27 · ODE XIII · texte numérisé non relu

ODE XIII

Ah Dieu ! que malheureux nous sommes : Ah Dieu ! que de maux en un temps Offensent la race des hommes 4 Semblable aux feuilles du Printemps, Qui vertes dessus l'arbre croissent.

Puis elles, l'Autonne suivant.

Seiches à terre n'apparoissent 8 Qu'un jouet remoqué du vent.

Vrayment l'espérance est meschante, Tousjours meschante elle déçoit.

Et toujours pipant elle enchante 12 Le pauvre sot qui la reçoit :

Mais le sage qui ne se fie Qu'en la plus seure vérité, Sçait que l'espoir de nostre vie 16 N'est rien que pure vanité.

Tandis que la crespe jouvence La fleur des beaux ans nous produit.

Jamais le jeune enfant ne pense 20 A la vieillesse qui le suit :

Ne jamais l'homme heureux n'espère De se veoir tomber en meschef, Sinon alors que la misère

Variantes. — Titre. Ode sur les misères dts hommes, à Ambroise de la porte Parisien. i553. i56o. 1567. iSjr. — 1.2. iMon d.q. m. n. s. Mon d. q. de m. en un t. i533. i56o. 1567. iSyi. — 5-7. Q. v., dedans l'a. c. P. dessous, l'A. s. S., sous l'arbre n'a. i553. i56o. 1567. 1571. — 10. D'apparence e. nous d. 1584.— 10. D'un faux masque e. nous d. 1587.— i5.S. q. le tout de n. v. 1584. 1587.

24 Desja luy pend dessus le chef.

Homme chetif et misérable.

Misérable, et ne sçais-tu pas Que la jeunesse est peu durable, 28 Et que la mort guide noz pas ?

Et que nostre fangeuse mace Si tost s'esvanoiiyt en rien, Qu'à grand peine avons nous l'espace 32 D'apprendre le mal et le bien ?

De tous costez la Parque noire Devant le temps sillant noz yeux.

Ingrate nous force de boire ^6 Les flots du lac oblivieux :

Mesmes les Rois foudres de guerre, Despouillez de veines et d'os.

Ainsi que vachers sous la terre 40 Viendront au throne de Minos, C'est pitié de nostre vie :

Par les eaux l'avare marchant Se voit sa chère ame ravie, 44 Le soudart par le fer trenchant :

Cestuy d'une langueur se mine, Et l'autre d'un soin nompareil.

Et cest autre par la famine 48 Perd la lumière du Soleil.

Bref, on ne voit chose qui vive Sans estre serve de douleur :

Mais sur tout, la race chetive 52 Des hommes foisonne en malheur.

Malheur des hommes est la proye :

Aussi Phœbus ne vouloit pas Pour eux à bon droit devant Troye

Variantes. — 24. Ja ja 1. p. d. le c. i553. i 56o. — 25. H. débile et m. iSSy. — 26. Pauvre abusé ne s.-tup. 1584. 1587. — 32. De gouster la douceur du b. 1587. — 33-34. Le Destin et la P. n. En tous âges sillent n. y. 1584. 1587. — 35. Maugré nous, n. envoie b. i553. i56o. 1567. 1 571. — 35. Jeunes et vieux ils mcinent b. 1584. 1587. — 37. M. 1. R. si crains en g. i553. i56o. 1567. 1571. — 39-41. Comme nous viendront s. la t. Devant le t. de M. Ce. p. que de n. v. i553. i56o. 1567. 157 I. — 45-47. Celuy par un procès se m., Et se banist du doux sommeil, Et l'autre accueilly de f. 1587. — 47. Et cetui la p. la f. i553. i56o. — 5o. Qui vive franche de d. i553. i56o. 1567. 1571. — 53. Du malheur nous sommes la p. 1587.

56 Se mettre au danger des combas.

Ah ! que maudite soit l'asnesse,

Laquelle pour trouver de l'eau,

Au serpent donna la jeunesse 60 Qui tous les ans change de peau :

Jeunesse que le populaire

De Jupiter avoit receu

Pour loyer de n'avoir sceu taire 64 Le secret larrecin du feu.

Dez ce jour devint enlaidie

Par luy la santé des humains

Dé vieillesse et de maladie, 68 Des hommes bourreaux inhumains :

Et dez ce jour il fist entendre

Le bruit de son foudre nouveau,

Et depuis n'a cessé d'espendre 72 Les dons de son mauvais tonneau.

OBSERVATIONS

De 1560 à 1571, cette Ode a toujours occupé le même rang : Livre II, Ode xiiii ; en 1584 et 1587, xii.

Elle a toujours eu le même nombre de vers : 72, divisés en 9 strophes de 8 vers.

Sur 72 vers, 45 sont restés sans changement depuis 1555, soit plus de 60 0/0.

Sur les 27 vers modifiés, aucun ne l'a été spécialement en 1560.

i^S^ diffère àe 1578 pour sept vers : 10, 15, 26, ^^, 34, 35 et 68.

1587 conserve ces variantes, sauf pour le vers 10 et, de plus, modifie 6 autres vers : 25, 32, 45, 46, 47, 53, qui, en 1584, étaient conformes au texte de 1578.

Blanchemain a-t-il reproduit 1560, qui n'est ici qu'une copie de 1553 ? Non, car son vers 7, au lieu du texte de 15 53-1 571,

Bibliographie. - Amours. 1553, 263. Odes. 1560,(11, 14), 70 b; 1567, 77 b; 1671, 1573, i5S; 1578, 140. Musc chrcslicime. i582, 88 b. Odes. 1587, i32; [5q2, i5o; 1604, 1617, 268; i63o, 323. OEuvres. 1584, 3ii ; 160g, 1623, 409. Blanchemain. H, i52. Marty-Laveaux. II, 202.

Variantes. — 58. Qui, las! p. sa soif etancher, i553. i56o. 1567. 1571. — 60. Que garder on devoit tant cher, i553. i36o. 1567. 1571. — 65. De [Des i56o] ce j. la fut e. i553. i56o. — 68. D. h. hostes i. 1584. 1587.

nous présente le texte de 1578-1587, et son vers ro ne se lit ainsi que depuis 1587.

Les pages qui précèdent ont paru dans \z Revue des Bihliotljèqiies et ses lecteurs ont peut-être été intéressés par cet exposé tout nouveau de l'évolution de la pensée de Ronsard sous la forme des Odes. Mais il y aurait eu — en prolongeant les citations — risque d'enfoncer une porte que j'estime — me trompai-je ? — être maintenant grande ouverte — et danger d'abuser de l'hospitalité si gracieusement accordée par M. Châtelain.

D'un autre côté, le marché du livre est tellement encombré et les préoccupations des lecteurs si éloignées d'acquérir les ouvrages d'érudition que l'édition entrevue risque fort de rester... un rêve en manuscrit. Et les pages qui suivent n'ont d'autre prétention que d'offrir aux amis du xvi^ siècle quelques Odes de plus de Ronsard « escriptes en molle », ainsi que s'exprimaient nos pères aux débuts de l'imprimerie.

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